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Sénégal: Nuits blanches pour un liquide précieux


Le Soleil (Dakar)
 

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Le Soleil (Dakar)

19 Juin 2008
Publié sur le web le 20 Juin 2008

S. M.

Ousseynou Thiam est comme dans une posture de veilleur de nuit. Dans son appartement sis aux Parcelles Assainies, il est le seul qui passe des nuits blanches en attendant que l'eau coule. La nuit, ces cinq derniers jours, il fait des va-et-vient incessants dans l'appartement, grillant cigarette sur cigarette, écoutant musique après musique, sans que le robinet ne signale la plus petite goutte d'eau.

Sa nuit est devenue infernale à cause du manque d'eau général dans cette partie de Dakar. Au fur et à mesure que la nuit avance, il garde espoir. Un espoir qui s'effrite quand, vers 5 heures du matin, le muezzin appelle à la prière, et que l'heure de réveil s'approche chez ceux qui étaient déjà au lit.

Il ne reste alors à Thiam qu'à prendre un bidon de 20 litres pour faire le tour du quartier, à la recherche du liquide précieux. Dans la rue, alors que le soleil commence à se lever, il rencontre de gentilles femmes qui ont la même préoccupation. Armées de bassines vides, elles forment un groupe qui grossit au fur et à mesure que les premiers rayons du soleil sortent du ciel.

Sept heures à l'Unité 7 des Parcelles Assainies, c'est comme le milieu de la matinée : il y a de l'animation partout, et surtout des complaintes sur le manque d'eau. Elles viennent des femmes, des hommes, des jeunes et des filles. Chez ces dernières d'ailleurs, plusieurs vont devoir se résoudre à l'évidence : chercher de l'eau en marchant sur plusieurs kilomètres. Il n'y a que cette solution si l'on veut bien sûr faire les travaux domestiques, cuisiner, se laver, bref être à l'aise.

La recherche effrénée d'eau fait appel à plusieurs stratégies surtout quand, au bout d'une heure de marche, on tombe sur une maison construite sur un point bas, où donc le robinet coule doucement ; ou alors une borne fontaine publique. Même face à une telle situation, on est loin de voir le problème réglé.

Il faut suivre une queue déjà très longue, et débourser la somme de 35 francs Cfa pour une bassine, 250 F Cfa pour un fût de 50 litres ou 20 francs pour un seau. De l'eau, on vous la vendra volontiers, après plusieurs minutes d'attente et vous serez obligés de refaire la même distance pour aller à la maison.

Une telle situation fait les bonnes affaires des charretiers. Ils vous transportent les bassines et le fût de 50 litres entre 500 et 1500 F Cfa en fonction de la distance. Gare à vous si vous avez une grande famille.

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C'est près de 2000 F Cfa par jour pour de l'eau qui ne vous suffit même pas, alors que la dépense quotidienne n'est pas encore arrivée. Qui disait de l'eau qu'elle est un liquide précieux ?



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