Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Débat autocritique de la « gauche » - la mission historique du XXIe siècle

Moctar Fofana Niang

21 Mai 2008


billet

Nous nous essayons à l'exercice de confronter quelques opinions sur le débat autocritique de la « Gauche » dans le contexte international et national d'aujourd'hui pour susciter davantage d'expressions mais surtout d'actions. Nous pouvons d'emblée relever l'évidence de l'unité idéologique et de conviction pour tous - jeunes et vieux -de réussir la mission historique du XXIe siècle, parce que , comme nous rappelait feu doyen Soumaré, militant ouvrier docker de première heure et syndicaliste. « Tant que l'on vit, il faut lutter »

Notre propos d'aujourd'hui porte sur le concept « Etre de Gauche ». L'opportunité nous est offerte par la conférence publique du 26 Avril 2008 organisée par le collectif « Initiative 912 ». Le thème était intitulé « 3-) Etre à gauche en rapport avec le contexte d'aujourd'hui, national, africain et international » introduit par Cheikh Kassé, professeur de lettres, qui d'entrée, rejeta la notion « Etre à gauche » pour amplement expliquer sa préférence sémantique pour la formulation « Etre de gauche » plus conforme à l'action dans la durée. Il soutient que « Gauche » est, historiquement une conception de la bourgeoisie et affirme qu'au fond « Etre de Gauche » n'a jamais été autre chose que « Etre de l'extrême Gauche ». Il jure ne pas croire aux références, car il n'en reconnaît pas ! Il n'est pas le seul car aucun Parti ne commémore ses références.

Ce n'est certainement pas le lieu de recenser tous les apports importants de nombreux camarades, autres théoriciens et historiens sur le concept, mais comme le suggère Alioune Diop (lune) « ... il faut interroger la pertinence du concept de gauche et le redécouvrir le cas échéant... ». « Il sera indispensable de livrer des indications claires afin de favoriser la clarté des débats et des controverses... » Sur le même sujet, le camarade Mandiaye Gaye écrit (Matin du 20 décembre 2004) que « Etre de gauche ce n'est pas une marque indélébile, il se vérifie sur le terrain de la lutte, dans le comportement et la permanence de la défense des causes justes et c'est en cela que l'on reconnaît les uns et les autres... »

Ababacar Fall Barros, dans l'une de ses contributions donne son opinion sur le concept : « ... Etre de gauche, c'est être de façon conséquente sur des positions anti-colonialistes et anti-impérialistes en étant solidaire des luttes des peuples qui se battent et résistent de par le monde et qui également sont solidaires des autres peuples qui luttent.... Enfin être de gauche, c'est récuser cette attitude consistant à vouloir « être avec Dieu et avec le diable... » Alioune Diop, (Sud Quotidien des 15 et 16 Avril 2008) dans « Pour une autocritique de la Gauche » donne un rappel sur l'origine du concept de gauche et indique « ...à ceux qui, péremptoires opposent une phobie au « concept de gauche » qu'à l'origine, les idées de gauche s'élaborent contre le féodalisme et l'absolutisme et qu'elles sont des idées bourgeoises voire libérales.... L'appropriation du concept de gauche comme référence pour la classe ouvrière et les couches populaires traverse toute l'histoire du XIXe et du siècle suivant. Et c'est une histoire chargée de concentrations révolutionnaires, avec des victoires et des reculs, mais aussi de déchirements et de ruptures.... Au Sénégal, l'apparition des courants et des partis de gauche remonte à la période coloniale. Et déjà, ils ont contribué de manière remarquable à la résistance contre le colonialisme et l'impérialisme capitaliste. C'est du reste dans cette trajectoire que s'inscrivent divers groupes et partis dans leur lutte contre le pouvoir néocolonial et répressif de Senghor. Il faudra aussi rappeler que divers groupuscules, Maoïstes, Trotskistes et autres sont apparus au Sénégal dans les années 70 à la faveur de la clandestinité imposée au PAI et l'interdiction d'organisations démocratiques.

