César Ebrokié
19 Mai 2008
Quel sera le sort des pays en voie de développement face à la menace du rechauffement climatique ? Déjà, très touchés par le VIH/SIDA et confrontés à de nombreux problèmes, ils doivent aussi élaborer de nouvelles politiques environnementales "révolutionnaires".
"Le monde s'effondre". Ce titre de l'oeuvre de l'écrivain nigérian Chinua Achebé est bien à propos, avec la situation que connaît notre planète. Depuis cinquante ans, le monde est frappé de plein fouet par le réchauffement climatique avec son cortège de cyclones, de tempêtes, d'inondations, de sécheresses et de propagation d'épidémies. De 1997 à 2006, la Fédération internationale de la Croix-Rouge a enregistré 6806 cas de catastrophes naturelles contre 4241 la décennie précédente, entre 1987 et 1996, soit une hausse de 60%. La situation s'est aggravée en 2007 avec 427 nouveaux cas. Le nombre de victimes des catastrophes est passé de 600.000 (entre 1987 et 1996) à 1,2 million (de 1997 à 2006).
En l'espace de 20 ans, plus de 2 millions de personnes ont été tuées dans des accidents liés aux catastrophes naturelles. A ce tableau sombre s'ajoute le bilan des victimes indirectes, ceux qui ont été indirectement frappés par les effets des catastrophes. Le nombre de personnes touchées en moyenne chaque année est passé de 230 millions à 270 millions au cours des deux dernières décennies. Les cyclones, les tempêtes et les inondations, à travers le monde, ont aussi engendré des dégâts matériels qui pourraient être évalués à plusieurs centaines de millions de dollars. Dans plusieurs pays, les infrastructures sociales de base (écoles, structures sanitaires, réseaux routiers, électricité, ponts ) ont été entièrement dévastées, entraînant de nombreuses personnes dans le désarroi.
Des impacts graves sur la santé humaine
Le réchauffement climatique a des impacts graves sur la santé humaine. La directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Mme Margaret Chan, a déclaré à la faveur de la journée mondiale de la santé, le 7 avril 2008, que les changements climatiques observés "attaquent les fondements de la santé publique et nous offre un aperçu des défis qu'il faudra relever à grande échelle". Selon elle, le réchauffement progressif de la planète et la multiplication de phénomènes climatiques extrêmes (tempêtes, inondations, sécheresses et canicules) "peuvent avoir des répercussions sur des éléments aussi fondamentaux pour la santé que l'air, l'eau, les denrées alimentaires ou le logement".
Elle estime que "le changement climatique risque d'aggraver des problèmes de santé déjà considérables, en grande partie concentrés dans le monde en développement, et difficiles à combattre". David Hayman, directeur général adjoint pour la sécurité sanitaire et l'environnement de l'OMS, a également souligné l'aggravation de la situation au cours des dix dernières années dans la "ceinture de la méningite" en Afrique subsaharienne, due en partie aux sécheresses de plus en plus graves et qui favorisent la transmission de la maladie.
Il y a déjà trois ans, l'OMS avait averti que le réchauffement climatique était à l'origine de 150.000 morts et cinq millions de malades chaque année, en raison de vagues de chaleur ou de catastrophes naturelles. Selon un rapport publié en octobre dernier, lors de la conférence annuelle des pédiatres américains, les enfants sont particulièrement vulnérables du fait d'une plus grande incidence de l'asthme et des maladies respiratoires sur eux. L'OMS a indiqué que le changement climatique était l'un des facteurs à l'origine de l'augmentation du nombre de décès liés à des maladies telles que le paludisme ou la dengue. Le paludisme tue au moins 1.000.000 personnes chaque année et près de 1.250.000 de cas de dengue (maladie tropicale "pseudo-grippale" répandue en Asie) sont mortels.
