Bayano Valy
17 Juin 2008
Il y a un mois, Catarina Manungo, 47 ans, était la propriétaire d'une maison à deux chambres à coucher à Boksburg, en Afrique du Sud où elle vivait avec ses quatre enfants et une petite-fille. Quelques semaines plus tard, Manungo et ses deux plus petits enfants se retrouvent en train de vivre dans une tente à Matola Garre, près de Maputo, la capitale mozambicaine.
Manungo et ses enfants font partie du contingent fort de 37.000 Mozambicains qui ont fui les violences xénophobes en Afrique du Sud au cours du mois dernier. Des dizaines de milliers d'autres immigrés en provenance de partout en Afrique vivent dans des abris pleins de monde en Afrique du Sud. Des responsables à Maputo situent le nombre de Mozambicains tués à 23 -- ces violences ont coûté la vie à plus de 50 personnes.
Manungo a rejoint son mari -- un mineur -- en Afrique du Sud en 1982. Ils ont épargné assez de son salaire pour acheter une maison avant qu'il ne meure en 2003. A l'instar de la plupart des Mozambicains en Afrique du Sud, Manungo travaillait dans le secteur informel, vivotant en vendant des légumes. Elle est restée en Afrique du Sud plutôt que de retourner au Mozambique lorsque la guerre civile a pris fin en 1992, parce qu'elle sentait que les conditions de vie étaient meilleures et n'avait aucune famille chez qui retourner.
Elle dit qu'elle vivait en paix relative avec ses voisins sud-africains jusqu'à ce qu'une bande en maraude ait saccagé sa maison et brûlé une grande partie de ses biens le 21 mai. Elle a réussi à rassembler ses enfants et à fuir. Avec sa voix choquée par l'émotion, elle a déclaré lors d'une réunion convoquée à Maputo la semaine dernière pour discuter des impacts régionaux de la crise, qu'elle n'avait jamais imaginé que quelque chose de la sorte pourrait se produire.
Cette rencontre de 174 représentants d'organisations de la société civile en provenance du Mozambique, de d'Afrique du Sud, du Botswana, de Zambie et du Zimbabwe, a été organisée par le 'Southern African Trust' (SAT) et la Fondation pour le développement communautaire (FDC) du Mozambique, le 10 juin pour évaluer la situation des personnes déplacées par les attaques et examiner les causes premières de ces violences.
La présidente de la FDC, Graça Machel, a déclaré à la rencontre qu'elle avait entendu des explications éreintantes de première main de ces violences lorsqu'elle a visité les centres installés, en Afrique du Sud pour les immigrés en fuite, par le gouvernement et des organisations de la société civile. Machel a indiqué que la plupart de ces personnes déplacées ont exprimé de la colère vis-à-vis des Sud-Africains, mais elle a dit que le défi était de canaliser cette colère et ce désespoir vers une force qui "nous permettra de dire plus jamais çà. Nous devons trouver des manières pour construire des ponts forts qui nous amèneront là où nous étions avant".
Machel a affirmé que l'une des causes premières de ces violences était l'afflux d'étrangers dans les villes sud-africaines, couplée avec la migration des Sud-Africains eux-mêmes vers des villes en provenance de la campagne; ajouter les récentes augmentations des prix des denrées alimentaires à cette énorme pression sur les infrastructures urbaines et vous avez un mélange explosif. "Les banlieues les plus pauvres d'Afrique du Sud n'ont plus la capacité d'absorber plus de personnes. Il n'est plus possible d'y vivre", a-t-elle souligné.
Machel a rejeté la responsabilité de cette situation sur les modèles de développement que les gouvernements ont adoptés. Si dans le passé, l'Afrique australe a été divisée par le colonialisme et l'apartheid, a-t-elle déclaré, aujourd'hui elle est divisée par la pauvreté. "L'extrême pauvreté déshumanise les gens et les conduit à la folie", a-t-elle dit. "La haine et l'intolérance affichées visaient les conditions dans lesquelles ils vivent. Les populations s'opposaient aux conditions inhumaines dans lesquelles elles vivent".
Jody Kollapen, président de la Commission des droits de l'Homme d'Afrique du Sud, a déclaré à IPS qu'il était essentiel de traduire en justice les auteurs des crimes odieux enregistrés au cours de ces quelques dernières semaines. Il a ajouté qu'un débat franc sur les réparations était également nécessaire. Mais pour que ce débat soit un succès, il devra inclure un projet de plan de réintégration appuyé par une aide financière afin de permettre aux victimes de la xénophobie de redémarrer. Mais un tel plan devra prendre en compte les Sud-Africains pauvres, afin de ne pas favoriser le ressentiment au sein d'une population qui est tout aussi presque dans un besoin pressant d'assistance.
Le président mozambicain Armando Guebuza a demandé à ses concitoyens de faire montre de tolérance et de s'abstenir de se venger des Sud-Africains. S'adressant aux personnes qui sont retournées dans un centre de transit, Guebuza a décrit les attaques xénophobes en Afrique du sud comme l'oeuvre des personnes opposées à l'intégration régionale, qui devrait conduire à une complète liberté de circulation des personnes et des biens à travers la région de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC).
"Nous devrons continuer sur le chemin de la solidarité et de l'unité", a-t-il dit, "mais nous ne devons jamais opter pour la violence, puisque nous savons très bien ce qu'est le prix de la violence".
Certains de ceux qui sont rentrés ont dit à Guebuza qu'ils voulaient retourner en Afrique du Sud dès que les conditions le permettraient. Mais d'autres ont été si gravement bouleversés qu'ils ont décidé de rester définitivement au Mozambique. Bien qu'un calme troublé prévale en Afrique du Sud actuellement, Catarina Manungo préfèrerait braver le froid et l'hiver rude qui secouent sa tente exposée que de risquer un retour dans sa maison à Boksburg. "C'est mieux de dormir dans une tente sous un arbre que de retourner pour Dieu sait quoi".
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2008 Inter Press Service. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.