Congo-Kinshasa: Développement de la micro-finance - quelques facteurs de blocage
Le Potentiel (Kinshasa)
BILLET
20 Mai 2008
Publié sur le web le 20 Mai 2008
C MALINGUMU SYOSYO
Kinshasa
La micro-finance est considérée à l'heure actuelle comme une nécessité. Elle représente l'un des moyens qui peuvent être utilisés le plus efficacement pour aider le pays en développement à cheminer vers la réalisation des objectifs de développement pour le Millénaire, à savoir réduire la pauvreté de moitié d'ici l'horizon 2015. En aidant les ménages exclus du secteur bancaire, les petites et moyennes entreprises, à accéder aux services financiers, la micro-finance contribue à la croissance, à la création d'emplois, et donc, à la lutte contre la pauvreté. Elle constitue, de ce fait, le levier de la lutte contre la pauvreté ; son atout majeur étant qu'il est l'unique secteur à même d'offrir des services financiers à 95% de ménages exclus du secteur bancaire, ainsi qu'aux micro et petites entreprises. Le présent travail se propose d'identifier les facteurs de blocage du développement de la micro-finance au Congo-Kinshasa.
La République démocratique du Congo compte parmi les pays pauvres de la planète et les plus directement concernés par les objectifs du millénaire. Sa population vit en dessous du seuil de pauvreté, à savoir avec un revenu moyen par habitant de près de 25 cents de dollar américain par jour et par personne alors que le seuil de pauvreté monétaire acceptable est fixé à un dollar par jour et par personne. Pour sa survie, la population congolaise a développé, au cours de la décennie 1990, une multitude de petites activités économiques et commerciales informelles dites « d'adaptation à la crise » : (quado, élevage, maraîchage, couture, pousse-pousse, agriculture familiale, ). Ces activités ont été évaluées par la Banque centrale du Congo à plus de 35% du produit intérieur brut annuel du Congo-Kinshasa et reconnues comme employant une bonne partie de la main d'oeuvre locale. Elles sont restées toutefois fragiles, car ne remplissant pas les conditions d'accès aux services bancaires classiques qui, du reste, souffraient d'une forte désintermédiation. Par ailleurs, les coopératives d'épargne et de crédit qui octroyaient les services micro-financiers de proximité ont été fragilisées dès le début des années 1990 par les pillages de 1991 et 1993, l'instabilité politique, l'hyperinflation
C'est dans cet environnement instable que naîtront dans l'informel les institutions de micro-finance. Celles-ci ont été principalement l'oeuvre des organisations non gouvernementales et des initiatives locales de développement. Aujourd'hui, on compte sans intérêt 35 coopératives et 8 institutions de micro-finance agréées par l'institut d'émission. Ces coopératives et ces Institutions de micro-finance concentrent l'essentiel de leurs activités dans les milieux urbains avec 65% dans les provinces de Kinshasa, 15% dans le Nord et Sud-Kivu et consacrent l'essentiel des crédits au secteur commercial avec 66%. Les milieux ruraux sont les plus exclus, tandis que l'agriculture bénéficie de peu d'attention de la part de ces institutions. En dehors de ces coopec et des IMF agréées, on remarque que l'offre des services financiers de proximité au Congo-Kinshasa se fait de manière disparate par une multitude d'autres organisations (ong et asbl ) non agréées. En définitive, on révèle que le secteur demeure amplement lacunaire, non développé et comporte un impact réduit sur la réduction de la pauvreté.
APERÇU HISTORIQUE DE LA MICRO-FINANCE AU CONGO-KINSHASA
En République démocratique du Congo, le phénomène de micro-finance remonte à l'époque coloniale, son développement remarquable s'est effectué sous trois périodes. La première période est celle qui tire ses origines dans le décret colonial du 24 mars 1956 qui organisait la création et le fonctionnement des sociétés coopératives indigènes. Ces sociétés visaient particulièrement la promotion, par la mise en oeuvre des principes de la coopérative, des intérêts économiques et sociaux de membres exclusivement. Cette période se caractérise par l'inexistence des structures financières formelles d'initiative privée agréée. La première coopérative d'épargne et de crédit congolaise « la caisse populaire d'épargne » a vu le jour à Mbuji Mayi en 1969. Cependant, il convient de noter que toutes les sociétés de type coopératif, y compris les coopératives d'épargne et de crédit en sigle coopec, étaient régies au cours de ladite période par le décret mentionné précédemment et étaient toutes placées sous la tutelle du gouverneur de province.
La seconde période sous période est celle qui va de 1970 à 1990. Elle est caractérisée par l'émergence des coopératives d'épargne et de crédit qui se sont déployées jusque dans des milieux dépourvus de banque de type classique. Ces coopératives visaient essentiellement la mobilisation de l'épargne des ménages et l'octroi des crédits aux membres. Les trois principaux foyers où l'on a vu se développer les coopératives d'épargne et de crédit au cours de la période 1970 à 1990 étaient : à Basankusu en 1970, Bukavu et Kinshasa en 1971 avec notamment la création du réseau de Luymas/CBCO. Ces institutions se sont répandues progressivement sur l'ensemble du territoire national avec une forte concentration dans les provinces de Kinshasa, de Bandundu, du Bas-Congo et du Kivu. C'est également au cours de cette période qu'on verra naître la structuration des coopec à trois niveaux, à savoir : primaire avec les Coopec, secondaire avec la centrale ou Coocec et tertiaire avec les unions ou fédérations. Toutefois, il convient de préciser qu'en l'absence d'un cadre légal spécifique, ces coopec ont continué à se conformer aux dispositions et décret de 1956. C'est ainsi que ces institutions seront placées sous la tutelle du ministère du développement rural.