Au moins 150.000 personnes supplémentaires meurent chaque année de paludisme, de diarrhée, de malnutrition et des inondations. Tous ces décès supplémentaires sont liés aux effets du changement climatique, d'après Shigeru Omi, directeur du bureau de l'OMS pour l'Ouest Pacifique. Et plus de la moitié des décès est enregistrée en Asie. "Les moustiques qui transportent les parasites du paludisme sont maintenant présents dans des régions où il n'y avait pas la maladie auparavant", a-t-il déclaré, en précisant qu'ils se répandaient désormais dans les régions plus froides. Selon le représentant de l'OMS en Angola, Diosdado Nsue-Milag, les changements climatiques constituent, à ce jour, l'un des plus sérieux défis des Etats, car ils représentent une menace aux éléments essentiels de la vie humaine (les aliments, l'eau et l'air), ainsi que la stabilité des pays. Cette situation, a-t-il affirmé, provoque la disparition de diverses espèces animales et végétales, mettant en risque la sécurité alimentaire et l'état nutritionnel d'une partie des populations.
La planète pourrait connaître une situation plus dramatique
La planète, aujourd'hui, sous l'effet du réchauffement climatique, pourrait connaître une situation plus dramatique, voire chaotique, les décennies à venir, en fonction du comportement humain. Les estimations concernant l'augmentation de la température entre les années 80 et la fin du XXIe siècle sont comprises entre 1,8°C et 4°C. On s'attend à ce que la température moyenne mondiale augmente de 0,2°C par décennie au cours des deux prochaines décennies. Si les émissions de gaz à effet de serre devaient se poursuivre à un rythme identique ou supérieur au rythme actuel, cela accentuerait encore davantage l'augmentation de la température mondiale et causerait de nombreux autres changements climatiques au cours du XXIe siècle. Le niveau moyen des mers devrait augmenter de 18 à 59 cm. Selon des études de certains scientifiques, c'est sur "les terres émergées et aux hautes latitudes nord" que le réchauffement devrait être le plus marqué. En revanche, dans l'océan austral et certaines parties de l'Atlantique nord, l'impact devrait être moins prononcé.
Aggravation de la malnutrition, flambée de maladies
Selon l'OMS, le réchauffement climatique aura quatre grandes conséquences. Primo, la hausse des températures et la multiplication des sécheresses et des inondations va aggraver la malnutrition dans les pays où un grand nombre de prsonnes dépendent d'une agriculture de subsistance non irriguée. Secundo, l'augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes va entraîner un risque d'accroissement du nombre de victimes dues aux tempêtes et inondations. En outre, ces inondations seront suivies de flambée de maladies telles que le choléra, notamment lorsque les services de distribution d'eau et d'assainissement sont endommagés ou détruits. De même, les pluies torrentielles répétées sont sources de maladies diarrhéiques (la deuxième cause infectieuse de mortalité chez les enfants). Tertio, les vagues, notamment en milieu urbain, augmenteront directement la morbidité et la mortalité, essentiellement chez les personnes âgées qui souffrent de maladies cardio-vasculaires ou respiratoires. Selon les experts, canicules mises à part, l'élévation de la température accroît le volume d'ozone au niveau du sol et précipite le démarrage de la saison pollinique, ce qui contribue aux crises d'asthme. Quarto, "l'évolution des températures et de l'hygrométrie" à la surface du globe risque de modifier la répartition géographique des insectes qui propagent les maladies infectieuses. De toutes ces maladies, ce sont le paludisme et la dengue qui sont les plus préoccupantes en matière de santé publique.
Une étude récente parue dans la revue scientifique britannique Nature estime qu'un million d'espèces animales et végétales pourraient disparaître en raison du changement climatique. En cas de faible réchauffement (0,8 à 1,7 °C), entre 9% et 31% des espèces étudiées seraient condamnées à disparaître d'ici 2050, selon qu'elles réussissent ou non à s'installer dans des régions plus clémentes, indique l'étude. La fourchette monterait à 15-37% en cas de réchauffement moyen (+ 1,8 à 2°C) et à 21-52% en cas de réchauffement important (>2°C). Les pénuries d'eau, l'or bleu qui fait déjà défaut à plus d'un milliard d'humains, pourraient en affecter trois fois plus sous l'effet du réchauffement climatique, préviennent les experts mondiaux sur le climat. D'ores et déjà, l'Unesco rappelle à l'occasion de la Journée mondiale de l'eau, le jeudi 22 mars dernier, qu'une personne sur quatre dans le monde n'a pas accès à l'eau potable. L'Unesco a même estimé dans un rapport publié en 2006 (UN World Water development report) que d'ici moins de 25 ans, les deux tiers des habitants de la planète résideraient dans des pays connaissant de graves problèmes d'approvisionnement en eau, spécialement en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Afrique sub-saharienne.
