Libération (Casablanca)

Afrique: Amnesty international présente son rapport pour l'année 2008

De nombreux pays sont épinglés

Amnesty international a choisi cette année de présenter son rapport annuel à l'occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants et le 60ème anniversaire de la déclaration internationale des droits de l'Homme. Le rapport couvre 150 pays ou régions du monde et conserne la période de janvier 2007 à décembre de la même année.

Certes, le rapport souligne des réalisations et des avancées dans le domaine des droits humains mais le bilan reste marqué par l'injustice, l'inégalité, l'impunité et le non-respect des droits de l'Homme dans beaucoup de pays qui refusent même qu'on se penche sur leur cas ou qu'on fasse des droits fondamentaux un débat public.

Le bilan présente par ailleurs des statistiques accablantes à plusieurs niveaux. Concernant les droits de la femme par exemple, près de 250 femmes ont été tuées par leur mari ou par un autre membre de leur famille durant le premier semestre de 2007 et deux femmes en moyenne ont été violées toutes les heures. Amnesty épingle également 81 pays en matière de torture et de traitements cruels, inhumains ou dégradants, notamment les Etats-Unis d'Amérique qui, sous prétexte de combattre le terrorisme, détiennent toujours des centaines d'étrangers dans la base navale de Guantanamo Bay à Cuba devenue une zone de non-droit. La plupart de ces détenus, qualifiés de "combattants ennemis" sont détenus dans des conditions inhumaines pour des durées non déterminées, sans inculpation ni procès.

Les territoires palestiniens occupés par Israël prennent un grand intérêt dans le rapport d'Amnesty. La situation des droits humains dans ces territoires est qualifiée de dramatique. Le bilan est sombre cette année puisque l'armée israélienne a tué plus de 370 Palestiniens et détruit plus d'une centaine d'habitations. Amnesty relève également les restrictions qui entravent la liberté de mouvement dans les territoires occupés tels les blocus imposés à maintes reprises aux Palestiniens, ce qui les empêche de se ravitailler ou d'aller se faire soigner. Amnesty international reproche aussi à l'Etat hébreu la violation du droit international à travers la construction du mur et l'expansion des colonies illégales. Des homicides ou agressions contre les Palestiniens et leurs biens par les soldats et colons israéliens ainsi que les arrestations et les procès inéquitables restent en vigueur en toute impunité.

Le rapport d'Amnesty réserve une partie assez importante à la situation en Irak où des milliers de civils ont été tués ou blessés. Ces crimes sont imputés aux groupes armés, aux forces irakiennes ou aux forces multinationales et en particulier aux Américains. Les arrestations et détentions arbitraires dans ce pays sont devenues courantes. La majorité des prisonniers sont en détention illimitée, sans inculpation ni jugement. Le rapport mentionne des actes de tortures et autres mauvais traitements infligés aux personnes incarcérées dans les prisons irakiennes surpeuplées et gérées par les autorités irakiennes. Le rapport reproche également au gouvernement américain de ne pas veiller à l'obligation de rendre des comptes sur des violations commises par ses forces en Irak mais aussi dans d'autres pays du monde comme l'Afganistan.

De son côté, la Chine n'est pas épargnée pour sa politique de répression envers les militants des droits de l'Homme ou encore les minorités en particulier les Tibétains.

Au Maroc, le rapport d'Amnesty a mis l'accent sur la restriction de la liberté de presse. Selon Amnesty, plusieurs journalistes ont été arrêtés et inculpés d'infractions pénales en raison d'articles jugés comme portant atteinte à la sécurité nationale ou à la monarchie. Les cas d'Al Watan et Nichane sont cités comme exemple dans le rapport. Par ailleurs, on reproche aux autorités marocaines d'avoir mis sous les verrous plusieurs militants des droits de l'Homme à travers le pays. Il y va de même pour les arrestations opérées par les autorités dans les provinces du Sud suite à quelques manifestations. Au registre de la lutte contre le terrorisme, le rapport mentionne l'emprisonnement et la condamnation de plusieurs militants islamistes et les mauvais traitements qui leur sont infligés en détention.

D'autre part, le rapport note la modification du code de la nationalité, ce qui a permis aux Marocaines mariées à des étrangers de transmettre leur nationalité à leurs enfants. Cependant, le rapport mentionne la discrimination dans le cas de l'emprisonnement de six hommes pour des actes homosexuels jugés impudiques ou contre-nature avec un individu de son sexe.


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