|
|
Cameroun: Quand la femme se livre
![]() |
||||||||||
|
||||||||||
Le Quotidien Mutations (Yaoundé)
19 Juin 2008
Publié sur le web le 19 Juin 2008
Dorine Ekwè
Alors qu'elles sont de plus nombreuses à écrire, les femmes Camerounaises semblent avoir réussi à surpasser la misogynie et les complexes.
Au cours d'une conférence de presse donnée vendredi dernier au Goethe-Institut de Yaoundé, Claudia Martinek et Angeline Solange Bonono ont annoncé l'ouverture d'un atelier d'écriture destiné à encourager les jeunes femmes âgées de 18 à 25 ans à développer leurs capacités d'écriture. Pour Angeline Solange Bonono qui assurera la direction de cet atelier qui se déroulera sur neuf des dix provinces du Cameroun, excepté le Nord, cette formation tombe à point nommé. "Lorsqu'on regarde l'environnement littéraire camerounais, dit-elle, on se rend compte qu'il y a très peu de femmes. C'est pour combler ce manque et cette attente que j'ai pensé qu'il serait intéressant d'organiser cette résidence d'écriture aux nouvelles courtes destinée aux jeunes femmes."
De fait, lorsque l'on jette un regard sur la production littéraire féminine au Cameroun, on se rend vite compte que, comparée à celles des hommes, elle est presqu'inexistante. Le catalogue 2008 des auteurs des éditions Clé par exemple annonce tout juste une vingtaine d'auteures francophones et anglophones au Cameroun. Dans une intervention sur le sujet dans le journal culturel Patrimoine en 2003, Joseph Ndinda explique cette mollesse dans la publication chez les femmes. Pour l'écrivain et professeur d'université en effet, "Parler des écritures féminines camerounaises dans la genèse et l'évolution peut se résumer à l'associer à trois mots: marginalisation, conspiration du silence et, dans des cas extrêmes, dénigrement".
Thématiques
Dans la plupart de leurs écrits, les femmes parlent des problèmes sociaux ou liés aux femmes. Et Angeline Solange Bonono de rappeler: "La thématique évoque les problèmes spécifiques à la femme: la dénonciation de la condition misérable des femmes, la situation des filles-mères, l'avortement, la maladie, la misère, la mort, l'amour, la haine, l'angoisse existentielle". Cette littérature féminine qui se décline dans les trois genres majeures: la poésie, le théâtre et le roman, contient, dit-elle, tous les rêves, les soupirs, les angoisses et fantasmes des femmes africaines en particulier et de la femme universelle en général.
Seulement, Marcellin Vounda Etoa, critique littéraire et directeur des éditions Clé, met en garde contre des stéréotypes vite utilisés. "Ces femmes écrivent pour parler des problèmes de femmes, mais elles ne sont pas forcément féministes. Ecrire demande d'avoir une sensibilité, et dans ce cas, elles peuvent prendre sur elles des combats qui prennent une dimension militante sans pour autant être informées du féminisme théorique. Elles peuvent avoir une écriture féministe de façon inconsciente", argue-t-il.
Parmi ces auteures, Virginie Belibi et Marie Claire Dati (Caillots de vie, 2001) ont réussi à se faire une place dans le monde de la poésie. Nathalie Etoké, pleine de promesses lorsqu'elle publie en 1999 "Un amour sans papier" a depuis confirmé avec son ouvrage: "Je vois du soleil dans tes yeux", publié cette année aux Presses de l'Université catholique d'Afrique centrale (Pucac), et est assimilé par certains au "cri de la révolte africaine". Angeline Solange Bonono fait également partie de ces auteures de la quatrième génération qui ont réussi à se faire une place au soleil. En 2002, elle sort "Soif Azur", salué par la critique et qui de son point de vue "rend compte des quêtes de l'humain depuis la nuit des temps et de quelques fantasmes qui l'habitent : la liberté, le bonheur, l'éternelle jouvence, la jeunesse, l'éternité, l'amour". Stella Engama avec son livre "Un siècle d'agonie", n'est pas passée inaperçue de même que Marie Julie Nguétse et plusieurs autres.
