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Ile Maurice: «Ne faisons pas des pauvres un champ de bataille idéologique»


L'Express (Port Louis)
 

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L'Express (Port Louis)

INTERVIEW
21 Mai 2008
Publié sur le web le 21 Mai 2008

Nico Panou
Port Louis

Vous avez élaboré un modèle d'affaires innovant qui contribuerait à éradiquer la pauvreté mondiale. Pouvez-vous l'expliquer à nos lecteurs ?

Parlons d'abord de la pauvreté dans sa réalité. Pendant plus de cinq décennies, des gouvernements et institutions multilatérales ont essayé d'«aider les pauvres» par des aides et subventions. Les résultats sont peu encourageants. Le modèle que j'ai établi est simple. Il part des questions suivantes : si nous faisions des quatre milliards de pauvres des micro consommateurs et micro producteurs qui soient partie intégrante de l'économie mondiale formelle ?

Qu'adviendrait-il si ces populations démunies avaient accès pour un prix abordable, aux produits et services de niveau international ? S'ils avaient accès aux marchés nationaux à des prix équitables ? Pourquoi ne pas mettre au point de nouveaux business models ? Pourquoi ne pas créer les conditions pour que les entreprises donnent aux pauvres l'accès, à un prix abordable, aux biens ou services disponibles ? Pourquoi le secteur privé, ne pourrait-il pas tout en faisant de bonnes affaires, faire du bien ?

Plus de trois milliards de personnes utilisent un téléphone portable. La plupart sont très pauvres - le boutiquier du quartier, le fermier qui travaille pour sa subsistance, le menuisier, le chauffeur de taxi. Ils vivent dans des quartiers pauvres, des villages. Nous assistons à une explosion démographique en Afrique subsaharienne, en Inde ou aux Philippines.

Celtel, MTN, Airtel et Globe sont devenues très importantes grâce aux pauvres qui représentent le marché au bas de la pyramide. Ce marché est, à l'origine, une vraie richesse aussi bien pour ces pauvres que pour ces entreprises. Pour la première fois au monde, de nouveaux services sont introduits. Des pauvres peuvent à partir de leur téléphone portable faire des versements et avoir accès aux prix des commodités agricoles ou aux prévisions météorologiques. Cela n'est qu'une preuve qui vient renforcer la théorie.

Alors que 45 % de la population africaine vivent avec moins d'un dollar par jour, leurs dirigeants estiment que, sans l'aide des pays développés, l'Afrique, malgré ses richesses, ne pourra vaincre la précarité. Le pensez-vous ?

Non. L'Afrique doit travailler pour bâtir une gouvernance de qualité et faire de l'entrepreneuriat une activité sociale légitime. Beaucoup d'entrepreneurs souhaitent faciliter une croissance économique rapide. Construire sa dépendance sur les pays occidentaux n'est pas dans l'intérêt de l'Afrique. Le continent noir doit chercher ses propres solutions. L'antidote à la pauvreté est la création de richesses grâce à l'entrepreneuriat et l'innovation.

Quelles solutions proposez-vous pour que l'Afrique vainc la pauvreté ?

Voyez ces pays qui sortent de la misère noire, la Chine et l'Inde. Plusieurs régions de l'Inde sont plus démunies que des régions d'Afrique. Mais les gens gardent espoir. L'esprit d'entreprise les aide dans cette lutte contre la pauvreté. Grameen Bank au Bangladesh, Self-help groups en Inde, Amul Milk Project, ITC eChoupal sont des modèles à suivre.

Des observateurs estiment que votre livre «Fortune at the bottom of the pyramid : eradicating poverty through profit» est utopique. Pourquoi ne pas choisir un pays africain ou asiatique où la misère demeure une triste réalité, pour appliquer votre théorie et prouver qu'elle n'est pas qu'une théorie d'école ?

Certains voudraient garder les pauvres dans la misère en dissuadant le secteur privé de s'en approcher. Heureusement, ce dernier s'aperçoit qu'il y a un important marché au bas de la pyramide. Le World Resources Institute et l'International Finance Corporation (IFC) viennent de publier une étude qui montre que les individus qui ont moins de USD 3 000 en parité de pouvoir d'achat (ppa) (NdlR. : ppa = méthode utilisée en économie pour comparer, entre pays, le pouvoir d'achat des devises nationales qu'une simple utilisation des taux de change ne permet pas de faire) constituent une opportunité valant USD 5 000 milliards.

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De grandes entreprises telles Unilever, P&G, Microsoft, Intel, Standard Chartered Bank, Vodafone, etc. saisissent déjà cette opportunité. Des sociétés locales telles que Casas Bahia (Brésil), Elecktra (Mexico), Globe (Philippines), ICICI (Inde) la reconnaissent de même que les multilatérales comme la Banque mondiale, le Programme des Nations unies pour le développement et l'IFC. C'est incroyable que des gens lisent ces exemples dans mon livre et déclarent ensuite que c'est une théorie académique.

Qu'y a-t-il d'académique quand il s'agit d'Amul (un milliard USD de chiffre d'affaires en transformant chaque jour 6,5 millions de kg de lait obtenus de 2,2 millions de fermiers dans 10 000 villages) ? Cela a été fait en 50 ans.

C'est un bel exemple de solution durable. Je crois qu'à l'avenir, nous devons faire preuve d'imagination, de courage et d'humilité.auvres un champ de bataille idéologique.



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