Inter Press Service (Johannesburg)

Afrique: La hausse des prix des produits alimentaires ici pour cinq ans encore

Une centaine de millions de personnes à travers le monde -- pour la plupart en provenance des pays en développement -- pourraient s'enfoncer plus profondément dans la pauvreté pendant que les prix des denrées alimentaires continuent de monter, prévoit la Banque mondiale.

"La majorité de ceux qui sont touchés vivent au-dessus du seuil de la pauvreté d'un dollar par jour. Ils se retrouveront au-dessous de cette barre. C'est préoccupant", a déclaré Danny Leipziger, le vice-président de la Banque mondiale pour la réduction de la pauvreté et la gestion économique, lors de la 'Annual Bank Conference on Development Economics' (Conférence annuelle de la banque sur le développement de l'économie, ABCDE).

Cette rencontre, qui a pour thème "Population, politique et mondialisation", s'est tenue au Cap, en Afrique du Sud, du 9 au 11 juin. Elle a été organisée par la Banque mondiale et le ministère des Finances du gouvernement sud-africain.

La prédiction de Leipziger se réalise malgré les conclusions optimistes du rapport sur le Financement du développement dans le monde, de la Banque mondiale selon lequel la croissance économique en Afrique subsaharienne doit augmenter davantage cette année.

L'une des conclusions dudit rapport, lancé à la conférence ABCDE, est que pendant que la croissance économique mondiale ralentira de 3,7 pour cent en 2007 à 2,7 pour cent cette année, diverses régions en développement verront leurs économies s'accroître.

L'Afrique subsaharienne, par exemple, doit augmenter la croissance économique avec une moyenne de 6,5 pour cent d'ici à la fin de 2008 -- le taux de croissance le plus élevé que la région ait connu en 38 ans.

Leipziger a expliqué que les "chiffres de ce rapport s'appliquent à la macroéconomie. Des problèmes tels que la montée des prix des produits alimentaires ont à peine un impact à un niveau macroéconomique, mais sont visibles et perceptibles au niveau du ménage".

Les prix des denrées alimentaires ne continueront pas toujours d'augmenter, a indiqué Leipziger : "Ils finiront par baisser. Selon nos estimations, cela prendra quatre à cinq ans avant que la situation ne se stabilise. Toutefois, cela ne veut pas dire que les prix des produits alimentaires baisseront au point d'atteindre le niveau auquel ils étaient, il y a quelques années".

Les facteurs qui sont à l'origine de cette flambée des prix des produits alimentaires sont nombreux. Ce qui rend difficile de trouver une solution au problème est le fait que plusieurs de ces facteurs soient liés, selon professeur Sheryl Hendriks, directrice du Centre africain pour la sécurité alimentaire à l'Université du KwaZulu Natal à Durban, en Afrique du Sud.

"L'augmentation de plus en plus croissante des prix du pétrole fait partie de ces causes. Lorsque le prix du carburant monte, les prix des denrées alimentaires augmentent également", a-t-elle dit.

Une autre cause peut être retrouvée du côté de l'offre qui ne satisfait pas à la demande croissante de la nourriture. La production des cultures pour le biocarburant en est l'un des facteurs responsables.

"La demande et la production du biocarburant augmentent pendant que la production agricole pour l'alimentation diminue. Ceci a un impact sur les prix des produits alimentaires", a souligné Justin Lin, économiste principal à la Banque mondiale.

Les subventions mises en place par les gouvernements de l'Union européenne et des Etats-Unis pour attirer les agriculteurs dans la production du biocarburant, au lieu de la production des cultures pour l'alimentation, n'aident pas la situation, a affirmé Lin.

"Il n'y a rien de bon dans ces subventions", a ajouté Michael Spence, lauréat du Prix Nobel d'Economie 2001 et président de la commission de la Banque mondiale sur la croissance. "Les Etats-Unis et l'Union européenne rendent plus attrayant à leurs agriculteurs de planter des cultures pour le carburant plutôt que pour la nourriture.

"Il en résulte que l'offre des produits alimentaires a baissé et ne satisfait pas à la demande. Ceci a entraîné une plus grande augmentation des prix des produits alimentaires".

Des pays en développement -- y compris des Etats africains -- sont les plus touchés par cette crise alimentaire. Selon Spence, "des populations des pays pauvres utilisent une grande partie du revenu de leur ménage pour la nourriture. Elles sont les premières victimes".

Mais il a souligné que la situation n'était pas totalement désespérée. "Il y a une énorme opportunité pour l'Afrique. Ce continent est riche en ressources, comparé à d'autres parties du monde. Cette richesse peut être investie dans et utilisée pour des programmes qui promeuvent la création d'emplois et accroissent la production agricole".

Lin a soutenu qu'on devait faire davantage. Pour que l'Afrique augmente sa production agricole, de nouvelles technologies sont importantes. Ceci exige également des infrastructures. "De nouvelles technologies doivent être localisées et adaptées aux pays africains, pris individuellement. Ce qui marche en Chine ou au Brésil, ne marche pas nécessairement en Afrique".

Lesetja Kganyago, directeur général du ministère des Finances du gouvernement sud-africain, a reconnu que l'introduction de nouvelles technologies était importante.

Mais il y a d'autres manières d'accroître l'agriculture africaine. "Nous devons la rendre attrayante à nos agriculteurs pour qu'ils produisent des cultures pour l'alimentation. Ce que nous ne devrions pas faire, toutefois, est d'utiliser des barrières tarifaires protectionnistes", a-t-il insisté.

"Nous ne pouvons pas utiliser ces techniques pour protéger nos agriculteurs et notre industrie agricole. Nous ne pouvons pas oublier que nous avons, par le passé, lutté contre les tarifs pratiqués par l'Europe et les Etats-Unis. En utilisant la même tactique (d'augmenter les tarifs), nous minerons nos efforts d'entrer sur le marché mondial", a soutenu Kganyago.


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