L'Express (Port Louis)

27 Mai 2008

Ile Maurice: Cordonnier - un métier en voie de disparition

Port Louis — Manque de personnel, de formation et de débouchés La survie du métier de cordonnier est menacée, surtout avec le succès grandissant des chaussures importées auprès des Mauriciens. La mécanisation du métier serait peut-être une planche de salut.

Une odeur de colle. Pesante, non. Mais quand même bien présente. Et le rythme constant de la machine à coudre Dans l'atelier de Ronny Savrimoutou, à la rue Saint-Louis, à Port-Louis, des dizaines de savates pour dames et autant de chaussures pour hommes prennent forme chaque jour. Un vrai labyrinthe pour un travail à la chaîne. De la vingtaine de personnes employées par Ronny, chacune y assume un rôle bien précis.

À chaque étape de la conception, c'est à qui dessine, coupe, colle ou coud. Des personnes formées, pour la plupart, sur le tas. De nos jours - il faut bien le dire - il est difficile de trouver du personnel qualifié. «Avant, il y avait des cours à l'IVTB en footwear. Alors, les gens venaient vers nous avec une base déjà solide. Aujourd'hui, on recrute davantage des machinistes que l'on forme par la suite au métier de cordonnier», regrette Ronny.

Petites ou moyennes entreprises, toutes peinent à trouver du personnel. C'est pourquoi, en désespoir de cause, Dev Santchurn, directeur de Manisa Company Ltd., qui emploie actuellement 18 personnes dans son usine à Rose-Hill, a fait une demande auprès du ministère du Travail afin de pouvoir employer du personnel étranger. Cinq Indiens ou Bangladeshis. Des semaines qu'il espère une réponse du ministère

En attendant, il est toujours à la recherche de travailleurs pour son usine de chaussures et a investi dans la formation de son personnel. «Nous visons la qualité. C'est pourquoi prenons-nous le temps qu'il faut pour former notre personnel même si cet exercice est laborieux. Et puis, il y a un labour turnover assez élevé dans le secteur. Ce n'est pas évident à gérer», remarque Dev Santchurn. Pour l'homme actif dans le secteur de la cordonnerie depuis 25 ans, il est évident que c'est «une industrie mourante. Qu'il n'y a pas de débouchés».

«Manque de main-d'oeuvre»

C'est peut-être pourquoi, aujourd'hui, le métier de cordonnier ne fait guère rêver les jeunes. «Ils prennent de l'emploi dans un atelier de cordonnerie à défaut d'autre chose. Lorsqu'ils trouvent quelque chose de mieux, ils s'en vont», déplore Ronny Savrimoutou. Il faut alors recommencer à zéro avec une nouvelle équipe. L'homme, qui est issu d'une famille de cordonniers, explique ce manque d'intérêt pour ce métier du fait qu'il y a trois ou quatre ans, le large volume de chaussures importées a fait chuter la vente de chaussures fabriquées localement.

«Metye cordonier inn byen tombe lerla. Mais aujourd'hui, avec la taxe imposée sur les chaussures importées, soulye lokal pe regayn valer.» Aujourd'hui, ceux qui se frottent les mains, ce sont les cordonniers de quartier encore en activité. «Reparation fer pli byen ki soulyer nef», soutient Ronny Savrimoutou. La baisse du pouvoir d'achat n'y est peut-être pas étrangère. Lorsqu'ils ont investi près de Rs 2 000 dans une paire de chaussures en cuir, les gens préfèrent les faire réparer plutôt que d'en acheter une autre. Mais lorsqu'il s'agit d'une paire de savates ou de sandales, là, ils sont moins réticents.

Patrick Louis, directeur de Miss Bliss, est, lui, débordé. «Il y a du travail. Beaucoup de travail». La difficulté consiste à trouver du personnel qualifié afin d'honorer les commandes. Normalement, pour pouvoir produire entre 1 000 et 2 000 paires de savates et de chaussures pour dames, il lui faudrait une équipe de sept personnes. Aujourd'hui, ils ne sont que trois.

Automatiser au maximum

Patrick Louis désespère de trouver du personnel. Aucun cordonnier n'a répondu à l'offre d'emploi qu'il a fait publier dans les journaux. Alors, il forme son aide et un machiniste au métier de cordonnier. Il met également la main à la pâte. Mais malgré ses efforts, il lui est de plus en plus difficile de garder la tête hors de l'eau. «C'est la catastrophe», soupire Patrick Louis. «J'envisage d'ailleurs d'arrêter la production pour les magasins. De travailler uniquement à la commande. Que pour moi.»

L'entrepreneur ne sait plus quoi faire. Le manque de main-d'oeuvre dans ce secteur met en danger sa petite entreprise. C'est d'ailleurs à cause de ce manque qu'il a hésité à se lancer dans la confection de ballerines. «Pour faire des savates, il n'est pas nécessaire d'avoir une grande formation mais pour confectionner des ballerines, c'est autre chose. Je me suis lancé. Je ne l'ai pas regretté au début parce qu'il y avait une demande pour ces chaussures mais aujourd'hui, j'ai du mal à répondre à cette demande parce que je manque de personnel formé», constate Patrick Louis.

Pour Ronny Savrimoutou, le seul moyen de survivre aujourd'hui est d'automatiser au maximum les différentes opérations de fabrication. Ainsi, s'il ne trouve pas de jeunes passionnés par le métier de cordonnier, il trouvera quand même des machinistes. Des gens qui, à défaut de fabriquer des chemises, fabriqueront des chaussures.

Ads by Google

Copyright © 2008 L'Express. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 2,000 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 200 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.