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Maroc: La grève observée dans un climat de terreur
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Libération (Casablanca)
22 Mai 2008
Publié sur le web le 22 Mai 2008
Larbi Bouhamida
Il y avait grève hier. Même Lapalisse l'aurait constaté tellement le climat était délétère et les administrations et autres lieux d'échanges et de commerce fermés.
La décision prise par la Confédération démocratique du travail (CDT) d'appeler à l'arrêt de travail a non seulement rappelé les mauvais souvenirs des dérapages passés, mais elle a aussi été traversée de soubresauts qui ne laissaient rien présager de bon. Il y a eu notamment des distributions de tracts et des injonctions on ne peut plus claires de personnes qui n'avaient pas l'air de vulgaires plaisantins.
Ils portaient des barbes trop drues pour s'inscrire dans une quelconque mode et leurs tenues n'avaient rien à voir avec le bleu de chauffe cher aux militants syndicalistes issus des rangs ouvriers. Les évènements sanglants de 1981 étaient donc dans tous les esprits, mais mâtinés, cette fois-ci, d'un zeste de provocation qui a fait planer un climat de terreur on ne peut plus pesant.
La peur était partout. Particulièrement dans les têtes. Un simple tour dans une mégapole comme Casablanca en attestait.
Même des professionnels qui n'avaient jamais su ce que le mot repos hebdomadaire voulait dire ont baissé le rideau. Du moins en matinée et dans l'attente de voir la situation se décanter. Vu sous cet angle, le débrayage a donc été un succès retentissant, pour ne pas dire plus.
Contacté par «Libé», Allal Belarbi, secrétaire général du Syndicat national de l'enseignement supérieur affilié à la CDT, nous a précisé que «la grève a connu une réussite totale sur l'ensemble du territoire national puisqu'elle a été très largement suivie dans les secteurs public et privé».
D'après les premiers éléments d'information qui sont parvenus au siège de cette centrale, a-t-il indiqué, «le débrayage a rempli sa mission sociale» vu que «les citoyens en ont clairement appréhendé les objectifs et qu'ils y ont souscrit massivement».
«Ce succès, a-t-il ajouté, a couronné les efforts et initiatives prises par la CDT pour se préparer à cette échéance avec rigueur et sens des responsabilités». «C'est cette même démarche, a-t-il conclu, qui sera adoptée au cours des prochaines réunions des organes dirigeants en vue de l'évaluation des résultats de cette grèveet de la suite qui leur sera donnée».
Un communiqué sera rendu public aujourd'hui par cette centrale pour dresser un premier bilan de cet arrêt de travail décidé à la suite de l'échec du dialogue social avec le gouvernement qui avait débouché, à la veille de la dernière Fête du travail, sur la décision prise unilatéralement par le cabinet El Fassi d'augmenter les traitements des fonctionnaires, le SMIG et les allocations familiales tout en faisant baisser la pression fiscale sur les revenus. Et ce dans des proportions qui ont été jugées insuffisantes par l'ensemble des syndicats dont quatre, à savoir la FDT, l'UMT, l'ODT et l'UNTM, avaient appelé à la grève du 13 courant et la CDT qui a initié le débrayage d'hier. Commentant celui-ci dans le journal du soir diffusé mardi par la chaîne de télévision nationale «Al Oula», le ministre délégué chargé des Affaires économiques et générales, Nizar Baraka, a indiqué que cette grève «n'est pas conforme à l'esprit de dialogue et de partenariat prôné par le gouvernement», estimant que «rien ne la justifiait» et minimisant son importance du fait que «les autres centrales n'y ont pas adhéré».
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Enfonçant le clou, une autre source gouvernementale a indiqué que le taux de grévistes au sein du secteur privé n'a pas dépassé les 2 %, soit 16.415 salariés sur un total de 893.370.
Des réponses du berger à la bergèrequi attestent certes de la faiblesse du taux d'encadrement de la centrale de Noubir Amaoui dans ce secteur, mais cachent mal un certain embarras dû au fait que l'actuel cabinet s'est trouvé confronté à deux débrayages nationaux fortement suivis en moins d'une dizaine de jours. Pis, c'est la première fois que pareille chose se produit depuis le début de l'alternance. Ce qui témoigne à la fois de la gravité du réchauffement du front social et de la faiblesse de la marge de manoeuvre pour y remédier.
Les problèmes économiques actuels et le renchérissement des prix des matières premières et de l'énergie, n'augurent pas de lendemains qui chantent et le gouvernement qui se trouve dans de beaux draps n'a d'autre moyen que de continuer à gérer les affaires courantes tout en espérant qu'il n'y aura pas de dérapages. Ce qui n'est pas de nature à permettre que fin soit mise au bras de fer qui l'oppose à des syndicats qui ont retrouvé leurs marques et à des partis politiques qui ne commencent à voir d'yeux que pour les prochaines élections locales. D'où une recrudescence des surenchères et un glissement de plus en plus perceptible vers un populisme qui ne peut que jeter plus d'huile sur le feu.
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