Le Soleil (Dakar)

23 Juin 2008

Sénégal: Adama Diouf, DRH du ministère de l'Education - « Le fichier des personnels sera bientôt mis à jour »

Refonte du fichier du personnel, formation desenseignants, gestion démocratique du corps enseignant et une communication efficace par le biais de partenariats dynamiques avec les médias locaux. Tels sont les grandes orientations de la mission d'Adama Diouf, le nouveau Directeur des ressources humaines au ministère de l'Education et de la formation professionnelle. Il espère ainsi faire une gestion efficace du département qui lui est confié.

Vous venez promu directeur des Ressources humaines du ministère de l'Education. Comment appréciez-vous cette nomination ?

Je remercie de prime abord le Pr. Moustapha Sourang pour la confiance placée en moi, mais aussi le président de la République et le Premier ministre d'avoir accepté également cette proposition. Pendant plus de 25 ans, j'ai été dans les inspections départementales et d'Académie. J'imagine que je peux faire quelque chose au niveau central, particulièrement à la Direction des Ressources humaines. Je compte m'évertuer à satisfaire les autorités de ce pays.

Concrètement, quelles seront les grandes lignes de votre mission ?

Il y en a quatre. D'abord, faire la situation des personnels en exercice au ministère de l'Education : la maîtrise du fichier des personnels. Qui est qui ? Qui est où ? Qui fait quoi ? On nous crédite d'un nombre de 60.000 enseignants. Est-ce réellement le bon nombre ? Si tel est le cas, est-ce que tout ce potentiel humain est à la disposition du ministère ? C'est une question fondamentale. Car les ressources humaines mobilisent beaucoup de moyens. Nous avons des actions de formation, de logistique. Il est important qu'on sache à qui ces moyens sont donnés. Sous ce rapport, la maîtrise du fichier des personnels est capitale. C'est la porte d'entrée pour une meilleure gestion des ressources humaines. Pour cela, nous entamerons des audits. Nous mettrons également à jour le fichier des personnels, eu égard au nombreux actes qui sont pris. Il faut que ce fichier soit mis à jour, pour qu'en temps réel on puisse connaître le nombre de professeurs, d'instituteurs, de chefs d'établissement, etc.

Ensuite vient la formation des enseignants. Je considère que tous les moyens investis doivent aller, en priorité, à la formation des enseignants. Un enseignant bien formé permet de beaucoup gagner dans la gestion de la qualité des établissements. Cette formation est impérieuse, surtout dans le contexte actuel où la majorité des personnels dans les classes est constituée de corps émergents. Notamment des vacataires, professeurs contractuels, volontaires ou maîtres contractuels. A notre avis, nous devons renforcer leur formation continue. Au delà des maîtres qui tiennent les classes, il y a aussi le personnel administratif composé essentiellement de surveillants et de surveillants généraux. Nous devons avoir également un programme de renforcement des capacités pour ces derniers. A la limite, on pourrait faire l'impasse sur certains matériels pédagogiques, parce que le maître aura, en l'absence de ce matériel pédagogique, usé de sa formation pour combler le vide créé par cette absence de matériel didactique précis. « Le livre n'enseigne pas l'ignorant, il l'éblouit ».

Le troisième objectif concerne la gestion démocratique des personnels. Sur instruction du Pr. Moustapha Sourang, nous avons fait un pas très important de mettre les enseignants dans les meilleures conditions de travail. Nous respecterons les conditions d'accessibilité aux postes de responsabilité et mettrons en place trois outils importants pour gérer le personnel enseignant. D'abord la commission nationale de mutation des personnels. A ce niveau, tout est suffisamment informatisé et nous n'avons plus de recours, sauf quelques cas d'homonymie. Les syndicats participent dans tout le processus de gestion du mouvement de gestion nationale. De l'inspection départementale à l'inspection d'Académie, au niveau de l'étude des fiches, à la campagne de saisie, à la commission nationale de mutation.

