Libération (Casablanca)

Maroc: La tribune du congrès : Des tendances, oui mais

Mehdi Benomar

3 Juin 2008


analyse

Le congrès de l'USFP a déjà marqué un certain succès: sur le plan interne, il y a une volonté réelle de traverser cette nouvelle étape avec le plus d'atouts possibles pour se doter d'un parti de gauche sur la voie de la modernisation et de l'adéquation avec les aspirations des forces populaires au changement. Mais le congrès de l'USFP n'est pas seulement suivi avec attention par les premiers concernés, à savoir les militants du parti; un congrès Ittihadi est toujours au Maroc une affaire publique.

Cela suscite un intérêt et aujourd'hui force est de constater que l'ensemble de la gauche marocaine saisit ce rendez-vous usfpéiste pour aborder avec lui et autour de lui une vaste réflexion sur le devenir de la gauche au Maroc; que dis-je, plutôt une réflexion sur la question de la politique au Maroc suite non seulement au constat négatif fait sur la séquence électorale du 7 septembre mais eu égard aussi à l'évolution du système politique marocain.

L'ensemble des observateurs issus de la gauche regarde non sans une certaine inquiétude les blocages, les dérives, les réminiscences de certaines pratiques d'antan qui entachent un processus de transition aléatoire.

On peut dire alors qu'autour du congrès du parti des questions fondamentales sont abordées, posées, proposées au débat. Nous saluons au passage l'appel de la direction des journaux Al Ittihad et Libération, invitant l'ensemble des acteurs du mouvement démocratique de gauche à participer à ce débat; les colonnes des journaux du parti étant à leur disposition dans ce sens.

Parmi ces questions, deux me paraissent se poser avec acuité, l'une concerne directement la vie du parti, avec des conséquences certaines sur l'ensemble de la gauche, l'USFP ayant toujours fonctionné comme laboratoire à idées pour le camp démocratique. A savoir la question des tendances et de l'organisation institutionnelle des courants au sein du parti. L'autre question étant soulevée en marge du congrès, par tous les partis de gauche, mais ayant trait avec sa ligne politique qui sera déterminée lors des prochaines assises. On va s'intéresser aujourd'hui à la première.

Parler de tendances, fait pratiquement tendance. L'idée ne remonte pas à son actualité du jour. Elle a été lancée certes timidement il y a quelques temps, puis relancée avec force dernièrement mais elle a été toujours présente si ce n'est dans la lettre, du moins dans l'esprit. Ce n'est pas un hasard si le parti porte dans son intitulé même le concept d'union. L'USFP, comme son nom le souligne, a toujours été l'union des forces de changement. L'USFP, à la différence des partis issus de la mouvance marxiste, n'a jamais fonctionné d'une manière idéologique monolithique.

Cela a constitué pendant longtemps sa force mais le coût politique a été souvent élevé. Cette situation de large ouverture a donné lieu dans le passé à des malentendus, à des quiproquos. Les mots qui réunissaient les adhérents n'avaient pas la même signification pour tout le monde. Les tendances existaient bel et bien. On peut dire alors que nous sommes en présence d'une vieille problématique qui se pose aujourd'hui en des termes nouveaux. Et on premier lieu, il ne faut pas y voir la panacée; la solution miracle.

Le sésame de la modernité politique. Si dans le passé, les divergences entre les tendances, les sensibilités, les ambitions des uns et des autres ont conduit le parti à des situations de crise et à des scissions, c'est parce que manquait un élément fondamental, un recours essentiel. La question de l'organisation du parti en tendances ne peut aboutir à un fonctionnement efficace que sur la base d'un référentiel commun.

Le parti peut accueillir en son sein des divergences, des lectures plurielles, des sensibilités diverses mais autour d'un projet idéologique et politique commun, clairement assumé par tous. Autrement dit, la règle appelle d'abord la clarification idéologique, et Dieu sait si des thèmes et des sujets attendent que le parti adopte des positions nouvelles ou réactualise les anciennes; ensuite peuvent concourir les différentes compétences; peuvent entrer en compétition démocratique les différentes sensibilités qui affichent des différences et qui restent des différences de degré et non de nature sur des questions que le parti a posé comme choix stratégique.

La question économique est l'une des questions qui montrent aujourd'hui les limites des choix possibles où les divergences tendent à s'escamoter. Nous sommes en train de mener une expérience inédite dans la vie de notre parti qui s'est vu associer à la gestion des affaires publiques, parfois à des postes stratégiques.

Peut-on alors dire qu'à la lumière de cette expérience, les tendances qui se dessinent à l'horizon du congrès, ont d'autres alternatives à proposer en termes de fixation du taux de croissance, de politique de redistribution des richesses, de correction des déséquilibres régionaux et sociaux?

Toute notre doctrine économique classique, socialisante dans ses grandes lignes, est mise chaque jour à rude épreuve. Que vont nous proposer les différentes tendances qui s'annoncent en dehors de ce que nous avons tenté jusqu'ici, à savoir "une social-démocratie du marché"?

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