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Ethiopie: Les citadins pauvres n'ont pas les moyens d'acheter à manger


Inter Press Service (Johannesburg)
 

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Inter Press Service (Johannesburg)

INTERVIEW
26 Juin 2008
Publié sur le web le 27 Juin 2008

Michael Deibert
Addis-Abeba

Interview avec Abera Tola, directeur du bureau régional d'Oxfam pour la Corne de l'Afrique

L'Ethiopie, un pays de 80 millions d'habitants, a été le lieu de la famine et de la sécheresse tout au long de son histoire tumultueuse. Provenant d'une multitude de causes et souvent entretenue par l'instabilité politique, la famine dans ce pays en 1984-1985, par exemple, a fait plus d'un million de morts et a servi d'impulsion pour les concerts de collecte de fonds de Live Aid aux Etats-Unis et au Royaume-Uni.

Aujourd'hui, l'Ethiopie, une fois de plus, est au bord d'une grande crise alimentaire, avec le Programme alimentaire mondial (PAM) qui estime actuellement que, des 80 millions de citoyens éthiopiens, 3,4 millions auront besoin d'aide alimentaire d'urgence de juillet à septembre. Ceci s'ajoute aux huit millions qui bénéficient actuellement d'une assistance.

Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a affirmé que la pénurie alimentaire que vit le pays cette année est la plus grave depuis 2003, lorsque les sécheresses avaient obligé 13,2 millions de personnes à chercher de l'aide alimentaire d'urgence.

Le correspondant de IPS, Michael Deibert, s'est entretenu à Addis-Abeba avec Abera Tola, directeur du Bureau régional d'Oxfam Amérique pour la Corne de l'Afrique, afin d'entendre ses éclairages sur la dernière crise alimentaire de l'Ethiopie.

Pourriez-vous décrire la crise alimentaire actuelle en Ethiopie?

Nous avons une pénurie alimentaire, une sécheresse et une famine, qui sont toutes des choses différentes. Au plan national, nous avons une pénurie alimentaire en Ethiopie, que la sécheresse a également aggravée.

Pendant la moisson en janvier et en février, le prix du maïs était seulement de 180 birrs (un dollar équivaut à environ dix birrs éthiopiens), mais actuellement il est de 500 birrs. Et le 'teff' (un type de céréale utilisée pour fabriquer le pain spongieux caractéristique de l'Ethiopie, l'injera), coûtait 400 birrs en février, et maintenant, il coûte 1.000 birrs. Qui peut payer cela? Voilà maintenant la grande question.

Si vous allez dans les régions d'intervention du programme Oxfam, vous pouvez voir que les agriculteurs sont bien, au moins ils ont des céréales et quelque chose à manger emmagasiné à l'écart, ils peuvent avoir un surplus pour envoyer au marché. Mais les plus touchés dans ce pays sont en réalité les pauvres des villes, plus que les pauvres des zones rurales. Les citadins pauvres doivent avoir un revenu pour acheter les céréales, mais ce revenu fait défaut. Dans la ville d'Addis-Abeba, d'environ quatre millions d'habitants, plus de 80 pour cent vivent avec moins d'un dollar par jour. Comment peuvent-ils se procurer de la nourriture?

Nous avons vu l'effort du gouvernement dans la distribution du maïs à un prix plus bas, environ 300 birrs, mais nous croyons qu'il faut faire davantage pour soutenir les pauvres.

Comment qualifieriez-vous les efforts du gouvernement éthiopien consentis jusqu'ici face à la crise?

Certaines mesures prises, telles que ne pas autoriser l'exportation des céréales, auraient pu aider. De plus, vous avez du maïs et du blé dans les magasins du gouvernement, qu'ils sont en train de distribuer. Il y a des efforts, ces efforts sont réellement appréciés, mais il faut faire davantage. D'autres politiques relatives aux problèmes de la pénurie alimentaire doivent voir le jour.

Nous avons des terres arables en Ethiopie, mais ce sont les investissements qui font défaut, en particulier dans le domaine des infrastructures. Il n'y a pas de routes, d'électricité et les investisseurs ne sont pas disposés à aller faire de l'agriculture. Les investisseurs ne sont pas encouragés à venir en Ethiopie et à se lancer dans le secteur agricole.

La faim est évidemment un thème récurrent de la vie en Ethiopie. Que pensez-vous être les causes fondamentales sous-jacentes de cette situation?

Nous devons avoir de bonnes politiques, stratégies pour s'attaquer réellement à la pauvreté en Ethiopie. Chaque année, nous vivons dans une région de sécheresse cyclique et de pénuries alimentaires. L'année dernière, nous à Oxfam avons mobilisé trois millions de dollars, et l'année précédente, nous avions mobilisé la même somme d'argent, et nous faisons cela avec de maigres ressources. S'il y avait une stratégie gouvernementale qui aborderait les causes premières, nous serions plus que contents à collaborer avec le gouvernement.

Pourquoi les agriculteurs ruraux ne produisent-ils pas des vivres comme ils le faisaient avant?

Il y a beaucoup de problèmes à ce niveau. Ils produisent, mais un agriculteur qui possède deux ou trois hectares produit 20 quintaux de teff (un quintal équivaut à 100 kilogrammes); comme vous pouvez l'imaginer, le ménage en Ethiopie est composé environ de six ou sept membres. Pour nourrir sa famille, l'agriculteur a besoin de plus de la moitié de cela. Ce qu'il peut apporter au marché est d'environ cinq quintaux.

Maintenant, il n'apportera pas tous les cinq quintaux au marché au même moment parce qu'il doit spéculer. Bien entendu, il y a certains facteurs sociaux qui le poussent à vendre pendant la récolte. Il doit payer pour son engrais, il doit envoyer ses enfants à l'école et acheter des uniformes et des cahiers, mais après cela, il essayera de garder le reste et attendre le marché. Et ainsi le prix monte.

Que pensez-vous être le plus grand problème de développement auquel l'Ethiopie est confrontée aujourd'hui?

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Vraiment, là encore, la crise alimentaire, et par extension, la crise énergétique. Nous avons la chance d'avoir de l'électricité aujourd'hui, mais demain, nous ne nous attendons à rien. L'énergie étant synonyme non seulement de pétrole, mais dans les zones rurales où nous avons 80 pour cent de la population, ils utilisent du bois de chauffage. Là-bas, ils doivent couper des arbres, et la déforestation du pays est vraiment alarmante, c'est à environ 30 pour cent maintenant. Il devrait y avoir une politique pour mettre fin à cela. Les agriculteurs pauvres devraient être encouragés à planter des arbres et récompensés de l'avoir fait.



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