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Côte d'Ivoire: «Mon mari m'a laissée», Yaoséhi
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Nord-Sud (Abidjan)
19 Mai 2008
Publié sur le web le 21 Mai 2008
Touré Yelly
Ghettos de drogues et de prostitution
Au quartier « Mon mari m'a laissée », c'est l'enfer. Pas d'eau, pas d'électricité., pas d'école. Juste des baraques, de la drogue et la prostitution au quotidien. La vie dans ce ghetto se conjugue au désespoir.
Samedi 10 mai, au quartier "Mon mari m'a laissée" de Yopougon. Couchée sur une natte dans une cour commune ceinte d'amas de bois, G. Nathalie, la quarantaine, scrute l'horizon les yeux embués de larmes. «Bonjour Madame. Il y a la place», nous répond-elle d'une voix à peine audible en essuyant ses yeux et son visage bouffi par la souffrance. Elle vit la galère dans sa baraque, sans eau, ni électricité. "Mon mari m'a laissée" est situé en face du 16ème arrondissement de police dans le sens de Saguidiba, précisément après le pont qui scinde ce quartier en deux : Yaoséhi, et « Mon mari m'a laissée ».
Dans la cour, seaux d'eau, balai et vase de nuit se côtoient. Avec peine, Nathalie se lève pour se tenir assise sur sa natte. «Excusez-moi, je ne me porte pas très bien ce matin», explique-t-elle quand deux enfants entrent bruyamment dans la cour. Ils tiennent en mains des sachets d'attiéké. Le plus jeune remet son sachet à sa mère. Elle le prend avant d'inviter les enfants à manger ensemble le contenu de l'autre paquet. Avant de consommer ce maigre repas, les deux enfants assis côte à côte à même le sol, lavent leurs mains, à tour de rôle dans une petite cuvette. L'eau du récipient n'est pas propre. La mère nous invite à partager son plat. Après un refus poli, nous lui donnons le temps de terminer le petit déjeuner avant de faire un brin de causette sur ses conditions de vie. A quelques mètres de la femme et de ses enfants, les toilettes dégagent une odeur nauséabonde. Cela ne dérange pas Nathalie qui mange avec appétit. Le repas est terminé. Visiblement requinquée, Nathalie nous demande les nouvelles d'une voix plus audible. Elle se rappelle soudain de sa monnaie que Franck, son fils aîné, ne lui a pas donnée. «Ma monnaie », lance-t-elle en cherchant du regard son gamin. L'enfant se met à chercher les sous. «Où sont mes 250 Fcfa », reprend la mère en se dirigeant brutalement vers le garçon. Certainement pour lui administrer une raclée. Sentant venir le danger, Franck prend ses jambes à son cou. Tout en le regardant partir, la mère lâche : «C'est tout ce qui me reste pour la journée d'aujourd'hui. Si tu as perdu cet argent, vous allez passer la soirée sans manger.»
Dormir le ventre creux
Elle revient à nous et décide, après interrogation, de nous relater sa misère quotidienne. Bien qu'ayant fait le constat, Nathalie relate ses conditions de vie. Une vie de misère dans un quartier précaire.
Nathalie vivote depuis qu'elle a décidé de quitter son mari en 1995. Ce dernier raconte-t- elle, s'était rendu coupable d'adultère. «Il avait une relation intime avec une nièce qui vivait sous notre toit. Et lorsque je l'ai su, je lui ai demandé d'arrêter cette relation. Mais il ne l'a pas fait. Excédée, j'ai dû quitter la maison familiale située à Yopougon Toits-Rouges. Dans un premier temps, je me suis retrouvée au quartier Ebrié à Adjamé puisque j'y avais un magasin où je vendais des articles féminins. Malheureusement, avec les funérailles de ma mère décédée trois ans plus tard, je n'avais plus rien. J'ai tenté de donner les enfants à leur père qui lui, a perdu son emploi. J'ai donc été obligée de venir prendre une maison en bois ici, que je paye à 9.000 Fcfa par mois. Avec mes petites activités actuellement, je parviens à payer ma maison, mais il faut dire que le quotidien est difficile. Quelquefois, il m'arrive de dormir le ventre creux. Le plus important pour moi, c'est d'avoir quotidiennement quelque chose pour nourrir mes deux enfants», relate Nathalie. Cette chambre comme la quasi-totalité des pièces de ce quartier sont recouvertes de plastique noire. «Nous recouvrons de plastique nos maisons à cause de la pluie qui détruit le bois », explique Nathalie.
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Un plastique qui est retenu par endroit par des couvercles de bouteilles de sucrerie. La chaleur provoquée par cette manière de recouvrir les chambres, ne permet pas de s'y reposer dans la journée. « A cela s'ajoute l'odeur de l'humidité après les grandes pluies», renchérit notre interlocutrice. Et pourtant Nathalie, comme l'ensemble des locataires de cette cour, ne dispose pas d'électricité. «Pensez-vous qu'on puisse dormir dans ces conditions?», interroge une autre dame qui dispose de deux fûts déposés au salon. Le premier contient environ 20 litres d'eau pour étancher la soif des membres de sa famille et le contenu du second sert pour le ménage. Au milieu de ces maisons où s'entremêlent les bicoques, certains commercialisent l'eau courante. Des tuyaux longs de dix mètres au moins sont installés pour remplir des barriques se trouvant dans les domiciles. Des milliers de femmes habitant le quartier « Mon mari m'a laissée » vivent dans ces conditions misérables. Pas d'électricité pour la majorité, pas d'eau et pas d'argent pour manger à sa faim.
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