Le Camarade Alla Kane dans « La Gauche en miettes » écrit « .... L'avenir, c'est le développement pour sortir notre peuple de la misère, de la maladie, de la faim et du chômage. Or, ce magnifique projet ne peut être porté et réalisé concrètement que par la gauche avec ses valeurs d'abnégation, de don de soi, d'esprit de sacrifice et de partage, de respect religieux de l'intérêt général, de générosité et d'engagement profond pour la justice, l'égalité, le progrès et la démocratie.. »

Ramener le débat aux réalités concrètes du moment tout en s'instruisant des expériences étudiées ou vécues, serait la sagesse pour aller de l'avant. De multiples et diverses tentatives de coalition et d'unification émaillent la vie militante des groupes et individus dits de gauche, sur lesquelles nous ne nous étendrons pas ici. Nous disions fort justement que « ... le temps est venu de se ressaisir et de porter un regard de vérité sur nous-mêmes sur notre histoire de cinquante années de lutte et de sacrifices, et d'opérer l'introspection historique inévitable et indispensable...accomplir cette tâche comme un devoir qui s'impose à la conscience individuelle de chaque militant et à celle collective de chaque parti membre de la famille de gauche toutes sensibilités confondues. » (Moctar Fofana Niang )- « Pour la gauche que faire ? » Par ailleurs, dans « cacophonie au sommet de l'Etat » (Walfadjri n° 4687 page 10 des 31 octobre et 1er novembre 2007) je rappelais que « c'est dans notre mobilisation et dans la lutte qu'apparaîtront aussi les solutions aux maux du mouvement marxiste sénégalais et des forces de progrès et la formation d'une coalition de gauche plurielle victorieuse qu'appelle l'histoire » En tout état de cause, à la récurrente « que faire » après le concept la question principale aboutit d'abord à « qui est de gauche, avec qui s'unir et agir ? » Des voix se sont élevées et des propositions avancées. Alioune Diop avertit : « Il est clair que la réponse à cette question gagnerait en pertinence si elle était un acte collectif. Cela aurait l'intérêt de décrypter l'existant et dévoiler les diverses évolutions historiques des groupes et partis notamment ceux que Moctar Fofana Niang caractériserait d'obédience marxiste... Dans cette perspective, il faut, d'emblée, s'entendre sur les responsabilités des partis de gauche dans la situation actuelle. Ils sont en effet, à des degrés divers, comptables de leur contribution à l'élection de Diouf ou de Wade, et leur participation aux gouvernements successifs.... En effet à y voir de près, les partis renoncent à leur option originelle » ..... « Aussi l'introspection qui nous interpelle commande d'analyser les pratiques des partis et surtout leurs erreurs. Tout doit déférer devant la critique » Dans le flot du débat nous rappellerons Monsieur Ousmane Tanor Dieng. (Soleil n°8827 des 30 et 31 octobre et 1er Novembre 1999) « ... Je considère pour ma part que le Parti socialiste qui est par essence et par vocation un parti de gauche, c'est-à-dire de solidarité, de partage doit faire preuve de sens de l'initiative historique en assumant une telle problématique de la gauche.... ».

Liens Pertinents

C'est certainement fidèle à sa vision et convictions affirmées dans le même journal, associant « les partis d'inspiration marxiste....ont leur place dans une gauche plurielle à coté du Parti socialiste réformé modernisé et plus ouvert que jamais » que Monsieur Tanor Dieng opte pour les alliances et coalitions comme point de départ tel qu'il le dit dans le Quotidien n° 1468 des 24 et 25 Novembre 2007 « ...La coalition que nous avons est de gauche, nationaliste et socialiste ; c'est ce que nous avons au niveau du Front Siiggil Senegal....ma préférence, c'est qu'à partir de cette expérience, tirant les enseignements de la situation que nous avons vécue, qu'ont aient des alliances qui reposent sur un certain nombres d'engagements de valeurs, de convictions. Des alliances qui travaillent dans la durée, qui puissent même au-delà des partis à défaut d'un parti, d'une alliance organique, aller vers une fédération, une confédération des partis de gauche... nous sommes entrain de réfléchir, au niveau du parti socialiste et des autres partis du F S S pour voir comment, par quels moyens, selon quelles modalités, selon quel calendrier nous allons faire ensemble une grande force de gauche. Maintenant cette force là comment elle va être composée et configurée ?....mais à proprement parler il n'y a pas de projet c'est le F S S que nous voulons transformer. »

Page 1 of 212

Be the first to Write a Comment!

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.


SELECT
SELECT

Le top des actualités: Sénégal

Ask Obama a Question