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Burkina Faso: Ensablement des barrages - "Tempête" de sable dans les eaux
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Sidwaya (Ouagadougou)
20 Juin 2008
Publié sur le web le 20 Juin 2008
Daouda Emile OUEDRAOGO
A l'orée du XXIe siècle, les barrages hydroagricoles et hydroélectriques sont menacés par leur mal du siècle : l'ensablement. De Mogtedo à Kompienga en passant par Bagré, les retenues d'eau cherchent leur «souffle». Le constat est frappant et l'urgence s'impose pour donner à ces «usines» à ciel ouvert, l'espoir d'avoir une vie durable et pérenne.
Ensablement, érosion des berges, évaporation sur fond de changements climatiques, le cocktail molotov est réuni pour que d'ici à 50 ans, les barrages hydroagricoles et hydroélectriques de Mogtédo, Bagré et Kompienga voient leur exploitation menacée. Selon le directeur général des Ressources halieutiques, Idrissa Zampaligré, depuis la mise en exploitation du barrage de Kompienga (1989) environ 3 m de hauteur de sable sont entassés dans ce lac. Cela semble infime apparemment. Mais en m3, la note est salée : 450 millions de m3. Cependant, étant un barrage hydroélectrique, sa production d'électricité est fonction de la chute d'eau sur les turbines. Cette chute d'eau, selon les explications du chef de service production de la centrale électrique, Youssouf Zougouri, est la dénivellation entre l'amont et l'aval du barrage.
Or, en aval du lac, de façon empirique, la hauteur de l'ensablement atteint au moins 1 m aujourd'hui. La côte maximale étant de 180 m et minimale de 165 m pour être capable de produire l'électricité, sur une profondeur du lac de 41 m, la Kompienga a frôlé en 2007, l'arrêt de la centrale. En effet, la côte était descendue jusqu'à 167,32 le 30 juin 2007. En-dessous de 2 m de cette barre, la centrale s'arrêtait net. Si en 20 ans, 3 m de sable se sont accumulés au fond du lac, il est à prévoir qu'en moins d'un demi-siècle, le fonctionnement des turbines soit durablement perturbé. Ainsi, la centrale ne pourra plus fournir les 14 Megawatts pour soutenir la demande en électricité de Ouagadougou.
Dans le second plus grand barrage hydroélectrique du Burkina Faso, Bagré, le phénomène ne fait pas de cadeau, même s'il est à un degré moindre par rapport à la Kompienga. La Maîtrise d'ouvrage de Bagré (MOB) tente de colmater les brèches. Mais, le constat est là, selon le directeur général, Boké Drabo : «les dépôts solides ne sont pas visibles à l'Å"il nu. Lorsqu'on voit les barrages se remplir d'eau, il n'y a pas de souci. Pourtant, de multiples dépôts sont stockés sous les barrages.» Pour le barrage de Bagré, la MOB n'a pas encore quantifié la hauteur de sable stocké. Ce n'est pas pour autant qu'elle n'est pas consciente du phénomène : «ces dépôts sont lents mais peuvent mettre à rude épreuve la vie du barrage parce que, selon lui, c'est un phénomène progressif».
En tant qu'ingénieur de génie rural de formation, M. Drabo prévient : «lorsque les gens se rendent compte de la menace réelle de l'ensablement, il est tard car le barrage, avec une capacité de 1 milliard 700 millions de m3 (Bagré) peut se retrouver au bout de 50 ans avec une capacité réduite». Si 450 millions de m3 s'encastrent dans cette capacité, elle est fortement menacée. Le cas du lac Bam est encore vivace dans les esprits et doit servir d'exemple lorsque l'on pense que les cours d'eau «interconnectés» ne peuvent se voir menacés. Mieux, que les grandes retenues d'eau sont à l'abri de ce cancer qu'est l'ensablement. La surexploitation est aussi le nid de l'ensablement. Le barrage de Mogtedo s'y est couvé. S'il est vrai que l'ensablement de ce barrage a été l'un des facteurs de son assèchement en mars 2008, sa surexploitation agricole lui a porté préjudice. Exploité concomitamment par les départements de Mogtédo et de Zam, les 110 hectares initialement prévus pour la culture ont crû pour atteindre un millier d'hectares en 2007.
Les causes d'un déclin programmé et...
Le non-respect des réglementations en matière culturale est la principale cause de ce déclin programmé. A Bagré, la MOB a pris des dispositions en collaboration avec la direction provinciale de l'Agriculture du Boulgou afin que les cultures se fassent à 100 m des berges et au-delà de la côte maximale. Cette mesure a l'avantage, même en tant de crue, de laisser les cultures intactes et de ne pas charrier la boue sous l'eau. Malheureusement, au fur et à mesure que l'eau recule, que ce soit à Bagré, Mogtédo et Kompienga, «des agriculteurs récalcitrants» prennent d'assaut les lits et les bassins des lacs. «En 2007, des aménagements maraîchers ont été faits dans la cuvette du lac de Kompienga», explique le chef technique du Périmètre aquacole d'intérêt économique (PAIE), Yacouba Ouédraogo. Mieux, «avec des communes (dont il ne cite pas les noms), des maraîchers ont barré des bras du lacs pour en faire de mini-retenues à aménager», soutient-il avant d'interroger : «comment expliquer cela ?».
Il pose la conditionnalité : «si l'on barre l'entrée de l'eau dans le barrage, il ne faut pas s'attendre à avoir un bon niveau d'eau, ni du poisson, encore moins de l'électricité dans les années à venir». Cette situation sera préjudiciable au lac car «les fortes pluies de l'année dernière ont englouti tous ces aménagements, donnant du relief à la quantité de déchets solides sous l'eau. Quel gâchis !», lance M. Ouédraogo dans un soupir. Le directeur du centre écotouristique de Bagré, Maxime Ouedraogo avec une vision plus large de l'ensablement explique : «tous les déchets rejetés par le fleuve Massili en connexion avec le canal du CHU Yalgado Ouédraogo, les déchets liquides générés par la tannerie Tan Aliz qui ne sont pas traités, sont transportés jusqu'à Bagré». Cela crée selon lui, un phénomène d'«eutrophisation». Terme technique qui est le mélange de l'eau boueuse à des plantes pour créer un milieu solide. Et, «petit à petit, l'eau se transforme en boue et finalement en terre donnant lieu au développement de grands végétaux à la faveur de nutriments rejetés par les différents canaux».
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