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Maroc: L'invité du weekend, Pierre Salama : "Il serait temps pour le Maroc de regarder du côté asiatique"


Libération (Casablanca)
 

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Libération (Casablanca)

INTERVIEW
31 Mai 2008
Publié sur le web le 2 Juin 2008

Propos recueillis par Abdelouahed Kidiss

En marge d'un débat à Casablanca sur «l'ouverture commerciale face au libre-échange»

Latino-américaniste reconnu, primé par la chaire Julio Cortázar, il a publié de très nombreux livres, la plupart traduits en espagnol et en portugais. Membre du comité de rédaction de plusieurs revues étrangères, il a été directeur scientifique de la Revue Tiers Monde. Au cours de sa visite au Maroc, la semaine dernière, sur invitation de l'Association des cadres du CIH (Crédit Immobilier et Hôtelier), il a animé un débat, au Centre culturel Touria Sekkat, à Casablanca, sur «L'ouverture et le libre-échange, quel impact pour le Maroc ?». L'assistance, fort nombreuse, a suivi avec intérêt, les explications du Professeur.

Plein d'enseignements.

Libé : Qu'est-ce que vous pensez de la politique d'ouverture du Maroc ?

Pierre Salama : Je ne suis pas un spécialiste du Maroc, mais, d'après les éléments d'information que j'ai pu avoir ici et là, j'ai l'impression que le Maroc aurait tendance à suivre la voie latino-américaine, ce qui ne serait pas absolument excellent pour son futur. A moins que, regardant du côté de ce qui se passe en Asie, le Maroc tente de tirer les enseignements.

Je vois que le Maroc a une concentration de ses exportations très élevée vis-à-vis de l'Union européenne, surtout par rapport à deux pays que sont la France et l'Espagne. Ceci représente une certaine vulnérabilité. Par ailleurs, le Maroc est un pays exportateur de matières premières et de produits agricoles C'est une vulnérabilité dans le futur, si le Maroc reste sur ce type d'exploitation. Je suis de ceux qui pensent qu'un pays ne peut connaître un essor durable que s'il est capable d'entreprendre des exportations sur des produits de moyenne et haute technologie.

Sur ce point, il y a un effort à faire du côté de l'éducation, avec aussi une capacité de la part de l'Etat à édifier une politique industrielle qui puisse permettre de faire, comme cela se fait à Taiwan ou dans d'autres pays asiatiques, et être capable de penser des produits qui sont des produits demandés demain et non pas des produits qui seraient de moins en moins demandés avec l'augmentation du niveau de vie.

C'est la manière, à mon avis, dont se résolvent des conflits de classes et des conflits de groupes politiques. Ce n'est pas seulement une solution technique. Il faut savoir identifier les intérêts qui sont en jeu et leur trouver des solutions.

Doit-on comprendre que le modèle économique latino-américain est en faillite ?

Non, il n'est pas complètement en faillite. Mais sur la question alimentaire, il est au ralenti

Ce qu'il y a, c'est qu'au Maroc le taux de croissance durant les 25 dernières années est de l'ordre de 2 à 2,5%, c'est pas grand-chose si on le compare à ce qui se passe en Asie où ce taux est de l'ordre de 8 à 10%. Je crois qu'on ne sait pas ce que cela peut signifier. Ce n'est pas un problème de progression géométrique, c'est un problème mathématique simple. Mais la différence est gigantesque. Quand vous avez 2% de croissance, vous doublez le produit intérieur brut (PIB) en 35 ans. Mais avec 10% de croissance en 35 ans, vous le multipliez par 32, cela signifie que dans des pays comme la Chine, on éradique la pauvreté. Si au Maroc vous avez un taux de croissance autour de 3% sur 25 ans, cela signifie que les retards s'accumulent par rapport à toutes les séries d'économie dites émergentes que sont les économies asiatiques.

C'est un peu l'image des uns qui prennent la bicyclette et d'autres qui prennent l'avion ou le TGV. Cela veut dire qu'à terme, les choses seront très graves. Par conséquent, il faut apprendre du côté de ce qu'a pu faire l'intervention de l'Etat dans les pays asiatiques plutôt qu'en Amérique latine. En Amérique latine, certains pays, après ce qu'on a appelé la « décennie perdue », dans les années 80, on a diminué de façon forcenée l'intervention de l'Etat -le mot politique industrielle était un mot interdit pendant plus de dix ans. Le résultat des courses a été finalement une faible croissance, plutôt volatile avec des montées assez fortes et des baisses aussi fortes.

La comparaison entre les deux modèles -latino-américain et asiatique- est très importante pour un pays comme le Maroc : je choisis l'Amérique latine ou je choisis le modèle asiatique ? Et si je choisis le modèle asiatique, quelles sont le conditions ?

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Le Maroc regarde de plus en plus vers les pays arabes et du Golfe, tout en développant ses relations avec l'Afrique subsaharienne.

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