Libération (Casablanca)

Maroc: Entretien avec Jacob Desvarieux du groupe Kassav

ALAIN BOUITHY

31 Mai 2008


interview

"L'Afrique nous fait toujours rêver"

22 mai sur la scène Qamra, dans le cadre de la septième édition du Festival Mawazine qui s'est achevé ce week-end. Entretien avec le guitariste et chanteur, Jacob Desvarieux.

Libé: Le public a apprécié votre spectacle dans une ambiance festive et électrique. Partagez-vous son enthousiasme?

Jacob Desvarieux : En ce qui nous concerne, tout s'est passé pour le mieux. Le public a été merveilleux tout au long du concert. Ce qui nous réjouit profondément d'autant que le groupe Kassav se produisait pour la première fois à Mawazine. C'est un bel accueil.

Vous avez proposé les morceaux les plus connus de votre répertoire, comme «Yélélé », « Oh Madiana », « Zouk la sé sél medikaman non ni » et, très peu de votre nouvel opus

C'est exact. Nous avons choisi de jouer essentiellement des anciens morceaux parce qu'ils sont plus connus des mélomanes, et de n'en jouer que deux du nouvel album (All U need is zouk).

Kassav est très apprécié sur le continent africain. Pourtant, on ne vous voit plus aussi souvent qu'il y a 20 ans. Que s'est-il passé?

On n'est plus aussi fréquents en Afrique depuis la dévalorisation du franc CFA (monnaie commune à plusieurs pays subsahariens, NDLR) qui a, en quelque sorte, doublé le coût de nos prestations. Depuis cette dévalorisation, le groupe Kassav a du mal à trouver des producteurs capables de produire des spectacles de grande envergure sur la scène africaine. Parce qu'il leur est aujourd'hui difficile de réunir les budgets qu'il faut.

N'empêche que nous continuons à donner des spectacles un peu partout en Afrique. On s'est d'ailleurs produits récemment au Cap-Vert. Nous étions aussi au Mozambique, en Angola, au Gabon et en Côte d'Ivoire.

Mais, il est vrai qu'on est de moins en moins présents en Afrique que par le passé. Alors qu'à une époque, on s'y rendait tous les trois mois. Maintenant, on tourne plus en Europe, aux Etats-Unis et dans les Caraïbes.

Malgré les difficultés auxquelles vous faites allusion, avez-vous des projets en vue en Afrique?

Nous avons reçu plusieurs propositions de concerts en Afrique. Il faut toutefois dire que pendant un certain temps, nous ne recevions que des invitations venant des pays africains où le portugais est la langue officielle. Pour des raisons qu'on ignore, de plus en plus de pays francophones nous sollicitent à nouveau. Les producteurs ont sûrement trouvé la solution aux difficultés auxquelles ils sont confrontés.

Un petit mot sur votre collaboration avec le rappeur Passi. Comment est née cette initiative?

Cette collaboration s'est faite un peu sur l'opportunité. Passi est un Congolais à l'origine qui a grandi en Europe. Il se trouve que beaucoup de musiciens qui font du rap ou du RnB ont un moment donné cru qu'ils étaient Américains au point d'oublier d'où ils venaient. Passi a donc été l'un des premiers rappeurs à se rappeler qu'il était d'abord Congolais et que petit, ils écoutaient non pas seulement Dr Dré ou James Brown, mais aussi Luambo Makiadi dit Franco, Kassav J'ai trouvé cette démarche intéressante. Et donc, j'ai accepté de participer à cette expérience. Notamment à travers l'album « Biso na biso » qui a été une véritable réussite. Mais, on s'est aussi impliqués dans d'autres projets tout aussi intéressants.

Y a-t-il des pays ou des scènes qui vous font encore rêver ? Et où vous aimeriez vous produire à l'avenir?

Bien sûr. On aimerait nous produire sur toutes les scènes où l'on n'a pas été. Par exemple, en Australie et en Asie où l'on n'a joué qu'au Japon.

On aimerait aussi nous produire à nouveau en Afrique. Pour nous, retourner en Afrique reste un rêve. En fait, nous venons d'un petit pays qui compte environ quatre mille habitants par ville. Et se produire en Afrique, devant cent à deux cent mille personnes, est toujours impressionnant.

Trente ans après sa création, comment se porte le groupe Kassav?

Le groupe se porte très bien Et l'aventure Kassav continue.

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