Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Etienne Mbappe soulage ses fans

Stéphane Tchakam

28 Mai 2008


Un album et un spectacle, jeudi dernier, pour renouer avec Douala et les publics du monde entier.

Il y a d'abord eu le CD. Le tout nouvel album de l'artiste et on s'est mis à écouter «Su La Take», la souffrance est finie, en langue douala. Dedans, on a découvert une musique précieuse et mûre.

Des regrets ont surgi parce que le précédent album, « Misiya », on le connaissait davantage de réputation. On l'avait distraitement écouté ça et là. Un certain public l'appréciait et ne jurait plus que par l'enfant de Bonendalé.

«Su La Take», c'est une trilogie entre chanson, album éponyme et groupe. De belles ballades susurrées dans l'oreille des mélomanes. Makossa oui, mais pas seulement. Etienne Mbappe a tant et tant roulé sa bosse, tant et tant appris les sonorités d'ailleurs, que tout ce qui l'a touché et influencé est là dans «Su La Take». Un voyage agréable en quatorze haltes.

Et puis, dans le sillage de cet opus, le grand garçon est annoncé en spectacle à Douala, au cinéma le Wouri, son Madison Square Garden, son Carnegie Hall, son Olympia à lui. C'était jeudi dernier. Et le «public chéri de Douala» est venu. Convié par l'opérateur de téléphonie mobile MTN Cameroon.

Et Etienne est arrivé. Avec ses très jeunes musiciens français. Dans les 20 ans. Cédric, Clément, Nicolas. Baptisée Endallé Bosadi, qui chante en sawa et « sèkèlè ».

Et le spectacle commence. Guitare basse. Juste pour dire qu'Etienne, virtuose de l'instrument comme chacun sait, en fait ce qu'il veut. Des notes surprenantes. Et cette voix, particulière, qui semble porter haut des émotions et des troubles partis du plus profond de l'homme. Chez qui on perçoit une grande humanité. De l'amour pour l'autre. Ne prédit-il pas la fin de la souffrance ?

Une grande complicité lie manifestement Etienne à son monde. A l'unisson et avec intensité, ils taquinent le répertoire de l'artiste. «Misiya», «Cameroun O Mulema», «Eyaye», «San San Boy», etc Bolobo, essewe, makossa, jazz (on savait), rock (mais oui !), soul (oui, aussi !), blues (décidément aussi). Tout y passe donc. Il y a même un violon. Une créativité et une richesse que l'on ne soupçonnait pas et qu'on ne retrouve sincèrement pas chez les camarades musiciens de la génération de monsieur Mbappe. Suivez bien notre regard.

Et une place faite à une icône disparue de chez nous. Eboa Lotin. Mbappe reprend en effet avec maestria «Ndemba Muta Sawa». De grâce, il faut qu'il l'enregistre dans le prochain Cd ! Déjà «Su La Take» comporte une autre reprise réussie de Lotin, «Elimb'a Dikalo». On ne s'attaque pas comme cela à un géant.

Une musique intimiste qui s'exprime sur le même ton. Le récital, long soléa qui coule comme le fleuve à Bonendalè, fait penser à une tranquille lamentation. Un homme ne pleure pas, n'est-ce pas ? Le chef de Bonendalè et le prince René Bell, présents, peuvent en témoigner. Et Douala repart satisfait et ravi. Quelqu'un lance même, sur le ton de la blague certes, « Manu peut mourir, la relève est là ». Rien à ajouter, rien

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