La Côte d'Ivoire serait-elle encore aux portes d'une nouvelle flambée des prix induite par la tendance haussière du prix du baril de pétrole sur le marché international ?
Depuis quelques jours, cette question est au centre des débats. L'Etat envisage très sérieusement de procéder à une nouvelle augmentation du prix du carburant à la pompe pour faire face à la hausse effrénée de l'or noir sur le marché mondial. Mais est-ce l'ultima ratio regum ? L'Etat n'a-t-il vraiment pas d'autres solutions que de laisser les prix des produits dérivés du pétrole reprendre l'ascenseur ? Dans la mesure où cette hausse aura inévitablement un effet d'entraînement sur les coûts des autres produits et services. C'est un principe économique désormais partagé. Quand le prix du pétrole et de ses produits dérivés subit une hausse, tout augmente sur le marché. Parce que le transport est au coeur de l'activité économique globale.
Avec la hausse effrénée du coût du baril du pétrole du brut sur le marché mondial, les autorités ivoiriennes, au départ réticentes, commencent à songer très sérieusement à une possible augmentation du prix du carburant à la pompe. Un travail de préparation psychologique a même commencé, à coup de battage médiatique. On essaye de faire comprendre aux Ivoiriens pourquoi les prix du super et du gasoil vont augmenter. On essaye surtout de nous expliquer que cette éventualité qui se profile à l'horizon est indépendante de la volonté de nos autorités. Que bien au contraire celles-ci ont tout fait pour mettre nos porte-monnaie à l'abri de l'inflation enregistrée depuis quelque temps sur le marché international en ce qui concerne l'or noir. Et que si cela arrivait malgré tout, il ne fallait pas leur en vouloir outre mesure. La cerise sur le gâteau, on se livre à une petite comparaison en nous présentant un tableau comparatif des prix du carburant à la pompe dans certains pays voisins, considérés comme moins nantis que nous, pour mieux nous faire admettre que nous n'avons vraiment pas de raison objective de nous plaindre si on augmentait de quelques maudits francs le prix du carburant. C'est ce qu'on appelle un travail de préparation psychologique complet.
Mais la Côte d'Ivoire peut-elle se payer le luxe de revoir à la hausse le prix du carburant ? Cette question mérite d'être posée pour au moins deux raisons. Augmenter le prix du carburant à la pompe va entraîner une nouvelle hausse généralisée des prix des produits de grande consommation. En outre, le gouvernement n'a pas encore maîtrisé le renchérissement du coût de la vie qui a entraîné fin mars des manifestations de rue à Abidjan. Les mesures prises par le chef de l'Etat n'ont pas entraîné de changement significatif et sensible au niveau des ménages qui continuent de ronger leurs freins. Plus inquiétant, à la fin du mois prochain (juin), les mesures fiscales et douanières exceptionnelles prises par le chef de l'Etat pour faire tomber la fièvre des prix prendront fin à cette date. Et l'on retournera aux anciennes taxes. Prendre le risque de relever le coût du carburant, c'est occasionner une nouvelle crise qui ne fera qu'aggraver la situation déjà précaire des ménages. Un risque d'autant plus inutile que la Côte d'Ivoire dispose d'autres cordes à son arc. Car en tant que pays producteur de pétrole, environ 80.000 barils pour selon le département d'Etat américain à l'énergie, la Côte d'Ivoire ne fait pas que subir la flambée des prix du baril du pétrole du brut sur le marché mondial. On peut même dire que notre pays qui produit, grâce à la SIR, l'un des pétroles les plus raffinés au monde, profite aussi des effets de la remontée spectaculaire des cours. Cette manne, ce bonus de circonstance pourrait bien être utilisée pour contenir l'inflation et maintenir les prix dans l'intérêt des usagers. Comment font le Bénin et le Togo pour garantir malgré l'environnement mondial un prix de carburant supportable à leurs populations ?
Et pourtant, ni le Togo, ni le Bénin ne produise une goûte de pétrole. Il serait aussi intéressant de regarder de plus près la structure des prix du carburant pour comprendre la part de l'Etat et des acteurs du secteur. Gbagbo veut créer une deuxième raffinerie de pétrole en Côte d'Ivoire, il est en train d'installer des pipelines pour assurer une meilleure distribution du carburant sur l'ensemble du territoire. S'est-on posé la question de savoir le coût de ces investissements ? Des milliards et des centaines de milliards de francs. Il y a donc de l'argent quelque part.
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