Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Médicaments de la rue - La mort en vente libre

Marthe Bassomo Bikoe

29 Mai 2008


Malgré la campagne de lutte entamée contre le fléau, les marchands restent très sollicités. Comme au marché Mokolo.

Le jeune homme affiche une sérénité à toute épreuve. Comme s'il n'est nullement concerné par l'interdiction de vente illicite des médicaments. Marc Ondoua, commerçant au marché Mokolo à Yaoundé, continue d'écouler ses produits, de recevoir ses clients et de leur proposer des médicaments au vu et au su de tous. La scène se déroule hier en mi-journée. Sûr de lui, Marc avance : « Je ne vends que dans la rue. Mais, ce que vous ne savez peut être pas, c'est que mon livreur est un pharmacien. Et tous mes produits sont contrôlés dès le départ ». Plus loin, Maurice A., un autre vendeur, propriétaire de trois étalages toujours dans le même coin, est très sollicité. Sa cliente, Marthe N., une fonctionnaire vient de se garer. Elle vient régulièrement ici acheter des médicaments. A la question de savoir pourquoi elle préfère les médicaments de la rue, elle avance : « J'achète tous mes produits ici. C'est vraiment moins cher et j'ai des enfants assez fragiles. Les prix des officines sont assez onéreux. Il me livre depuis des années. Il n'y a pas de problèmes. Ce sont des génériques issus des ventes privées en gros ». Pour plus de sécurité, personne ne veut montrer les emballages.

Pourquoi cet engouement autour des médicaments de la rue ? Dans plusieurs rues de Yaoundé, les étalages sont présents et disputent la place aux vendeurs de vêtements de friperie, de chaussures, etc. Les médicaments de la rue sont omniprésents pour « soulager les Camerounais ». Ils attirent les populations qui veulent se soigner à moindre coût. Mais le problème est ailleurs. Hier, à l'hôtel Hilton de Yaoundé où se sont retrouvés les professionnels du médicament, venus prendre une part active dans le combat du marché illicite des médicaments, le message est passé : la destruction des médicaments de la rue est devenue indispensable. « L'ampleur du phénomène fait de cette vente ( ) un danger public. Leur consommation peut provoquer de nombreux dégâts pour la santé, à savoir des maladies chroniques, des décès », indique le ministre de la Santé publique, André Mama Fouda, qui présidait la cérémonie de la Journée africaine de lutte contre la vente illicite de médicaments. Les cibles ont été bien choisies : les mamans et les enfants. Tout le monde était unanime : il ne faut pas faire confiance aux débrouillards de la rue. Le Dr Jean Rollin Ndo, directeur de la Pharmacie et du Médicament au Minsanté assure que la répression va commencer sur le terrain et à tous les niveaux. Et il compte sur les autorités administratives pour leur donner un coup de main secondaire : « Ce n'est pas l'affaire d'une journée. Mais une lutte de longue haleine qui est désormais entamée ».

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