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Sénégal: Antoine et Antonin Kété - En quête d'une musique africaine nouvelle
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Wal Fadjri (Dakar)
30 Juin 2008
Publié sur le web le 30 Juin 2008
'Pas d'argent, pas d'art', avait dit Robert Schumann, figure musicale d'un romantique passionné, sur un ton qui se voulait sans appel. Cette sentence, célèbre puisque de référence, le pianiste Antoine Kété s'est plu à la répéter sur le même élan, sous l'oeil approbateur de son frère jumeau Antonin, violoncelliste du duo formé par les deux musiciens sénégalais d'origine togolaise.
Au soir de leur commune existence toute dédiée à la musique, alors que le film de leur vie de jumeaux, dans la vie et dans l'art, fait défiler gains et projets manqués d'un pari qu'ils ont fait sur la reconnaissance d'une musique classico-africaine, Antoine et Antonin, 70 ans, se préparent pour l'enregistrement d'un premier Cd de musique classico-africaine. Un dernier baroud d'honneur, un combat qui va décider de leur destin et de ce que la postérité va retenir d'eux, va tirer de leur vie.
Dans le but d'acquérir les fonds nécessaires à l'enregistrement de ce Cd, pour eux la suprême priorité du moment et de toujours, les frères Kété et Mbaye, du nom du batteur de djembé sénégalais Abdoulaye Mbaye qui complète le trio magique, ont organisé vendredi à l'hôtel Savana une soirée 'fund raising', destinée à collecter les 15 millions de francs Cfa nécessaires à la réalisation de leur projet.
Organisée en collaboration avec différents ordres (des avocats, des architectes, des chirurgiens, des pharmaciens, etc.), la manifestation a volontairement ciblé des catégories professionnelles qui 'ont de l'argent' et qui peuvent assurer et s'assurer du suivi de l'appui qu'ils peuvent apporter, a expliqué Antoine Kété dans un entretien à l'Aps.
'La maquette du Cd est prête. Seul l'argent nous manque pour finaliser l'oeuvre', a indiqué le pianiste, insistant sur la nécessité pour le continent africain d'être présent dans 'l'espace de la musique universelle classique'. Pour Antoine et Antonin, il s'agit là d'un moyen d'aller à la redécouverte d'un patrimoine musical africain pour l'occasion calibré et nouvellement dimensionnée, à travers leur concept de musique classico-africaine, dont ils sont à la fois les légendaires représentants et les avocats infatigables.
Le fil d'Ariane qui mènerait à cette musique classico-africaine qui reste à prouver, part des maîtres classiques (Bach, Beethoven Chopin), pour impulser 'une nouvelle ère musicale africaine tout en faisant émerger les contours et les sous-entendus de la richesse d'une musique classique longtemps restée fermée au public africain'.
Tout un programme. C'est que pour les frères Kété et Mbaye, la musique classico-africaine se présente comme 'le mariage de la musique classique pulsée d'une rythmique africaine, dans la seule perspective d'introduire la sensibilité et l'esprit africains dans le respect classique'.
'L'Afrique sur orbite'
'Ce Cd va mettre l'Afrique sur orbite. Il faut qu'il soit entendu' et 'si on ne le sort pas, c'est comme si tout ce qu'on fait ne sera pas rentabilisé', disent-ils en choeur, en se présentant comme la 'locomotive' d'un projet qui ne concernerait les autres Africains que sous la forme d'une sorte d' 'impensée musicale'.
Sénégalais selon le coeur et le vécu, les frères Kété, Togolais d'origine et de naissance, ont été recueillis à Dakar par les soeurs de l'Immaculée Conception et baptisés à Sacré-Coeur. Par la grâce d'un destin si singulier, ils ont été initiés à la musique dès le berceau, si on peut dire, par une soeur, Marie Monique, qui chantait les airs des grands maîtres et un prêtre qui jouait de l'orgue. Les jumeaux seront par la suite comme confirmés dans leur vocation après des études musicales effectuées à Dakar, puis en France, notamment au Conservatoire national de Versailles.
Après la formation théorique, il s'en est suivi 15 autres années d'initiation, sous l'influence de grands maîtres violoncellistes (André Navarra, Reine Fiachot et André Lévy) et pianistes (Digat, Alfred Corthot et Thiberge années d'initiation. A cela, il faut ajouter les 48 ans de présence des jumeaux sur la scène, qui ont permis de mûrir cette idée au moins pendant trente ans.
Cela fait que leur projet de transformer la musique populaire africaine en musique classique ne peut relever d'uns soudaine illumination artistique, mais découle surtout de recherches, d'expériences multiples et personnelles du trio qui veut servir de 'modèle de référence dans un univers fortement occidentalisée'.
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'Les gens pensaient que c'était impossible que des nègres jouent de la musique comme des Européens', dit Antonin, en évoquant un défi implicite, toujours lancé aux Africains entre les lignes de force d'un racisme latent.
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