L'action pour l'atténuation des impacts
Aujourd'hui, pour le monde, l'enjeu de la lutte contre le réchauffement climatique ne réside pas dans la prévention, mais dans l'action pour l'atténuation des impacts. Cela passe par le changement des comportements humains, dans les relations avec l'environnement. Les Etats doivent prendre des mesures vigoureuses pour la réduction de l'émission des gaz à effet de serre. Selon les experts du Groupe intergouvernemental d'experts des Nations unies sur l'évolution climat (GIEC), les concentrations atmosphériques de gaz à effet de serre tels que le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) et l'oxyde nitreux (N2O) ont crû de façon notable depuis le début de la révolution industrielle. L'activité industrielle est accusée d'être en partie responsable du réchauffement climatique et de la pollution de l'environnement de façon générale. Aujourd'hui, cela impose de revoir l'industrialisation telle qu'elle a été menée jusqu'ici. Désormais, il faudra tenir compte des émissions de dioxyde de carbone et des déchets par les entreprises. Les véhicules et autres moyens de déplacement émettent également beaucoup de dioxyde de carbonne. Il en est de même pour un certain nombre d'activités humaines, notamment, l'agriculture (au travers des feux de brousses), la cuisine (à travers l'usage du charbon)... Au niveau individuel, il faut une reconversion des mentalités. L'homme doit changer sa façon de vivre, en ayant le souci permanant de protéger l'environnement. L'atténuation des effets du réchauffement climatique demande aussi une bonne politique de protection civile. Les équipes de pompiers ou de secouristes doivent être bien formés et équipés, disposant de grands moyens (hélicoptères, ambulances, machines, équipements de navigation ), et beaucoup de médicaments. Parallèlement à cela, il faut des infrastructures sanitaires pour accueillir les éventuels blessés pour leur donner une chance de vivre. Tout en répondant à l'attente de nombreux déplacées, en leur fournissant gîte, nourriture et couvert.
Quel sort pour les pays en voie de développement ?
Ils sont toujours frappés par le VIH/SIDA, malgré tous les efforts de sensibilisation. Le paludisme, le choléra et de nombreuses autres maladies infectieuses et parasitaires affectent également les populations. Elles vivent dans des conditions difficiles parce qu'elles sont pauvres. Nombre des habitants n'ont pas accès aux services sociaux de base, notamment l'eau potable, l'électricité. Dans des localités, impossible de s'offrir deux repas par jour. L'analphabétisme est très élevé. En Afrique et dans beaucoup de pays d'Asie, les infrastructures sanitaires sont inexistantes En cas de catastrophe naturelle, il faut craindre le pire. Les survivants qui auront eu la chance d'échapper à la mort se retrouveront dans une grosse détresse. Sans gîte. Sans nourriture. Sans couvert. Ils seront exposés aux maladies et à la faim. Le choléra, le paludisme, la fièvre jaune, l'hépatite B, la méningite, la fièvre typhoïde pourront sévir.
La situation sera d'autant plus grave, qu'il n'y aura pas suffisamment de structures sanitaires pour accueillir toutes les personnes en détresse. Les établissements sanitaires se comptent du bout des doigts. Généralement, les médicaments, même ceux de première nécessité, font défaut. Les secours ne seront pas présents pour sauver les blessés et les nombreuses personnes piégées dans les décombres. Les services des sapeurs pompiers ont à peine des véhicules pour se déplacer. La conséquence logique pourrait être de lourdes pertes en vies humaines. Même si le sinistre n'est pas grave, il n'est pas exclu que le mal va empirer à cause justement de l'inexistence d'infrastructures de secours adéquates.
Sources : Rapport de l'OMS sur la santé mondiale, Rapport du GIEC sur le climat, dépêches AFP
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article tres poignant