Libération (Casablanca)

Maroc: Court toujours - Akhenaton à Tanger

Par Mohammed BAKRIM

24 Juin 2008


La nouvelle édition du Festival du court métrage méditerranéen de Tanger démarre aujourd'hui. Plus de cent films sont au programme dont près d'une cinquantaine, émanant de 18 pays méditerranéens, inscrits en compétition officielle dont quatre films marocains.

Mais l'événement aujourd'hui, outre le cérémonial traditionnel qui marque une soirée officielle d'ouverture, c'est la projection d'un film culte de la cinématographie égyptienne, le court métrage Le paysan éloquent du regretté Chadi Abdessalam. Depuis quelque temps, le festival de Tanger a instauré une pratique cinéphile en dédiant la soirée d'ouverture à un court métrage qui est une référence en la matière. En 2007, le pulic était tout simplement fasciné par l'hommage rendu à Rossellini à travers son court La voix humaine. Ce soir donc, c'est un autre moment fort du cinéma avec ce paysan du Nil qui adresse une complainte au pharaon pour présenter ses doléances. Subjugué par l'éloquence du discours, le Pharaon met encore plus la pression sur sa victime, la fin justifiant les moyens et la fin n'étant autre que la beauté du verbe. Une métaphore de tout travail de création qui émane d'un parcours; une leçon de vie et une leçon de cinéma pour les centaines des courts métragistes du festival de Tanger.

Tanger leur permet ainsi de découvrir ou redécouvrir Chadi Abdessalam, emblème éternelle de la cinéphilie méditerranéenne. Chadi Abdessalam est mort en 1986, il avait signé un monument esthétique La Momie, film culte primé à Venise et à Carthage; une oeuvre d'auteur d'une grande richesse autour de la question de l'identité. Ce martyr du signifiant avait travaillé des années durant sur le projet de sa vie, Akhenaton, accumulant recherches et matériau. La mort et surtout l'ingratitude des producteurs ne lui ont pas permis de le voir se concrétiser. "C'est un travail extraordinaire; le scénario en lui-même est une oeuvre d'art", disent ceux qui avaient lu le script.

Ce n'est pas une surprise pour ceux qui connaissent le souci du détail et de la vérité historique qui a toujours animé le travail de Chadi. Il avait opté pour Akhenaton, héros d'une époque marginale dans l'histoire des Pharaons; époux de la très belle et célébrissime Néfertiti. Akhenaton fut aussi un homme politique d'envergure.

Le premier à prêcher le monothéisme, "en tant que souverain, il adopta une politique pacifiste pour lancer son message de tolérance, refusant d'employer les armes et la violence. Couronné sous le nom d'Aménophis IV, il quitta Thèbes et ses fastes monarchiques pour s'installer au milieu des paysans de la moyenne Egypte.

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Il entra tout de suite en conflit avec le puissant clergé Amon.

Il travailla à favoriser le culte unique au Dieu Aton. Il mena globalement une triple révolution politique, religieuse et culturelle. Dans l'esprit de feu Abdessalam, il s'agit de restituer cette réalité comme une vérité historique. D'où son investissement intellectuel et scientifique dans une recherche pointilleuse.

Le fruit étant un véritable trésor de notes et de croquis: Abdessalam fut un véritable architecte, doublé d'un décorateur, voire d'un costumier. C'est Akhenaton du cinéma. Tout un programme artistique et culturel que l'on peut lire déjà dans Un paysan éloquent.

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