Kenge Mukengeshayi
20 Mai 2008
Du mercredi 28 au vendredi 30 mai va se tenir, dans la ville japonaise de Yokohama, la IVè Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique, TICAD IV. Plus d'une quarantaine de chefs d'Etat et de gouvernement sont attendus à ces assises. Objectif : réfléchir ensemble avec les donateurs, les organisations internationales, les ONG et les pays asiatiques sur les questions liées au développement de l'Afrique. La conférence prendra fin avec une déclaration dite Déclaration de Yokohama.
La délégation congolaise à ces assises quitte Kinshasa le samedi 24 mai. Elle sera conduite, au nom du chef de l'Etat, par le ministre d'Etat Nkulu Kilombo. Elle comprendra, en outre, les ministres des Affaires Etrangères, Antipas Mbusa Nyamuisi, ainsi que son collègue de l'Economie, André-Philippe Futa. Au total, une vingtaine de personnes devraient constituer la délégation de la RDC aux assises de Yokohama.
Plusieurs défis à affronter
C'est pour la première fois, signale-t-on, que la TICAD va se tenir en dehors de Tokyo. Les précédentes éditions ont successivement eu lieu en 1993, 1998 et 2003. Le choix de Yokohama confirme, selon les organisateurs, à la fois la volonté d'ouverture du Japon à partir de ses ports, et la nécessité de coller aux réalités du terrain. Pour rappel, le Japon vit une expérience exceptionnelle en matière de décentralisation qui laisse une très large initiative aux villes et aux préfectures. A titre d'exemple, Yokohama qui est un port ouvert sur le monde avait un budget de l'ordre de 30 milliards de dollars en 2005, qui n'a aucune commune mesure avec ce qui se passe à l'échelle de tout un pays comme la RDC.
C'est dire donc l'importance des assises de Yokohama, en termes d'opportunités certes, mais aussi d'échange d'expériences et de mise en place des stratégies de développement.
Les travaux de Yokohama vont se baser sur le tableau que présente à l'heure actuelle le continent africain. Un visage, il est vrai, très contrasté. Il y a d'abord les immenses défis auxquels les Africains doivent faire face : la pauvreté, la maladie et la famine, ensuite la problématique de l'environnement avec la désertification et les inondations, enfin l'instabilité politique. Cette extrême fragilité contraste cependant, depuis bientôt quelques années, avec une croissance de plus en plus robuste par rapport à son plus bas niveau en 1993.
Plusieurs facteurs expliquent cette remontée. Principalement le retour de la paix et de la stabilité politique après plusieurs décennies de guerres et de conflits ethniques. Voilà pourquoi la TICAD entend mettre un accent sur la croissance et la paix en Afrique. Une démarche qui ne peut produire des résultats qu'à une double condition. Un : les Africains doivent s'investir eux-mêmes dans les efforts pour le développement de leur continent et à l'échelle internationale, les partenaires doivent respecter et accompagner ces efforts. Deux : l'accent doit être mis sur un partenariat actif permettant de promouvoir la coopération entre tous les acteurs du développement de l'Afrique.
A cet effet, la TICAD IV constitue une formidable opportunité dans la mesure où le Japon organise également, cette année, le sommet du G8 à Toyako, dans la préfecture de Hokkaido, dans le magnifique cadre de l'Hôtel Windsor situé au bord du lac Toya. Au minimum, on devrait s'attendre à ce que le Japon développe, à la faveur de ce sommet du G8, un vigoureux plaidoyer en faveur de l'Afrique.
Ordre du jour et stratégies
Rappelons que quatre principaux points seront à l'ordre du jour des discussions des participants : l'accélération de la croissance économique, la sécurité humaine, la consolidation de la paix et de la bonne gouvernance, les questions de l'environnement et du changement climatique.
Dans les coulisses des préparatifs de la conférence, on apprend que pour booster la croissance économique africaine, l'accent sera mis sur les infrastructures transfrontalières et intégratrices comme les routes et les barrages électriques. La TICAD IV s'efforcera également de définir les meilleures stratégies pour développer le commerce, l'investissement et le tourisme en misant sur le partenariat public-privé. D'autres mesures devraient être envisagées par les conférenciers pour améliorer la production agricole. Dans ce cadre, on estime que le concept « un village, un produit » devrait avoir du succès dans la mesure où il vise à mobiliser chaque village autour d'un produit cible pour le rendre concurrentiel à l'échelle mondiale. Le cas, par exemple, du beurre de Karité au Ghana et du jus d'orange Zipatso au Malawi.
Sur le chapitre de la sécurité humaine, la TICAD IV s'appesantira particulièrement sur les questions des menaces transfrontalières, qu'il s'agisse des conflits, du terrorisme, de la crise monétaire, des mines terrestres ou des armes légères, de la traite des personnes, des maladies transmissibles et de la ,pauvreté. Objectif : développer des mécanismes de protection des individus par le gouvernement et la communauté internationale, renforcer les moyens d'action des individus et des communautés afin de leur permettre de faire face par eux-mêmes.
Toujours sur ce chapitre, la sécurité alimentaire sera aussi abordée. A ce sujet, le Japon a notamment promis de débloquer une aide de 100 millions de dollars sur trois mois à partir de mai pour faire face à l'augmentation des prix des denrées alimentaires, 50 millions étant destinés aux pays africains rien que pour le mois de mai. Mais la sécurité humaine, c'est aussi la santé. Ici, l'option sera d'engager une lutte déterminée contre les maladies transmissibles, d'améliorer la santé de la mère, du nouveau-né et de l'enfant, et de renforcer le système global de santé. Enfin, l'éducation retiendra l'attention de la TICAD IV. Le Japon compte à cet effet proposer une approche originale qui privilégie l'auto-assistance et la croissance. Concrètement, Tokyo compte construire environ 1000 écoles pour quelque 5500 salles de classe, former environ 100.000 enseignants et améliorer la gestion scolaire de 10.000 écoles avec la participation des communautés.
Un des chapitres les plus sensibles qui seront abordés lors de la TICAD IV est celui de l'environnement et du changement climatique. Ce qui correspond, pour les Africains, à des dures réalités telles que la désertification, la résurgence des maladies transmissibles, les inondations. Les questions qui se poseront en filigrane sont multiples et variées : comment s'adapter aux changements environnementaux ? Comment éviter la dégradation de l'environnement ? Comment améliorer l'accès aux sources d'énergie ?
Un plan d'action pour l'Afrique
Trois documents devraient sanctionner la fin des travaux de Yokohama. Il s'agit de la Déclaration de Yokohama, du Plan d'action de Yokohama et du Mécanisme de suivi de Yokohama.
Au total, ces trois documents définiront les mécanismes, politiques et moyens à mettre en jeu pour assurer le développement de l'Afrique dans les domaines des différents thèmes abordés tout au long des assises : accélération de la croissance économique, réalisation des objectifs du millénaire pour le développement, consolidation de la paix et de la bonne gouvernance, gestion des questions de l'environnement et du changement climatique.
Comment la RDC s'est-elle préparée à ces assises ? Notre pays sera-t-il en mesure d'en saisir l'opportunité pour booster son programme des cinq chantiers et l'intégrer au Plan d'action de Yokohama ? Autre question : la délégation congolaise profitera-t-elle de cette occasion pour rencontrer les officiels japonais tout comme les opérateurs économiques et les investisseurs du pays du soleil levant. Nous n'allons sans doute pas tarder à le savoir.
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