Le deuxième pari à gagner reste la mise en position de stage. Il y a des paramètres qui ont été mis en avant pour cela. C'est le deuxième outil de gestion démocratique sur lequel nous insistons pour que les enseignants soient équidistants, mais aussi à égale dignité dans ce domaine. Le troisième outil demeure la mise en place de la commission de reclassement. Nous avons eu un flux important de corps émergents qui ont réussi à beaucoup d'examens professionnels (Cap, Ceap, Caem et Caes). Nous devons les reclasser selon les catégories, les générations, les diplômes académique et professionnel. La commission nationale de reclassement siège au fur et à mesure que les dossiers nous parviennent pour éviter les problèmes.

Et le quatrième objectif repose sur la communication. Je pense qu'il y a un déficit à l'Education. Mais, d'ores et déjà, nous comptons nouer des partenariats dynamiques avec la presse. Cela nous permettra de visualiser tous les investissements faits dans l'école, notamment les équipements et la logistique. Ce qui participe d'un souci d'équité et de transparence.

Vous parliez de refonte du fichier. Est-ce à dire que l'existant n'est guère fiable ?

Si. Le fichier actuel est bon. Mais le corps enseignant est essentiellement caractérisé par sa mobilité. Beaucoup d'enseignants bougent. Et on n'a pas encore connecté l'inspection départementale la plus éloignée de Dakar au ministère de l'Education. Or les inspections départementales d'académie font également de la gestion. Elles affectent des enseignants d'une école à une autre, d'un collège à un autre, d'un lycée à un autre. Si elles étaient connectées au ministère de l'Education dans le cadre de l'application que nous sommes en train de concocter, immédiatement l'acte gestion est signalé au niveau central et on sait qui a quitté tel département ou région. C'est le fichier du personnel.

Où en êtes-vous avec l'informatisation du fichier ?

Il le sera bientôt. La logistique est disponible dans toutes inspections départementales. Il ne reste que la connexion dans les structures de base et au ministère de l'Education pour que cette application soit faite comme nous le souhaitons et que tous les enseignants soient suivis dans le fichier de base.

A quand le règlement définitif de question du reclassement des corps émergents ?

Concernant le reclassement universel, ce jour, nous avons transmis 792 dossiers des maîtres contractuels et 488 dossiers des professeurs contractuels. Le Premier ministre, lors de sa Déclaration de politique générale, avait demandé que tous les titulaires de diplômes professionnels soient immédiatement reclassés. Nous y travaillons. Présentement, il ne reste pas moins du millier à reclasser parce que nous recrutons presque 2.500 à 3.000 corps émergents par an, maîtres contractuels et professeurs compris avec un taux d'admission très élevé. L'année dernière, lors de l'examen formation diplômante organisé dans toutes les académies du pays, le taux d'admis dans chaque académie n'était pas moins de 90 %. Et tous les deux à trois mois, nous traitons des dossiers à notre niveau. C'est même notre lot quotidien.

Votre prédécesseur avait fait face à des cas de fraudes. Sous votre magistère, la presse relate déjà certains cas. Qu'en dites-vous ?

En fait, cela a été une mauvaise information. Et ce que vous évoquez s'est passé à Kolda qui avait même été relayé par une certaine presse évoquant qu'il y avait des enseignants qui sont payés à ne rien faire. Non ! A Kolda, il n'y a que deux vacataires, l'un est vacataire, l'autre professeur contractuel. L'un a démissionné, il est à l'étranger, l'autre s'est inscrit dans une école d'enseignement supérieur après avoir été recruté. Ces deux cas ont été identifiés. L'un est naturellement rayé au niveau des états de paiement au niveau de l'académie de Kolda. L'autre, qui s'était inscrit dans une école d'enseignement, est retourné à Kolda lorsqu'on lui a coupé le salaire et il y est resté enseignant. Et sa situation a été reconsidérée. Voilà ce qui s'était passé.

Vous paraissez trop ambitieux. Avez-vous les moyens de vos ambitions ?

L'audit du fichier est tout à fait à notre portée, ce n'est même pas une question de coût, mais une obligation. Pour la formation, nous avons dans le pays onze écoles de formation initiale. Nous avons l'obligation d'encadrer l'enseignant, de le formater pour que l'argent investi ait suffisamment de résultats sur le terrain et dans les classes.

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