Par Junior Binyam
20 Juin 2008
A la fin du mois d'avril dernier, la Guinée Equatoriale rendait public de nouvelles conditions d'obtention de la carte de séjour pour les Camerounais vivant sur son territoire ou ceux qui aspirent à s'y installer.
Une décision qui intervenait après de nouveaux actes de xénophobie survenus dans ce nouvel eldorado pétrolier, et visant principalement les ressortissants Nigérians et Camerounais, accusés ici de tous les maux.
Les nouvelles mesures des autorités de Malabo avaient en trame un durcissement des conditions d'obtention du précieux sésame pour des personnes supposées appartenir formellement à la même zone économique, si on ne prend que le cas des Camerounais. Les conditions pour espérer désormais prendre pied chez "nos frères équato" sont les suivantes : "une autorisation du gouverneur, une attestation d'ouverture de compte, un certificat de bon voisinage, une déclaration sur l'honneur, un certificat d'imposition, un certificat de bonne conduite, une attestation de non-endettement, deux photos d'identité, une photocopie du passeport avec visa d'entrée en terre de Guinée, les résultats du test Vih "...
Au-delà de la stigmatisation sous-jacente avec l'exigence faite de passer un test de Vih dans un pays où les endémies tropicales demeurent dévastatrices - ce qui laisse supposer que les priorités de santé publique sont manifestement ailleurs - deux conditionnalités tranchaient quand même par leur caractère subjectif. Le certificat de bon voisinage et le certificat de bonne conduite. Le texte remis à la presse par les autorités consulaires de Guinée Equatoriale à Yaoundé ne précisant pas qui était sensé attester de ce qu'on était un bon voisin et qu'on se conduisait bien. Surtout dans le cas de ceux qui venaient à peine d'arriver du Cameroun
De manière caricaturale, une Camerounaise qui ne cédait pas aux avances de son voisin Equato-guinéen ou son compatriote ouvrier qui ne partageait pas le fruit de son labeur dans le bar du coin avec ses voisins autochtones de cette ancienne colonie espagnole pouvait se voir signifier la fin de son séjour sur sa terre d'accueil. Puisque même ceux qui résidaient déjà en Guinée Equatoriale et qui souhaitaient renouveler leur carte de séjour devaient produire un certificat de bon voisinage.
Des mesures qui intervenaient au moment où les responsables de la Communauté économique de l'Afrique centrale (Cemac) soutenaient que l'instauration d'un passeport identique pour tous les habitants des six pays membres, un peu comme cela est le cas depuis quelques temps en Afrique de l'Ouest (zone Uemoa), supposée garantir la libre circulation intra-muros des habitants de cette zone, serait effective lors du sommet des chefs d'états de la Cemac qui est annoncé dès ce lundi à Yaoundé. Ce qui constituera une avancée certaine dans le processus d'intégration qui n'est certainement pas plombé par les déclarations d'intentions des politiques qui foisonnent à chaque fois que les chefs d'Etat de la sous-région se retrouvent à pareille fête, ne manquant d'ailleurs pas d'étaler l'appartenance à un socle sociologique commun en usant, pour certains, de langues qui ne sont pas héritées de la colonisation.
Mais des mesures comme celles prises en avril dernier confinent au scepticisme quant à l'effectivité de cette intégration dont l'absence fait de la zone Cemac la plus faible économiquement au monde, dès qu'on retranche les recettes générées par l'exploitation pétrolière. Avec déjà un marché d'à peine 30 millions de consommateurs seulement, la Cemac, rien qu'à l'échelle continentale, est un nain
Les égoïsmes vont-ils continuer à prévaloir où il faut une dynamique économique commune pour espérer offrir de meilleures perspectives à des populations qui vivent dans des pays dont la richesse en ressources naturelles tranche nettement avec la pauvreté des masses ? Surtout qu'il est illusoire de s'en remettre à l'extérieur puisque le Fonds monétaire international, dans son Etude sur les perspectives économiques de l'Afrique subsaharienne (avril 2008), reconnaît que la concrétisation du doublement de l'aide au développement à l'horizon 2010, prise par les chefs d'états du G8 en 2005, est douteuse puisqu'à la date d'aujourd'hui rien n'est fait dans ce sens là. C'est en cela que le sommet de Yaoundé peut ne pas être un sommet de plus.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2008 Le Quotidien Mutations. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.