L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Burkina Faso: Cités universitaires - Ambiance avant expulsion

Face à la crise qui secoue depuis quelques jours l'Université de Ouagadougou, les autorités ont haussé le ton, en mettant fin à toutes les activités du Centre national des oeuvres universitaires (CENOU). Aussi, un ultimatum a été donné aux étudiants pour vider les cités. Ambiance sur les lieux à quelques heures de ce délai, qui était de rigueur.

Le 24 juin 2008, une note du directeur général du Centre national des Å"uvres universitaires (CENOU), Robert Sangaré, informait les étudiants que "sous réserve de la reprise des cours le mercredi 25 juin, tous les restaurants universitaires (R.U.) sont fermés pour compter du même jour jusqu'à nouvel ordre".

Quatre jours plus tard, soit le 28 juin, une autre note du DG du CENOU leur annonçait que, conformément à l'arrêté ministériel en date du 27 juin, portant sur la fermeture de l'université de Ouagadougou et de Ouaga II, toutes les prestations, à savoir l'hébergement, la restauration, le service de santé, l'assistance sociale, les activités socioculturelles et le CODE, sont suspendues jusqu'à nouvel ordre.

Très vite, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Et les étudiants commencent immédiatement à faire leur paquetage pour respecter le délai de rigueur, fixé au dimanche 29 juin à 18h. Il est 9h 15 ce jour-là lorsque nous arrivons à la cité universitaire de Dassasgho, un R+2 accueillant essentiellement les filles, communément appelé cité IMO ou Immeuble Madame Ouédraogo, du nom de la propriétaire du bâtiment, une dame qui habite dans les environs.

A l'entrée principale, une étudiante, sourire aux lèvres, devise bras dessus bras dessous avec un jeune, venu chercher ses bagages. Elle semble avoir eu un point de chute ; normal donc qu'elle ait une mine réjouie. A côté du couple, une autre, le portable à l'oreille, tente difficilement de joindre son correspondant. "Allô papa, allô... papa... merde !" l'entend-on dire.

Elle recompose un numéro. La communication est établie cette fois-ci. "Papa, le gouvernement vient de fermer l'université et les cités jusqu'à nouvel ordre. Je vais donc prendre le car pour Bobo. Il faut envoyer de l'argent pour que je puisse arriver au moins à Bouaké..."

Vous l'aurez compris, cette étudiante burkinabè réside en Côte d'Ivoire et n'a d'autre choix que de rejoindre ses parents à Abidjan. A son instar, ils sont nombreux, ceux qui, à défaut d'un logeur sur place, sont obligés de rentrer chez eux à l'extérieur ou en province.

La mesure de fermeture des cités universitaires est tombée comme un couperet et a semé la panique chez les étudiants. A l'IMO en cette matinée du 29 juin, les unes et les autres s'affairaient à plier bagages depuis qu'elles ont reçu la consigne de vider les lieux, dans un premier temps par la voie des ondes, ensuite par voie d'affiche.

Assana Zerné, déléguée de cette cité, déplore cette décision du gouvernement. "Agir de la sorte, c'est pousser les filles à certaines choses parce qu'il y a beaucoup qui n'ont personne à Ouagadougou. Et pour ne rien arranger, les bourses, les aides et les prêts sont coupés.

Qu'allons-nous faire !" s'exclame-t-elle, la voix étouffée par la colère. "Les garçons taquinent les étudiantes en se proposant de les héberger. Ils plaisantent, mais cela traduit une triste réalité".

Ses camarades, Mariam Keita et Ramata Sanou, respectivement en géographie II et Lettres modernes I, indiquent qu'elles vont rester 48h chez des amies avant de partir à Bobo, où vivent leurs parents. "Je n'ai même pas l'argent pour le ticket. Je serai obligée de voyager à crédit ou de m'endetter", déclare une d'entre elles.

Pendant que cette dernière raconte sa galère, une autre vient se plaindre de ce que la décision est injuste, dans la mesure où certaines d'entre elles ont payé intégralement leur loyer annuel. "C'est un contrat de bail qu'on a signé. En début d'année, j'ai réglé la totalité de la location de la chambre. J'ai également cotisé pour la mutuelle de santé, et aujourd'hui on me prive des services de santé" dit-elle, amère.

Pour la déléguée de la cité IMO, le président de l'université n'a pas suffisamment écouté les étudiants sinon la crise n'aurait pas atteint cette ampleur. Elle dénonce la mesure, qu'elle trouve trop sévère. "En plus, soutient-elle par ailleurs, il s'agit de problèmes concernant deux unités de formation et de recherche. Pourquoi sanctionne-t-on tout le monde ?"

Avant la fermeture des cités, les restaurants universitaires n'étaient pas fonctionnels. Cela a été durement ressenti sur les étudiants. La nouvelle mesure complique donc davantage leur situation, déjà précaire. A la cité universitaire de Zogona, c'est la même ambiance avant l'expulsion.

A notre arrivée, nous croisons Alexandre Bayala, un prévenu lors du récent procès des étudiants, qui a été relaxé. Il attachait ses bagages derrière un engin.

"J'ai eu l'information par l'intermédiaire d'un avocat le jour même de notre jugement que nous serions vidés des cités. J'ai donc pu préparer le terrain. Je vais de ce pas chez une cousine à Kalgondé, juste pour une semaine. Ensuite, je rentre à Abidjan". Ça bougeait dans tous les bâtiments de la cité, qui rassemblait à un abri de réfugiés.

Documents, sacs, ustensiles de cuisine, poste de radio, téléviseur, tout est rangé dans la précipitation pour quitter les lieux. Zudahont Moné, 3e année de psychologie, est le délégué de la cité de Zogona. "Dès l'annonce de la mesure, explique-t-il, les délégués se sont immédiatement réunis pour entrer en contact avec le DG du CENOU, qui a dit qu'il a reçu l'ordre y afférente de la hiérarchie.

Nous nous sommes alors répartis en deux groupes pour aller rencontrer le Larlé Naaba et l'aumônier principal de la Rotonde. Le Larlé Naaba nous a envoyés chez le Baloum, qui, lui, nous a introduits chez le Mogho Naaba. Nous avons exposé nos problèmes au Roi des Mossés, qui a promis de faire quelque chose".

Puis, il s'en prend aux autorités, qui font des amalgames entre les problèmes académiques et les Å"uvres universitaires. "D'ailleurs, ceux qui sont en cité sont pour la plupart des cas sociaux. Où irons-nous ? Finalement, nous sommes des réfugiés dans notre propre pays. Personnellement, je ne sais pas où aller".

Face à la situation, les "réfugiés", comme ils se nomment eux-mêmes, ont décidé de se retrouver à l'Action sociale ce matin même pour qu'on examine leur cas.


Copyright © 2008 L'Observateur Paalga. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire — ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 130 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations d' AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

Comments Post a comment