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Afrique du Sud: Les ressortissants étrangers cloîtrés chez eux


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21 Mai 2008
Publié sur le web le 21 Mai 2008

Johannesbourg

Ce sont les compétences linguistiques de Patrick Ndlovu, un ressortissant zimbabwéen de 29 ans, qui l'ont sauvé lorsqu'il a été accosté par trois hommes qui parlaient zoulou à Bezuidenhout Valley, une banlieue de Johannesbourg.

« Si tu n'es pas d'ici, mets-toi à genou et fais ta prière, parce qu'on va te tuer », lui ont-ils dit, mais en se défendant d'être étranger dans un zoulou impeccable, Patrick Ndlovu a pu éviter d'être passé à tabac, voire pire encore.

Après neuf jours de violences xénophobes à travers Gauteng (la province la plus riche d'Afrique du Sud), au cours desquelles au moins 22 personnes ont trouvé la mort à ce jour, Patrick Ndlovu veut partir s'installer dans un autre pays.

Le jeune homme vit dans une petite chambre située sur le toit d'un immeuble résidentiel de quatre étages, avec un ami venu de Bulawayo, sa ville d'origine et la deuxième ville du Zimbabwe.

Depuis qu'il a été interrogé par ces trois hommes, le 16 mai, il ne s'est pas aventuré plus loin qu'à quelques mètres de son immeuble pour faire ses courses dans une « spaza » (magasin de proximité). Il n'a pas pu chercher de travail, et il ne lui reste plus beaucoup d'argent.

« Peut-être que je vais aller au Mozambique. J'ai vraiment peur, mais je ne peux pas retourner au Zimbabwe », a-t-il expliqué à IRIN.

Patrick Ndlovu a fui le Zimbabwe en 2003, après avoir été sauvagement passé à tabac par de jeunes miliciens partisans de la ZANU-PF, le parti au pouvoir. A l'époque, le jeune homme suivait une formation d'ingénieur du son à Mutare, une ville de l'est du Zimbabwe.

Patrick Ndlovu a été expulsé cinq fois depuis son arrivée en Afrique du Sud, et il aurait pu l'être davantage s'il ne maîtrisait pas parfaitement le dialecte zoulou, grâce auquel il parvient même parfois, a-t-il dit, à duper les officiers de police de langue zoulou.

Mais lorsqu'on lui demande de présenter sa pièce d'identité, il ne sait pas quoi répondre. La dernière fois que Patrick Ndlovu a été expulsé vers le Zimbabwe, le 19 janvier 2008, au lieu de revenir sur ses pas et de retourner en Afrique du Sud, comme il le fait habituellement, il a décidé de rendre visite à des membres de sa famille à Bulawayo.

Mais à peine quelques jours après son arrivée, il a dû repartir, lorsque les vétérans de la guerre de libération du Zimbabwe, alliés à la ZANU-PF, l'ont accusé d'être rentré au pays pour voter en faveur du Mouvement pour un changement démocratique, parti d'opposition, aux élections du 29 mars.

Dans les banlieues est de Johannesbourg

Les banlieues est de Johannesbourg, dont Bezuidenhout Valley, Bertrams, Judith's Paarl, Troyeville, Malvern et Jeppestown, ont accueilli plusieurs générations d'immigrants venus des quatre coins du monde depuis que des mines d'or ont été découvertes dans le Witwatersrand, en 1886.

Le mélange de styles architecturaux, des villas art nouveau datant de 1905 aux pavillons jumelés en grès brun d'influence new-yorkaise, en passant par les manoirs victoriens, reflète le style éclectique composé par les différentes nationalités présentes dans le pays à l'époque de la ruée vers l'or.

Mahatma Gandhi vivait à Troyeville, comme David Webster, professeur à l'université du Witwatersrand et militant de la lutte contre l'apartheid, assassiné par un escadron de la mort du gouvernement devant sa maison d'Eleanor Street, en 1989.

Pendant l'apartheid, Troyeville, désignée comme une banlieue lusophone blanche, était connue sous le nom de « zone grise », où vivaient à la fois des communautés blanches et noires, en dépit des lois ségrégationnistes.

En 1994, à la suite des premières élections démocratiques tenues en Afrique du Sud, Troyeville et les banlieues environnantes sont devenues de véritables pôles d'attraction pour les ressortissants des pays lusophones d'Afrique, tels que l'Angola ou le Mozambique ; Malawites, Zimbabwéens, Somaliens, Egyptiens, Nigériens et bien d'autres, venus d'une multitude d'autres pays d'Afrique, ont suivi.

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Mais aujourd'hui, les rues de ces banlieues, qui il y a quelques jours encore, étaient animées jour et nuit par l'activité des commerces, sont désertes. Spazas et commerces officiels ont fermé sur les conseils de la police depuis les premières flambées de violence.

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