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Côte d'Ivoire: Cherté de la vie - Des ménages fuient le gaz pour le charbon de bois
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Nord-Sud (Abidjan)
20 Mai 2008
Publié sur le web le 21 Mai 2008
O.m
Le gaz domestique est l'objet de spéculation en raison de sa rareté sur les marchés. Ce qui oblige de nombreux ménages à se tourner vers le charbon de bois.
Les opérateurs du gaz domestique n'arrivent pas à satisfaire la clientèle. Selon le directeur du département gaz butane à la Petroci, ce déficit est la conséquence de la forte pression sur la production locale. Il existe un déséquilibre de plus en plus accentué entre l'offre et la demande. Aujourd'hui, beaucoup de ménages ont choisi de retourner au charbon de bois.
Mme Djama Hortense, sage femme que nous avons rencontrée devant un dépôt de gaz à la cité Ran à Adjamé, est désabusée. « C'est insupportable. Le prix de la bouteille de gaz de 12,8 kg est passé de 3.500 Fcfa à 4.500 Fcfa soit une augmentation de 1.000 Fcfa. Tous les jours, il y a des augmentations de prix injustifiées. Chacun fixe son prix », se lamente-t-elle. « A cette allure, murmure Hortense, le retour vers le charbon de bois est la solution. Dans la mesure où j'ai une famille relativement nombreuse (8 personnes). Cela ne permet pas de gérer la popote mensuelle ».
La spéculation fait rage
Mme Assita Touré, ménagère à Williamsville, ne se pose plus de question. « Les incessantes augmentations du prix du butane m'ont orientée vers le charbon de bois. Dans ce contexte de cherté de la vie, les nombreuses charges familiales obligent à opérer des choix. Ainsi pour faire ma cuisine, j'achète du charbon au détail. Deux tas me reviennent à 200 Fcfa. Cela suffit pour faire mon repas quotidien », rassure-t-elle. « Au début, il y a eu une vaste campagne pour exhorter les ménages à adopter le butane. Au fil du temps, les prix pour la recharge ont subi des augmentations. La petite bouteille (6 kg) coûte 2.000 Fcfa voire 2.500 Fcfa selon les communes. Le gaz est devenu inaccessible», déplore-t-elle.
La ruée vers le charbon domestique
Mme Béhibro Bohoussou est restauratrice à Adjamé cité Ran, communément appelé « Abras ». A la maison comme dans son « Placalidrome », la restauratrice utilise depuis 42 ans le charbon de bois. « C'est plus pratique dans la cuisson par exemple de la sauce graine mélangée au "djoumgbré" (sauce de gombo sec) et au "kplô" (peau de boeuf, ndlr). Pour le mois, j'achète sept à huit sacs de charbon à 7.500 Fcfa l'unité. Le prix du charbon varie en fonction de la qualité du bois. Il faut noter aussi le racket des forces de défense et de sécurité. Malgré tout, je réalise une nette économie (elle n'a pas accepté de donner le montant, Ndlr)», explique la vendeuse. «Comment pouvez-vous comprendre que le butane produit en Côte d'Ivoire est moins cher dans les pays limitrophes comme le Burkina Faso et le Mali ? La bouteille de 12,8 kg passe de 3.000 Fcfa à 4.500 Fcfa sans compter les risques de pénurie devenue une règle. Dans ces conditions, ce n'est pas facile pour les familles nombreuses d'utiliser le gaz» se lamente-t-elle. Autre lieu, même logique. A Yopougon-Niangon Sud à gauche. Mme Tiézan Marcelline, institutrice à la retraite, s'active dans la cuisine pour le déjeuner. Sur le fourneau se trouve une marmite entr'ouverte d'où s'échappe une agréable odeur de sauce pistache. Il y a quinze bouches à nourrir. « La cherté de la vie a entraîné de nouveaux comportements et réflexes. Cela fait plus d'une décennie d'année que j'utilise le charbon de bois pour faire la cuisine. Je prends deux sacs à 15.000 Fcfa à raison de 7.500 Fcfa l'unité pour une durée d'un mois et demi. J'ai essayé une fois d'utiliser la bouteille du butane de 6 kg. Mais en l'espace de quelques jours elle s'est vidée de son contenu. Pourtant, avec le petit sac de charbon qui coûte 3.000Fcfa, je boucle la semaine. Dans ce contexte, c'est le charbon de bois qui m'arrange énormément », soutient-elle. Mlle Fatou Keita, résidente de Koumassi est du même avis. « Pour l'heure, je ne suis pas encore dans un foyer. N'empêche que je participe à la popote familiale qui prend en compte dix personnes. Nous avions l'habitude du gaz dans un passé récent. Mais les hausses de prix chez les revendeurs de butane nous ont contraints à utiliser le bois de chauffe et le charbon. Nous achetons le fagot à 200 Fcfa voire 300 Fcfa pour faire la cuisine », explique-t-elle. « L'inconvénient, se presse-t-elle d'ajouter, c'est la fumée et la mauvaise odeur et la grande lenteur de la cuisson des aliments. On n'a pas le choix ! On fait avec ! En saison pluvieuse, c'est la mer à boire !» Pourtant, ainsi que l'affirme le président des revendeurs, Jonas Goulekemon, il est possible de résorber «le déficit artificiel» si les responsables de la Petroci jouent franc jeu.
Dégradation de la forêt
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Il accuse notamment le système des nombreux intermédiaires imposé par l'opérateur. «C'est une activité particulière qui nécessite un certain nombre de précautions. On ne peut pas la confier à n'importe qui», rétorque Amidou Traoré, revendeur. « Le problème du butane relève de la responsabilité de la Petroci. La pénurie lui incombe dans la mesure où quand je commande 200 bouteilles, je n'en reçois que 100. En plus, il y a des retards de livraison. Dès cet instant, on est obligé de faire de la spéculation », argumente Zerbo Moussa, un autre revendeur. En définitive, c'est le consommateur qui subit la surenchère autour du prix du butane. La consommation du charbon de bois par les ménages a des répercussions sur le couvert végétal. Les statistiques relatives à la dégradation de la forêt ivoirienne sont alarmantes. "Le couvert forestier dans les années 60 couvrait une superficie de dix millions d'hectares. Il partait jusqu'au Centre pour prendre toute la partie Sud ; Ouest et Est du territoire national. Au fil de temps, ce gisement naturel a été massacré en partie par les plantations agricoles mais surtout par les exploitants forestiers notamment, les charbonniers qui abattent illégalement des milliers d'hectares de forêts". Souvent sous le regard complice de certains agents commis à la surveillance de l'espace végétal. Cette situation couplée à la crise armée, déclenchée le 19 septembre 2002 (il précise que la zone forestière de l'Ouest ivoirien fortement détruite est liée à la production du charbon de bois,) ont considérablement réduit le couvert. Ainsi, il reste à peine deux millions d'hectares de forets », révèle un fonctionnaire du ministère de l'Environnement et des Eaux et Forêts, sis à la tour D au Plateau (Abidjan).
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