L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Afrique: Maladies du rein

Adama Ouédraogo Damiss

17 Juin 2008


Un traitement qui... éreinte les patients

Insuffisance rénale. Deux mots synonymes de « maladie silencieuse et dévorante », dont souffrent de nombreuses personnes. Et pour ne rien arranger, la prise en charge de cette pathologie liée à un dysfonctionnement grave des reins est très coûteuse pour des patients souvent impécunieux d'un pays pauvre très endetté comme le Burkina.

Face à un tel constat, des malades ont créé une association pour sensibiliser autour d'eux dans un but préventif et pour interpeller les autorités politiques afin de faciliter leur traitement en mettant en place les équipements nécessaires et en rendant disponibles de façon pérenne et à moindre coût les consommables médicaux indispensables.

Le samedi 14 juin 2008, le bureau national de l'Association des dialysés et insuffisants rénaux (ABUDIR) a ainsi organisé, au CENASA à Ouagadougou, une conférence publique sur le sujet, animée par le Dr Gerard Coulibaly du service de néphrologie et hémodialyse de l'hôpital Yalgado-Ouédraogo.

Les reins sont deux organes en forme de haricot situés dans la partie postérieure de l'abdomen, de part et d'autre de la colonne vertébrale, approximativement entre la douzième vertèbre dorsale et la troisième vertèbre lombaire.

Ils jouent un rôle « d'usine de nettoyage et d'épuration du sang, qui contient des toxines résultant de l'alimentation ». Autrement, le sang qui circule dans le rein libère les déchets solubles et le liquide qui en résulte, l'urine, passe ensuite dans l'uretère pour séjourner dans la vessie en attendant d'être évacué lors de la miction.

Près de 150 000 F CFA par semaine pour rester en vie

Comme tout organe, il peut être endommagé pour plusieurs raisons, entraînant ainsi des maladies. On parle alors d'insuffisance rénale. D'un point de vue pratique, le Dr Goulé Marc Tiéba, responsable de la clinique Saint-Marc, sise aux 1200 logements à Ouagadougou, urologue-andrologue, donc spécialiste des maladies du rein, des voies urinaires et de tous les problèmes liés à la sexualité masculine, distingue trois cas d'insuffisance rénale :

l'insuffisance rénale aiguë ou chronique ;

l'insuffisance rénale avec obstacle sur les voies urinaires ;

la maladie des cellules rénales elles-mêmes.

D.P. est militaire de profession et exerce à l'intérieur du pays. Au début de l'année 1998, le moindre exercice physique qu'il faisait entraînait des douleurs aux pieds. Après un traitement de trois mois, son médecin l'a évacué à Ouagadougou, à l'hôpital Yalgado, où le Pr Drabo, après un diagnostic, a trouvé qu'il souffrait d'insuffisance rénale.

Il le confia alors au Pr Lingani, qui tenta de récupérer son rein, en vain. Finalement, la solution consistait à le mettre sous dialyse. Résidant à Pô, il lui fallait obligatoirement rejoindre la capitale pour honorer ses rendez-vous hebdomadaires de soins.

« Au départ, explique-t-il, c'était un problème d'hypertension artérielle qui a eu des conséquences sur le rein. Et depuis, ma vie est perturbée sur les plans familial et professionnel. Je ne peux plus faire le sport comme avant, mes voyages sont réduits et je ne peux faire une semaine sans la dialyse, qui coûte 71 785 FCFA par séance ».

Mais qu'est-ce que la dialyse au juste ? Dr Goulé Marc Tiéba : "C'est un ensemble d'équipement qui permet de passer le sang d'un patient dans un appareil chargé de normaliser sa composition autant que possible.

En clair, c'est une technique artificielle de la fonction rénale, qui permet d'enlever du sang les substances toxiques et de compléter celles qui font défaut". La dialyse est indolore. "En dehors des injections, on ne ressent pas de douleur. Seulement, il faut rester couché pendant 4 heures de temps. C'est fatiguant", indiquent des dialysés.

Le drame de l'insuffisance rénale, c'est qu'elle est silencieuse. La plupart des malades la découvrent sur le tard. Casimir Kaboré ne dira pas le contraire. Directeur de l'école de Kodéré (Tanghin-Dassouri, dans le Kadiogo), il a passé des années à hanter les centres médicaux sans que le mal qui le rongeait soit diagnostiqué avec précision. "Tout a commencé en 1996. J'avais régulièrement des nausées, une fatigue générale et je perdais de temps à autre la mémoire. C'est au bout de 8 ans, quand mon état était devenu criard, qu'un médecin m'a signifié dans une clinique q'il s'agissait d'une insuffisance rénale".

En règle générale, les symptômes sont les suivants, selon le conférencier du samedi 14 juin, le Dr Gérard Coulibaly :

manque d'appétit, nausées ou vomissements ;

gonflement indolore des membres inférieurs ou du ventre ;

trouble de la mémoire, fatigue, crampes ;

maux de tête, flou visuel ;

toux ; gêne respiratoire ;

saignement, grattage, amaigrissement.

Les principales causes

A l'examen, indique-t-il, le médecin peut trouver des Å"dèmes ; une tension élevée (hypertension artérielle) ; des signes d'anémie (manque de sang) et des signes d'atteinte cardiaque. Des examens de sang peuvent permettre de confirmer le diagnostic en vérifiant le taux de créatinine, d'hémoglobine, de potassium et de calcium.

Dans tous les cas, le Dr Tièba conseille d'aller en consultation dès qu'on a une mauvaise miction "Normalement on doit pisser de façon régulière, facile et sans effort ; dans la journée, 3 ou 4 fois et la nuit 1 ou 2 fois ; pas plus. Lorsqu'il y a une modification à ce niveau ; il ne faut pas hésiter à consulter un spécialiste".

Les causes de l'insuffisance rénale sont nombreuses. Le docteur Coulibaly en distingue les principales suivantes :

les maladies du cÅ"ur et des artères ;

le diabète, l'obésité ;

les infections (bactériennes, virales, parasitaires) ;

l'infection à VIH ;

les calculs et les obstacles dans les voies urinaires ;

les causes héréditaires.

Lorsqu'il s'agit d'une obstruction des voies urinaires, le traitement est facile, mais il est décevant lorsqu'on est confronté à un cas lié à l'hérédité. « Quand le mal est lié à la cellule rénale elle-même, ce qu'on appelle les néphropathites, qui peuvent être héréditaires, il est difficile de rétablir la fonction rénale », indique le patron de la clinique Saint-Marc.

La dialyse reste la seule voie de recours lorsque l'insuffisance rénale atteint un stade avancé. Malheureusement, ce traitement coûte cher du fait du coût très élevé de l'équipement technique et des consommables (eau ultrapure, rein artificiel, matériel à usage unique, etc.) : 71 785 FCFA par dialyse sans les frais d'examens de sang connexes. Avant d'être inscrit sur la liste des dialysés, il faut d'ailleurs payer à l'hôpital la somme de 700 000 FCFA, soit l'équivalent de dix séances.

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