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Côte d'Ivoire: Il faut mettre fin à l'impunité dont jouit un groupement estudiantin pro-gouvernemental
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Human Rights Watch (Washington, DC)
21 Mai 2008
Publié sur le web le 21 Mai 2008
Abidjan
Le gouvernement devrait ouvrir une enquête et punir les responsables de crimes
Le gouvernement de la Côte d'Ivoire devrait adopter des mesures immédiates visant à mettre un terme à l'impunité dont jouissent les membres d'un groupement estudiantin pro-gouvernemental responsable de nombreux actes de violence et de comportements criminels, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui.
Depuis 2002, lorsqu'un coup d'État manqué a plongé le pays dans une crise politico-militaire, la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d'Ivoire (FESCI), qualifiée soit de « milice pro-gouvernementale », soit de « mafia », s'est rendue responsable de violences à caractère politique et criminel, notamment de meurtres, d'agressions, d'extorsion et de viols. Les attaques ont souvent ciblé de supposés opposants au parti au pouvoir, le Front Populaire Ivoirien (FPI).
« Depuis des années, le gouvernement ivoirien, faisant preuve d'un esprit partisan, a régulièrement omis d'enquêter sur les délits criminels graves perpétrés par des membres de la FESCI et de poursuivre ou de punir les auteurs de ces actes », a déploré Corinne Dufka, directrice pour l'Afrique de l'Ouest à Human Rights Watch. « L'impunité dont jouissent les groupements tels que la FESCI doit cesser dès maintenant afin de créer un climat propice à des élections pacifiques. »
Le rapport de 111 pages, intitulé « 'La meilleure école' : La violence estudiantine, l'impunité et la crise en Côte d'Ivoire », décrit en détail comment, au cours des dernières années, les membres de la FESCI ont été impliqués dans des attaques à l'encontre de ministres de l'opposition, de magistrats, de journalistes ainsi que d'organisations de défense des droits humains, entre autres. Selon ce qui ressort d'entretiens réalisés avec des victimes et des témoins, le groupement estudiantin a tué, violé et violemment passé à tabac des étudiants perçus comme des sympathisants de la rébellion basée dans le nord ou de l'opposition politique.
Par ailleurs, la FESCI est régulièrement associée à un comportement de type « mafieux », se livrant notamment à l'extorsion et au racket auprès de commerçants travaillant sur les sites des universités et écoles secondaires ou aux abords de ceux-ci. En tandem avec d'autres groupements de jeunes pro-gouvernementaux tels que les Jeunes Patriotes, les membres de la FESCI ont été mobilisés à de nombreuses reprises depuis 2002 pour entraver le processus de paix en Côte d'Ivoire à des moments cruciaux, au profit du FPI au pouvoir. Les actions de la FESCI, tant sur les campus qu'en dehors, ont sérieusement miné la liberté d'expression, de réunion et d'association.
Les conclusions de Human Rights Watch sont basées sur des travaux de recherche effectués pendant cinq semaines à Abidjan et Bouaké. Le rapport décrit les racines et les actions de la FESCI, ainsi que la complaisance, voire parfois la complicité du gouvernement dans la violence et les crimes perpétrés par les membres de cette association.
Au cours de leurs entretiens avec Human Rights Watch, des policiers, des professeurs et des étudiants ont évoqué le manque de volonté affiché par les forces de sécurité de l'État pour intervenir face à la conduite criminelle des membres de la FESCI. Un policier interrogé par Human Rights Watch a exprimé sa frustration devant à ce qu'il perçoit comme une incapacité de sa part à agir face aux exactions commises par la FESCI : « Aujourd'hui, la FESCI fait ce qu'elle veut et il ne se passe rien. Elle jouit d'une impunité totale. Les membres de la FESCI ne sont jamais punis et ils ne le seront jamais parce que les gens au pouvoir les soutiennent. Nous connaissons ceux d'entre eux qui ont tué, volé et tabassé mais nous ne pouvons rien faire contre eux dans le système actuel. »
Plusieurs membres du syndicat des professeurs d'université interrogés par Human Rights Watch ont décrit l'effet que la violence perpétrée par la FESCI produit sur le campus : « En ce qui concerne la liberté d'expression, nous les professeurs faisons attention à tout ce que nous disons et faisons à propos de la FESCI. Les politiciens, la police et l'armée ne vous aideront pas si vous êtes menacés par la FESCI. La FESCI peut assassiner et l'enquête ne mènera jamais nulle part. »
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Certains membres de la FESCI interviewés en vue du rapport semblaient se délecter de l'impunité dont ils jouissent. Un étudiant s'est vanté du fait qu'un simple coup de fil suffit dans bien des cas pour libérer un membre de la FESCI qui a des problèmes avec la police : « Si quelqu'un se fait arrêter, disons pour avoir tabassé un chauffeur de taxi, nous allons en masse au poste de police et annonçons que nous sommes de la FESCI et nous libérons la personne. »
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