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Cameroun: Le pilote de l'Albatros entendu


Le Messager (Douala)
 

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Le Messager (Douala)

21 Mai 2008
Publié sur le web le 21 Mai 2008

Franck Essomba

Benoît Betam, commandant de bord lors du premier vol du président Biya dans l'Albatros, a passé environ six heures de temps à la police judiciaire à Yaoundé.

La direction de la police judiciaire à Yaoundé poursuit obstinément ses enquêtes préliminaires sur ce qui est désormais convenu d'appeler l'affaire de l'Albatros. Il s'agit d'un avion destiné aux services officiels du président de la République dont les conditions d'acquisition en 2004 sont restées floues alors même que l'appareil avait vieilli et était en mauvais état. Ainsi, après le passage d'Atangana Mebara, ci-devant secrétaire général à la présidence de la République, et Yves Michel Fotso, ex-administrateur directeur général de la compagnie nationale de transport aérien Cameroon airlines (Camair), plusieurs personnalités ayant intervenu dans le dossier pour effectuer une transaction ou pour donner simplement un avis sont convoquées à tour de rôle. Ainsi en est-il de Benoît Betam, cinquante-huit ans, pilote de l'air, employé à la Camair et commandant de bord lors du premier et dernier vol du président avec l'Albatros. Cet homme qui est à moins deux ans de sa retraite à la Camair a été entendu à la police judiciaire le 9 mai dernier pendant environ six heures de temps.

Si une bonne partie de l'enquête policière porte sur le soupçon de détournement qu'il y aurait eu lors des opérations d'acquisition de l'Albatros, un autre volet a trait à l'état technique de l'appareil et aux conditions du voyage présidentiel du 24 avril 2004. Sur ce deuxième aspect, les déclarations des premières personnes interrogées tendent à démontrer que l'avion présidentiel était en bon état puisque des avis de divers spécialistes avaient été requis avant l'acte d'achat. La police a probablement voulu avoir un avis contradictoire pour conclure sur cet aspect de l'enquête. Or sur le sujet, au-delà des experts dont l'avis avait été sollicité, la police avait un témoin privilégié ayant expérimenté l'appareil en temps réel : le commandant Betam.

Biya avait été informé

Quand l'avion décolle de l'Aéroport international de Yaoundé - Nsimalen ce 24 avril 2004 entre dix heures trente et onze heures, il y a une quarantaine de personnes à bord. Le président Biya et sa suite se rendent à Paris, pour le sommet sur le bassin du fleuve Niger. Après quelques minutes de vol, l'équipage constate une panne. Le commandant Betam se rapproche du président et lui dit que l'avion n'est pas en bon état. Au moment où certains se demandaient si c'était opportun d'annoncer une telle nouvelle au chef de l'Etat, la décision est prise de revenir sur Douala faire les vérifications nécessaires avant de redécoller. Quand la manoeuvre est engagée pour un retour sur Douala - la tour de contrôle est même avertie - l'avion est dépannée en l'air. L'escale de Douala n'a pas lieu ; l'Albatros poursuit obstinément sa route jusqu'à Paris. Au cours du vol, le chef de l'Etat et surtout Chantal son épouse sont très inquiets. Heureusement l'atterrissage a lieu sans trop de dégâts.

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Le récit que le commandant Betam aurait fait à la police judiciaire, s'il ne contredit pas au plan technique tous les avis favorables qui auraient été donnés avant l'achat de l'avion, devrait conforter certaines certitudes : d'une part que l'avion était vieux et en mauvais état, et d'autre part que l'appareil a englouti d'énormes sous - pour rien finalement. Et là, la thèse d'une certaine légèreté au plus haut sommet de l'Etat réapparaît, dans la perspective que cet appareil aurait pu coûter la vie au chef de l'Etat, à sa famille et à ses proches collaborateurs.



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