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Cameroun: Arrondissement de Lokoundjé ou le concentré de la misère
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Le Messager (Douala)
21 Mai 2008
Publié sur le web le 21 Mai 2008
Roland Tsapi
La Lokoundjé
Les villages insulaires du département de l'Océan, province du Sud, présentent une image fantoche, abandonnés qu'ils sont à eux-mêmes.
Lokoundjé, l'école de la débrouillardise
Le passager qui traverse le pont sur le fleuve Lokoundjé, en direction de Kribi, se doute bien qu'à ce niveau, il suffit juste de suivre la piste avant le pont, et l'on se retrouve, sous l'ouvrage, au point de départ pour le village qui porte le même nom. La seule route est sur l'eau, et le temps à mettre pour atteindre la berge du village dépend du type de pirogue emprunté et de la puissance de son moteur. Il faut se déchausser et patauger dans la boue pour atteindre la terre ferme du village, où les habitants, curieux de voir des étrangers, vous accueillent, en faisant le maximum d'effort pour masquer leur misère quotidienne. Peine perdue, car elle frappe aux yeux de tout le monde.
Les cases d'habitations sont en matériaux provisoires, rongés par la pourriture. Les filets de pêches entassés çà et là renseignent facilement sur l'activité principale ici, la pêche artisanale, qui occupe la partie de la population restée au village, sur les 150 000 âmes que se réclame Lokoundjé. Un village loin des villes, loin des préoccupations aussi. Les habitants, renforcés par une forte communauté nigériane, ne bénéficient de rien de l'Etat, même pas de l'éducation et de la santé, consacrées par la charte des nations unies pour les droits de l'homme.
Se sentant abandonnés, ils ont décidé il y a trois ans, selon leurs propres témoignages, de se prendre en main sur le plan de l'éducation. Une partie de la forêt défrichée, ils y ont construit une baraque en planche, rafistolé des bancs de fortunes en clouant des morceaux de planches à des piquets. La disposition de ces bancs évolue avec les années, en fonction de la progression des élèves. Cette année, ces bancs sont disposés de trois façons différentes, représentant les trois classes de l'école : class one, class two et class three (Sil, Cp et Ce1). L'école est exclusivement anglosaxone, du fait de la forte population nigériane. Pour le moment, les villageois ont recruté une maîtresse pour s'occuper de l'école. Malheureusement, elle est absente à notre passage. Mais ses élèves expliquent qu'ils sont 4 en class 3, 11 en class 2 et 12 en class 1. Aucun emploi de temps n'est établi et respecté, on va en classe selon la disponibilité des élèves et de la maîtresse.
Dikobé, l'hôpital de la honte
Dans le même arrondissement, cette fois ci en bordure du fleuve Nyong, le village Dikobé s'étend tout le long de la route. C'est sur le côté de cette déserte qui fait face à l'eau que les populations sont installées. Ce village semble le plus chanceux de la zone. Il n'y a pas d'eau potable, mais huit cases ici bénéficient du courant électrique, en phase expérimentale dit-on, à l'initiative de l'Agence d'électrification rurale (Aer), et ce depuis 2007. L'école publique est aussi logée dans trois bâtiments en matériaux définitif, tout comme le centre de santé élémentaire de Dikobé, dépendant de l'aire de santé de Logbatindi, selon l'infirmier accoucheur Fouda, responsable du centre.
Un centre qui fait ce qu'on appelle ici la honte du village. Le bâtiment comporte au moins 15 pièces, dont les seules utilisées sont le bureau de l'infirmier, le seul d'ailleurs à travailler ici, et une chambre qu'il occupe. Toutes les autres salles, aux portes béantes, présentent un spectacle désolant : des lits vétustes et squelettiques mal disposés, des matelas aux odeurs pestilentielles entassés dans certains coins, ailleurs ce sont des tables de consultation qui on vu le temps passer. Les murs et la toiture sont entamés pas l'humidité et la moisissure. On parierait que même les souris et les cafards ne se sentent plus à l'aise ici, tant le milieux est infecte. Et pour masquer tout cela, un coup de balai, mal appliqué, a été passé çà et là, à l'annonce de l'arrivée du préfet de l'Océan.
Dire que le centre tourne au ralenti est un abus, il ne tourne pas du tout. Sans électricité, sans eau potable, sans frigo pour conserver le petit matériel, l'infirmier Fouda dit se débrouiller comme il peut. Il consulterait en moyenne un patient par jour, et parfois 2 ou 3 les jours du marché au village. Il ne se rappelle même plus quand il a fait la dernière consultation, encore moins interné un malade. Il s'en explique d'ailleurs, pour lui le centre n'a pas vocation à hospitaliser : « ici c'est un centre de santé satellite, on consulte juste les malades et on les envoie à Kribi, mais il peut arriver des cas où j'interne un malade pour deux jours, juste le temps de l'observation.» Mais au village, on attribue le coma dans lequel se trouve ce centre à la performance médiocre de « Docta », les institutions ne valant que par ceux qui les animent. Ce dernier est accusé de déserteur, de passer le clair de son temps à Kribi. Accusations face auxquelles l'infirmier Fouda reste philosophique : « même Jésus a été crucifié », se console-t-il.
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