Abdellah Cheikh
14 Juin 2008
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Le Maroc manque de supports artistiques spécialisés et de galeries professionnelles qui peuvent parrainer les artistes qui se voient souvent marginalisés par les responsables de la culture. Ils sont également bousculés par les pasticheurs, les faussaires et les péculateurs.
La scène artistique marocaine est submergée par ce que j'appelle « le désordre ». La crise s'amorce lorsque toute distinction entre le bon et le mauvais , le vrai et le faux devient vague et ambiguë. Cette crise artistique ou plutôt culturelle est déclenchée par l'absence d'infrastructures culturelles et le rôle réticent joué par les décideurs, les médiateurs culturels et les critique d'art.
Un mot sur votre livre de référence «Confidences Benyessef» ?
Ce livre inédit revêt une valeur autobiographique qui nous livre quelques clés pour approcher mon parcours artistique, ses réminiscences et ses vécus dans leurs aspects les plus intimes.
D'où l'importance de cette référence : autant elle relate la vie de quelques facettes de ma vie, autant elle retrace les tournants créatifs et existentiels les plus imposants de l'art contemporain marocain d'ici et d'ailleurs, permettant aux passionnés des arts de se documenter sur mon itinéraire et ma vision du monde.
Quels sont les paysages représentatifs de votre vie du peintre ?
Tétouan où je suis né, Séville où je vis et Marrakech d'où je tire mes racines. Ces trois paysages sont révélateurs d'une mémoire sensitive et visuelle. C'est une nostalgie d'enfance vécue en profondeur.
J'aime Tétouan jusqu'au délire, c'est elle qui m'a ouvert le champ libre de l'inspiration.
Ces trois paysages m'invitent toujours à chercher la désaliénation à travers le retours aux sources, selon une vision contemporaine.
Quelle est votre conception de la création au sens large du terme ?
Pour moi, la création est le paradis de la vie. Je suis persuadé que la sincérité est la condition sine qua non de la peinture. Sous cet angle, j'essaie d'être libre à l'état pur de mes colombes.
Véritable engagement social, ma peinture vibre aux rythmes de voix du silence empreintes du profane et du spirituel. J'essaie à ma manière d'entraîner les récepteurs dans le coeur de ma mission universelle qui témoigne de mon engagement pour la paix, la liberté et le dialogue entre les cultures et les civilisations, tout en mettant en parallèle deux dimensions sociales dont le dénominateur commun est non seulement l'omniprésence de la réalité, mais aussi l'essence de l'existence effective, à savoir, l'Homme.
Il est à signaler que mon oeuvre est conçue et réalisée dans le cadre d'un grand débat intérieur, caractérisé par un terrible doute sur ce qui est et ce qui pourrait être, qui m'amène à peindre les choses telles que je les vois et non pas comme je voudrais qu'elles soient, et jamais surtout comme elles sont en réalité. J'ajoute et je retire des choses, des détails, sans scrupules, sans aucune espèce de charité : l'essentiel est que mon imagination et mon effort embellissent la création.
L'oeuvre achevée selon Benyessef ?
Les moments les plus difficiles et les plus complexes pour moi, résident dans le fait de savoir déterminer à quel stade abandonner l'ouvrage, c'est-à-dire décider que « l'oeuvre est achevée ». Cette terminologie, très délicate, est impropre lorsqu'il s'agit d'un travail de création et de recherche constante.
Je pense que déterminer le moment et le stade auxquels il faut abandonner une oeuvre est plus difficile que l'utilisation des connaissances techniques pour la réaliser. Mais même complètement écartée, l'oeuvre, tant qu'elle est dans l'atelier, est toujours sujette à des retouches ou rectifications ; en définitive, l'oeuvre n'est considérée achevée que lorsqu'elle n'appartient plus au peintre et qu'elle a quitté le milieu dans lequel elle évolue.
Votre dernier mot ?
J'ai toujours un premier mot à dire. Mes études ont toujours eu pour leitmotiv : peindre, encore peindre, et toujours peindre. Je répète que je suis venu dans ce monde déjà peintre, et s'il plaît Dieu, je le quitterai toujours peintre.
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