Si ces dernières ont bénéficié de l'ouverture du début des années 1990 qui marque une nouvelle orientation dans le discours sociopolitique qui a mis au devant de la scène les problèmes de genre en Afrique, permettant ainsi aux premières auteures d'être acceptées par la critique, même si de façon controversée comme le précisait Joseph Ndinda dans le mensuel Patrimoine d'Avril 2003. Lui qui précisait que leurs aînées n'avaient pas pu bénéficier de cet apport décisif de la critique.
Nouvelle génération
En 1969 en effet, lorsque Thérèse Kuouh-Moukouri, 1ère femme écrivain au Cameroun publie "Rencontres essentielles" et Marie Claire Matip "Ngonda" quelque temps plus tard, aucune des deux ne réussit à marquer les lecteurs. En plus du fait qu'elles traitent des problèmes de femmes dans leurs foyers ou dans leur féminité dans un contexte sociopolitique dominé par des mouvements de revendication, la qualité des structures qui les ont éditées était plutôt faible. De ce fait, et à côté de ces histoires de "bonnes femmes", la littérature camerounaise restait dominée par des plumes masculines: Mongo Beti ou René Philombe.
Ainsi, jusqu'au début des années 1980, la littérature féminine a du mal à intéresser et à passer dans l'opinion. C'est ainsi que sur 166 auteurs recensés, on dénombre tout juste une dizaine de femmes écrivains aussi bien dans la partie francophone du pays que dans sa partie anglophone à cette époque. C'est dans cet environnement que Were Were Liking Gnepo, auteure de la deuxième génération, fait son entrée sur scène avec son titre: " Elle sera de jaspe et de corail" paru en 1983. Dans cet ouvrage, l'écrivaine dénonce l'attentisme, la corruption et la fainéantise qui caractérisent les masses et les détenteurs du pouvoir dans les pays indépendants. Seulement et malgré cette nouvelle thématique abordée par une femme, la critique vise plutôt à la disqualifier. Sans perdre de sa superbe, l'écrivaine aux multiples casquettes continue cependant de publier.
C'est sur ces entrefaites qu'en 1987, Calixte Beyala considérée comme le plus beau fleuron de notre littérature féminine (elle a gagné de nombreux prix littéraires dont Le grand Prix de L'académie Française et le Grand prix d'Afrique noire) ouvre la voie à la troisième génération de femmes écrivains au Cameroun avec son livre: "C'est le soleil qui m'a brûlée". Les critiques se jettent avec hargne sur son Å"uvre. Elle est même accusée d'avoir plagié Aimé Césaire tandis que d'autres s'interrogent sur sa capacité à créer des Å"uvres de fiction.
|
Après l'intermède Were Were Liking Gnepo, Calixte Beyala arrive donc et on replonge dans les problèmes de femmes. Evelyne Mpoundi Ngollé tente une percée avec son livre " Sous la cendre, le feu" qui sera d'ailleurs inscrit au programme scolaire des établissements secondaires au Cameroun. Contrairement à leurs homologues masculins, les textes des femmes, bien qu'étant étudiés dans les facultés ne figurent pas dans les programmes officiels scolaires. L'expérience de Evelyne Mpoudi Ngollé, ayant fait long feu. Y-aurait-il alors des critères spécifiques pour atteindre le niveau des hommes dans le domaine de la littérature ? Non, estime Marcellin Vounda Etoa. " Il n'y a pas de niveau que les hommes ont atteint et auquel il faut hausser les femmes. On peut peut-être trouver son style pour pouvoir être identifié au milieu de plusieurs autres mais, être soi-même et, peut-être se laisser influencer par quelqu'un".
| |||||||||||||||||||||||||||||
| |||||||||||||||||||||||||||||
|
| |||||||||||||||||||||||||||||
|
| |||||||||||||||||||||||||||||
| Copyright © 2008 Le Quotidien Mutations. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici. | |||||||||||||||||||||||||||||
|
| |||||||||||||||||||||||||||||
| Faites d'allAfrica.com votre page d'accueil | Fils RSS | |||||||||||||||||||||||||||||
|
| |||||||||||||||||||||||||||||
| Début de page | Plan du Site | Qui Nous Sommes | Publicité | Recherche | Abonnement | |||||||||||||||||||||||||||||
|
| |||||||||||||||||||||||||||||
| Un commentaire? Remplissez le formulaire. Données Personnelles . | |||||||||||||||||||||||||||||
|
| |||||||||||||||||||||||||||||
|
| |||||||||||||||||||||||||||||
![]() Les plus actifs du jour
|