La Presse (Tunis)

Tunisie: Foire internationale du livre de Tunis

Faouzia Mezzi

22 Mai 2008


Une belle moisson

La 26e session de la Foire internationale du livre de Tunis a laissé un arrière-goût intellectuel particulièrement apprécié par l'élite culturelle nationale, mais aussi par les participants invités, qu'ils soient éditeurs ou auteurs.

Autant dire que la gestion de la manifestation et l'intelligence qui la sous-tend témoignent d'une translucidité, d'une pertinence qui expliquent l'image de marque, de plus en plus reluisante, de la foire. Qui plus est, cette gestion se fait prévaloir d'un mérite : celui de concilier deux dimensions de la manifestation : l'aspect commercial d'un côté, et de l'autre la dimension culturelle et intellectuelle. Régler la foire en fonction de l'horloge éditoriale dans le monde n'est sans doute pas chose facile. Nul n'ignore les coûts grimpants du livre, ni le rythme vertigineux de la création. Il a sans doute fallu à l'équipe dirigeante braver bien des difficultés et gérer de nombreux écueils pour obtenir la mouture dont on a pu apprécier les moments forts, l'organisation, la dynamique et surtout les révélations intellectuelles qui, de session en session, s'ajoutent à la configuration des stands pour rehausser la foire au niveau d'une manifestation dont les Tunisiens sont en passe de s'enorgueillir. En quoi consiste, en fait, l'intérêt de cette démarche ?

Il s'agit d'accompagner l'exposition des livres à la vente par une procédure de réflexion et d'échange avec les écrivains.

Du coup, les ouvrages listés ne sont plus des produits de vitrine, mais ils sont insufflés d'un processus créatif, d'une mémoire, d'un vécu, d'un itinéraire de recherche et de réflexion. Ils retrouvent, pour ainsi dire, leur place, avec précision, dans le paysage de la création chez nous et dans le monde.

Poser les questions substantielles et fondamentales de l'acte créatif, de la traduction des idées et des mots, de l'identité de la plume s'avère être un choix qui procède de la reconnaissance du statut du créateur, mais aussi du respect du livre comme une manifestation sacrée de l'intelligence humaine, de l'exclusive, de la quête du nouveau, de la prospection de la modernité. C'est une approche qui s'avère vitale pour l'écrivain qui, une fois sa tâche accomplie, scrute l'horizon d'une vie réinventée de son oeuvre : par le lecteur, mais entre-temps aussi par le critique et par le communicateur. C'est donc par cette prestation communicative que la foire du livre crée l'événement. Elle célèbre par la même occasion l'acte de l'écriture, à travers la valorisation des écrivains, des rencontres qu'elle enclenche entre ces écrivains, d'une part, et les critiques et chercheurs, d'autre part. Là encore, l'espace élu pour ces rencontres, au sein de la foire, est aménagé de telle sorte qu'il s'intègre dans le mouvement sonore de la foire, en plein coeur des entrées et sorties du public comme pour insinuer l'intégration de la création et de la réflexion dans le vécu comportemental des usagers, comme pour affirmer le lien ombilical entre la création et le mouvement environnant. Baptisée espace d'animation, l'enceinte des rencontres a également ceci d'appréciable qu'elle propose en alternance avec la lecture d'extraits d'oeuvres poétiques ou autres, des chants d'une musique sélectionnée pour la circonstance.

C'est ainsi que ces rencontres se sont déroulées dans la convivialité, mais aussi dans le sérieux d'animateurs soigneusement choisis pour présenter les auteurs.

Parmi ces rencontres, celle organisée entre Charbel Dagher et Mohamed Madyouni. Le poète libanais ayant lu des extraits de ses poèmes et le dramaturge des extraits de son texte Le sourire d'Ibn Rochd traduit du texte de Pierre Deboch. A retenir également la rencontre entre Gilbert Sinoué, écrivain français d'origine gréco-égyptienne (lire entretien) et Adam Fethi, le poète tunisien, qui a traduit l'un de ses textes. Une autre rencontre fut des plus réussies : celle qui a été organisée avec Jonas Hassan Khémiri, un jeune écrivain tuniso-suédois révélé au public tunisien dans la splendeur de son écriture tout à la fois fraîche et aux préoccupations abyssales sur l'identité dans sa relation avec l'universalité (lire entretien).

Avec Baha Taher, un écrivain égyptien de très grande envergure, le public s'est enquis des procédés de l'écriture dans leur rapport avec la conjoncture conflictuelle Orient-Occident.

A ne pas oublier les deux prestigieux hommages posthumes organisés par la foire à la mémoire de deux grands écrivains qui viennent de nous quitter : Aimé Césaire et Mustapha El Fersi.

En somme, c'est une moisson prospère que celle récoltée par la 26e session de la Foire internationale du livre de Tunis.

Il serait judicieux de regrouper les actes du colloque sur la traduction, les propos des rencontres et de les publier. Cela, d'un côté et de l'autre, il est souhaitable d'envisager la documentation audiovisuelle de cette manifestation pour en élargir l'impact auprès du public ou des élites qui, pour une raison ou une autre, n'auraient pas eu la possibilité d'y participer.

Be the first to Write a Comment!

Copyright © 2008 La Presse. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.


SELECT
SELECT

Le top des actualités: Tunisie

Ask Obama a Question