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Maroc: Entre crise sociale et léthargie politique - "Arrêtons de crier au complot"
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Libération (Casablanca)
21 Mai 2008
Publié sur le web le 21 Mai 2008
Narjis Rerhaye
La rumeur a couru pendant plusieurs jours, de plus en plus insistante, insidieuse avant de se faire précise.
Abbas El Fassi serait partant, un nouveau premier ministre va être nommé incessamment. Son successeur a le vent en poupe et ne serait autre que Fouad Ali Al Himma, la star montante du parlement et compagnon du Roi. «Une telle rumeur, même si le remaniement ministériel est un sport national au Maroc, témoigne de la fragilité du système politique chez nous. Les institutions sont fragiles et les acteurs politiques sont les premiers à penser que tout peut changer en un claquement de doigt, sans aucune raison. Tout cela ne procède pas d'une logique démocratique», fait observer un constitutionnaliste de la place.
Dans les états-majors partisans, on n'en finit pas de gloser sur l'ambiance politique qui règne aujourd'hui. Délétère pour les uns, annonciatrice d'une fin de parcours pour d'autres, les motifs de grogne et d'inquiétude se font de plus en plus visibles. Une grève générale même si elle est décidée par un syndicat qui n'hésite pas à faire de la surenchère démago-populiste pour revivre de ses cendres vient rappeler le quotidien difficile de Marocains frappés de plein fouet par la crise financière et alimentaire mondiale. Un gouvernement, qui pour beaucoup assure la continuité, dont la naissance s'est faite au forceps et la maïeutique ailleurs que dans les rangs de la majorité. Une monarchie en première ligne et sur le front des chantiers et un premier ministre effacé, en tout cas que ses partenaires souhaiteraient plus présent. Dans ce décor institutionnel et sur fond de crise sociale, la crise politique serait-elle à nos portes?
L'usfpéiste Mohamed Al Achaâri est de ceux qui se refusent de jouer aux Cassandre. Il a le sentiment, explique-t-il, que les acteurs principaux de ce pays connaissent comme un air de panique qui est incompréhensible. «Nous sommes dans un monde de plus en plus complexe et imprévisible. Il faut s'y préparer et arrêter surtout de soutenir que tout est noir, que c'est le chaos et qu'il n'y a plus rien à faire. Des crises économiques et sociales, nous en connaîtrons beaucoup d'autres. Entre la cherté de la vie, les problèmes sociaux et économiques, ceux liés à la sécurité, il s'agit de se mettre au travail, faire ce qu'il y a à faire, assumer ses responsabilités. Il est inadmissible à mes yeux de se cacher derrière la fragilité politique pour rester les bras croisés».
Ce dirigeant politique dont le coeur bat à gauche a une vision pragmatique de l'Exécutif que conduit l'Istiqlalien Abbas El Fassi. «Il est né dans des conditions données, mais aujourd'hui il est là. Ce gouvernement est censé défendre un programme commun, imaginer des solutions pour améliorer le quotidien des Marocains dont la vie est de plus en plus difficile, dialoguer avec les syndicats et le patronat, instaurer la paix sociale. Maintenant, il faut arrêter de répéter la même rengaine que c'est le Roi qui est sur tous les fronts. Rien n'empêche les ministres de défendre leurs prérogatives et de s'attacher à leur champ d'action. Chaque acteur politique doit pouvoir faire son travail. S'ils en sont empêchés, les langues sont bien faites pour être déliées».
«Pour une fusion USFP-PPS pour faire avancer la pratique politique»
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M'Hamed Grine en est convaincu: les choses sérieuses se passent ailleurs- «et cela ne date pas du gouvernement Abbas Al Fassi»- et l'actuel Exécutif s'inscrit dans la continuité de son prédécesseur que dirigeait le technocrate Driss Jettou. «C'est vrai que des rumeurs courent. Ce qui me fait penser que l'on veut décrier A. El Fassi parce qu'il est politique et que certains cercles n'ont toujours pas admis la logique démocratique retenue après les résultats des élections de septembre dernier», affirme ce membre du bureau politique du PPS. Pour ce dirigeant qui a vécu dans sa chair les années de plomb, l'ambiance qui règne aujourd'hui pose, surtout, le problème de la pratique politique. «Il est grand temps de mener une réflexion globale, sereine, en plaçant les intérêts du pays au-dessus des lobbies entous genres et des calculs partisans forcément étroits. Je veux parler de mise à niveau du système politique, de la séparation des pouvoirs, des relations entre la monarchie et les acteurs politiques, de réforme constitutionnelle».
En attendant la mise à niveau du système politique, la crise, elle, est bel et bien là. Les conflits sociaux sont, on le sait, une forme d'expression démocratique. Mais pas seulement car ils font également figure d'outil de gestion. Dès lors, les frictions entre les syndicats et le gouvernement de la normalité la plus absolue. «Il ne faut pas sombrer dans la paranoïa et crier au complot. Il me semble qu'il est important de ne pas politiser les conflits sociaux. La vie est chère, difficile. Les pauvres souffrent. La classe moyenne a bien du mal à joindre les deux bouts. L'essentiel aujourd'hui est d'affronter avec courage et sérénité tous ces problèmes et de s'y attaquer sérieusement», soutient celui qui a été ministre de la Culture.
Grine, lui, pense à un geste fort, susceptible d'opérer un changement qualitatif dans la sphère politique «pour aller de l'avant et remobiliser les Marocains». «Il faut avoir le courage de prendre de vraies décisions politiques. Je pense par exemple à la fusion de l'USFP et du PPS pour former un grand parti de gauche. Cela va faire bouger les lignes et avancer la pratique politique».
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