A.A
6 Juin 2008
«Quels sont les impacts langagiers de l'urbanisation au Maroc? Les villes sont-elles les moteurs du changement linguistique? Est-ce que les pratiques culturelles et linguistiques des nouveaux groupes de musiques et des artistes sont l'indice d'un changement linguistique à long terme qui pourrait toucher l'ensemble de la société et créer de nouvelles représentations et un nouveau rapport aux normes?»
Ces questions sont d'une importance extrême qu'il serait important de les affronter et les débattre. Pour répondre à ces questions, l'institut français de Rabat a pensé à inviter une pléiade de professionnels : professeurs, chercheurs, artistes, écrivains, journalistes, entre autres. Sous le thème : « Nouveaux parlers et nouvelles cultures urbaines : la cas du Maroc comparé à d'autres pays », cette rencontre aura lieu le vendredi 13 juin courant à la salle Gérard Philippe à partir de 15 h. A côté de Dominique Caubet, professeur d'arabe maghrébin à l'INALCO, prendront part à ce débat, Catherine Miller, CJB de Rabat, Driss Ksikes, journaliste et écrivain, les rappeurs David et Nihou du groupe Bizz 2 Risk.
A cette occasion, le documentaire «Casa Nayda» réalisé par Farida Belyazid et Abderrahim Mettour sur un récit bien soigné de Dominique Caubet, sera projeté.
« Casa Nayda » de Farida Belyazid, un documentaire d'environ une heure, réalisé en 2007. Cette première mondiale témoigne de ce Maroc qui bouge grâce à ses jeunes citoyens. Il reflète l'image d'une société où les laissés pour compte finissent par dire leur mot par le biais de la musique urbaine. Bien qu'ils soient bercés par la culture afro-américaine, nos jeunes musiciens ne délaissent pourtant pas l'accent d'ici. Ils s'appuient sur le darija en guise d'armes. Ce qui a donné plus de crédibilité à leurs messages de proximité. Raison pour laquelle, la presse nationale ne cesse actuellement de vanter unanimement les mérites de cette expérience contemporaine. Devenue un genre installé et un écho socio-culturel dédié à plusieurs générations, celle-ci est connue le nom « Movida » ou tout simplement « Nayda » comme chez nous. L'idée c'était de montrer autre chose que le Maroc des palmiers et des chameaux ou bien le Maroc des terroristes ou des islamistes. On a montré qu'il y a ici des individus, des jeunes, conscients de leur identité, qui se sont pris en main et essayent d'aller de l'avant même si rien n'enjambe leur démarche. Dans ce sens le Maroc est seul de son exemple», explique Dominique Caubet, scénariste du documentaire.
Ceci dit que l'islamisme, modèle social et politique, serait l'expression d'une ultime nostalgie de populations qui vivent un arrachement aux valeurs communautaires et fortement patriarcales du passé. D'ailleurs, il est vrai que le monde arabe et musulman avec ses indices de fécondités élevés serait, logiquement, le plus choqué par la modernisation. D'ailleurs, c'est pour cela qu'il est le lieu d'une majorité des phénomènes d'anxiété religieuse ou idéologique, et de violence. Un raccourci un peu facile, si l'on considère le cas du Maghreb, où la Tunisie et le Maroc ont réussi leurs transitions depuis 30 ans sans recours à la violence ni extrémisme. Et même si on ne peut pas en dire autant de l'Algérie, ce pays demeure l'exception au Maghreb. « C'est cette Nayda qui touche tout le monde de tous les milieux et de tous les niveaux. Les événements dramatiques du 16 mai 2003, le procès des 14 musiciens accusés de satanisme, ont engendré toute la mobilisation qui en a suivi. Après, le Maroc a été le théâtre des événements totalement dramatiques, les attentats du 16 mai 2003, des terroristes qui viennent de tuer des marocains sous le nom d'une idéologie «folle». Les gens sesont levés et se sont dit « baraka » ça suffit. Et là, petit à petit, tous ces facteurs ont ouvert la porte au mouvement. Et j'estime que la Nayda, comme mouvement socio-culturel et identitaire, est la meilleure réponse qu'on peut apporter aux fondamentalistes.»
Si dans les années 70 les groupes célèbres, comme Nass El Ghiwane ou Lemchaheb, ont fait redécouvrir la poésie de ce dialecte en multipliant les métaphores. Aujourd'hui, une centaine de jeunes groupes musicaux utilisent le darija comme mode d'expression. Pour beaucoup d'entre eux, elle est avant tout leur langue naturelle, elle représente surtout un moyen de passer un message. «La darija est extrêmement importante dans ce mouvement, car le Maroc est seul pays où les gens sont en train de se lever et de se réclamer de la darija. Elle est notre langue et on en est fier. Les gens l'utilisaient avant mais c'était un petit peu honteux pour eux. Le prestige de l'arabe classique d'un côté du français de l'autre pour des raisons différentes l'a fait écraser. Maintenant, il y a des gens qui disent que c'est aussi un élément très important d'une nouvelle identité plurielle qui est en train de se fonder de se véhiculer par ce mouvement», conclut Dominique Caubet.
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