L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Daniel Essoo « Trident Trust Mtius Itd »« L'offshore a besoin de nouveaux produits»

A. B.

11 Juin 2008


interview

Port Louis — Quelles sont les attentes du secteur offshore?

L'offshore mauricien a été gâté avec l'introduction d'excellents textes de loi de septembre 2007 à ce jour. Cependant, nos produits se font vieux et ne sont pas toujours compétitifs par rapport à ce qui se fait ailleurs. L'offshore a besoin de nouveaux produits. Le marché des fonds d'investissements a un énorme potentiel, mais les 3 % d'impôts effectifs sont un handicap par rapport aux îles Caïmans et aux Seychelles, où le taux est de 0 %.

Quel client préférerait payer 3 % d'impôts en plus? Le fonds mauricien à 0 % d'impôt serait un développement positif que nous attendons avec impatience. Notre loi sur les trusts, bien que solide, pourrait également être modernisée. Des fondations privées seraient, de même, un produit au riche potentiel. Enfin, le secteur aéronautique pourrait être porteur - actuellement des avions détenus par des sociétés mauriciennes sont immatriculés ailleurs, en Afrique du Sud par exemple.

Il reste quelques obstacles à franchir. De légères divergences entre les cadres régulateurs de l'offshore et du secteur bancaire posent des problèmes pratiques au quotidien. Il faudrait encourager plus de banques internationales à s'implanter à Maurice. Pour plusieurs secteurs, obtenir les permis nécessaires implique beaucoup de temps et de bureaucratie.

Le «Board of Investment» accomplit un travail remarquable mais il reste des problèmes de procédures. Finalement, nos infrastructures - routes congestionnées, aéroport à capacité limitée, connexion ADSL moyenne, infrastructures portuaires - ne facilitent pas toujours les affaires.

Le budget 2008-2009 a-t-il répondu à ces attentes?

Dans une certaine mesure. Nous attendons toujours l'adoption du texte de loi sur l'implantation des firmes d'avocats internationales - qui découle en grande partie du secteur offshore. Nous accueillons favorablement l'intention du ministre de réduire les obstacles bureaucratiques et la volonté d'améliorer les infrastructures. Attendons voir comment cela se traduira dans les faits.

Qu'en est-il du traité de non double imposition avec l'Inde?

Certaines factions constituent un puissant lobby contre ce traité, qui revient dans l'actualité de temps en temps. Malgré tout, Maurice demeure la plateforme préférée pour les investissements vers l'Inde. Nous avons une riche expérience sur le marché indien et connaissons des professionnels qui y opèrent depuis des années.

D'ailleurs, la plus haute instance judiciaire de l'Inde a toujours confirmé la légitimité du traité. Par respect pour l'Inde, notre pays a pris des mesures strictes pour éviter d'éventuels abus. Il est presque impossible de passer outre les règlements. Les liens avec Maurice sont très étroits et dépassent le cadre d'une querelle de chiffres. Maurice exporte peu vers l'Inde, tandis que nos importations sont considérables: la balance commerciale est nettement en faveur de l'Inde.

Comme le traité est bilatéral - de plus en plus de sociétés indiennes utilisent Maurice pour aller vers l'Afrique... Vu les liens commerciaux, diplomatiques et historiques entre nos deux pays, et les règles en vigueur, le traité devrait durer quelques bonnes années encore. Le meilleur baromètre reste le marché et le flot d'investissements vers l'Inde ne tarit pas ces jours-ci - au contraire!

Quels sont les défis auxquels fait face l'offshore ?

Le manque de personnel qualifié et expérimenté est un problème quotidien. L'autre défi est de se faire connaître sur le plan international et d'être compétitif par rapport aux autres juridictions et centres financiers. Le groupe «Trident Trust» est l'un des plus grands groupes au monde et opère 24 bureaux dans 19 pays.

Le volume d'affaires dans les Caraïbes et dans les îles anglo-normandes est de loin supérieur à celui de l'île Maurice: c'est difficile de se faire connaître sur la scène internationale. De bons produits et une bonne visibilité sont nécessaires. Avoir de bonnes banques et des firmes d'avocats connues aident à entraîner les clients. Enfin, il appartient à l'île Maurice - aux opérateurs et aux autorités - de définir l'avenir du secteur.

Quelle nouvelle orientation devrait prendre le secteur ?

Avec la fin du traité entre l'Indonésie et Maurice il y a quelques années, les opérateurs se sont rendus compte que rien ne dure éternellement. Beaucoup d'énergie a été investie dans la diversification et aujourd'hui, le secteur ne dépend plus exclusivement du traité qui l'a fait naître, en quelque sorte.

De nouveaux traités constitueraient un apport d'oxygène - les opérateurs devraient être consultés par rapport aux traités désirables. Nous n'avons de traités qu'avec deux des quatre grands Etats émergents Brésil, Russie, Inde et Chine (BRIC), et peu avec les nouveaux pays d'Europe. L'Afrique est un géant en gestation et nombre de pays se remettant de la guerre civile auront bientôt besoin d'apports en capitaux et d'expertise.

Il existe, en gros, deux types de business - le côté gestion de patrimoine (trusts, fondations, investissements privés, individus fortunés) et le côté institutionnel (structures corporatives, fonds d'investissements, services financiers). Si, à ses débuts, Maurice avait beaucoup d'attrait pour les fortunes, aujourd'hui l'aspect institutionnel semble le plus prometteur.

Cependant, dans bien des cas, des individus fortunés, ayant appris à connaître Maurice, font suivre les investissements institutionnels. Parfois, de hauts cadres qui découvrent Maurice y ramènent leur trust familial. Ces deux aspects sont le revers de la médaille. Différents opérateurs mauriciens se sont spécialisés dans divers créneaux.

Il s'agit maintenant de choisir une orientation sans porter préjudice à notre palette de produits.

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