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Côte d'Ivoire: « Je ne pensais pas que la guerre allait durer si longtemps »


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22 Mai 2008
Publié sur le web le 22 Mai 2008

Bouaké

Lorsque la rébellion des Forces nouvelles a lancé une insurrection armée contre le gouvernement ivoirien en 2002, Princesse*, dépistée positive au VIH l'année précédente, a fui Bouaké, le fief rebelle dans le centre du pays, pour se réfugier dans son village de brousse.

Suite au décès de son mari en 2000, et quelques mois plus tard de celui de sa fille âgée de trois ans, Princesse, aujourd'hui âgée de « 41 ans sur le papier », s'est résolue à écouter les conseils du médecin qui lui recommandait de faire le dépistage au VIH, parce qu'elle-même développait une série d'infections.

« Je n'avais pas le choix, j'étais tout le temps malade. J'ai accepté de faire le test parce que je souffrais trop », a-t-elle raconté.

A ce moment-là, Princesse vivait encore avec sa fille aînée, aujourd'hui âgée de 13 ans, dans une petite localité située à une trentaine de kilomètres de Bouaké. Elle s'est donc rendue au Centre de solidarité et d'action sociale (CSAS), le plus gros centre de prise en charge du VIH/SIDA à Bouaké. Le résultat de son test, effectué en 2001, a été une épreuve.

« Ca m'a vraiment choquée, l'assistante sociale [du centre] a essayé de me remonter le moral, mais je ne savais plus quoi faire : je n'étais plus chez mes parents et je ne pouvais pas rentrer dans notre village parce que je n'aurais pas pu être suivie [médicalement] là-bas, où allais-je rester ? », s'est-elle souvenue.

Le centre CSAS, qui fournit aujourd'hui des traitements antirétroviraux (ARV) à plus de 800 patients infectés au VIH à Bouaké, l'a alors soutenue. « Ils m'ont aidé à prendre une petite maison et à payer le loyer, ils m'ont donné de la nourriture », a-t-elle dit.

Lancement de l'insurrection

C'est à ce moment-là que la guerre est arrivée. Dans les jours qui ont suivi le 19 septembre 2002, date du déclenchement de la tentative de coup d'état contre le président ivoirien Laurent Gbagbo, Princesse a estimé qu'elle n'était plus en sécurité à Bouaké, où la rébellion avait installé son quartier général.

« J'avais peur, il y avait des coups de feu tout le temps, on ne pouvait plus sortir pour aller chercher à manger », a-t-elle raconté. « Le centre [CSAS] était fermé au début de la crise. On ne pouvait pas rester ».

Princesse est alors partie à pied avec sa fille, pour aller se réfugier dans la localité où elle vivait avant d'apprendre sa séropositivité. « Arrivées là-bas, l'Eglise nous a payé le transport pour aller dans le village de ma famille [à plusieurs dizaines de kilomètres de là] ».

D'abord accueillie à bras ouverts par une parente, la situation s'est vite dégradée, d'autant plus que Princesse, qui n'a révélé à personne son statut sérologique, ne pouvait pas toujours participer aux travaux familiaux.

« Il y avait toujours des disputes, il n'y avait pas à manger, et je n'avais pas d'argent pour [payer la nourriture] », a-t-elle dit. « Avec ma santé, je ne pouvais pas aller tous les jours aux champs parce que ça me fatiguait, mais les autres pensaient que c'est parce que je ne voulais pas aider ».

« J'ai senti que j'étais devenue misérable », a dit Princesse. « J'ai vécu un calvaire. Je ne pensais pas que la guerre allait durer si longtemps ».

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Mais la crise politique durant, elle finit par confier son désarroi à un de ses jeunes frères, installé dans la région d'Abidjan, la grande ville économique du sud de la Côte d'Ivoire.

A l'époque, Princesse n'était pas encore sous traitement antirétroviral (ARV), qui permet d'améliorer la vie des personnes vivant avec le VIH mais ne doit pas être interrompu sous peine de provoquer des résistances aux médicaments et de mettre la vie du patient en danger. Cependant, elle a développé un certain nombre d'infections opportunistes liées au VIH/SIDA qui nécessitaient d'être traitées.

« Mon petit frère est venu au village, il m'a encouragée et il m'a payé des médicaments », a-t-elle raconté.

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