Port Louis — Suivant les pistes indiquées par Catherine Servan-Schreiber, nous reproduisons de larges extraits de «Les Indo-Mauriciens en France, au carrefour des diasporas». Communication d'Anouck Carsignol, doctorante à l'Institut des hautes études internationales ( IUEI), Genève, et à l'Inalco, Paris, publiée dans le double volume de «Hommes&migrations» en date de juillet-octobre 2007.
Un thème proche des interventions initiales de Catherine Servan-Schreiber, qu'elle s'est abstenue de traiter, estimant que ce n'était pas éthiquement possible en l'absence de l'auteur de ces lignes.
« Peu visibles, souvent assimilés aux membres des communautés indienne, pakistanaise ou srilankaise installées en France, les Indo-Mauriciens passent inaperçus au sein de la diaspora indienne. Ils conservent néanmoins leurs spécificités, notamment une identité à la fois insulaire et à dimension universelle, ( )»
En France, les Indo-Mauriciens en contact avec les membres de la diaspora indienne leur font bénéficier de leur connaissance de la langue et de la culture française, et contribuent en retour à valoriser la culture indienne auprès d'un public élargi(...)
En contact permanent avec une multitude de référents religieux, linguistiques ou culturels, les Indo-Mauriciens sont en effet familiers de la notion d' «unité dans la diversité». Leur capacité à se mouvoir dans un environnement pluriel tout en préservant leur identité indienne constitue un atout majeur lors de leur installation en France, en élargissant leur champ d'interactions sociales et en multipliant leurs opportunités économiques.
L'arrivée en France des premiers Indo-Mauriciens à partir des années soixante-dix a été marquée par un fort activisme politique suivi par un repli identitaire éphémère. Depuis les années quatre-vingt, les associations mauriciennes se distinguent par une volonté d'ouverture sur la société française et d'échanges avec les groupes issus de l'immigration, au premier rang desquels figure la diaspora originaire du sous-continent indien.
Etant donné leur statut socio-économique et leurs aspirations professionnelles, et en l'absence de données chiffrées, il est raisonnable de penser que les Indo-mauriciens constituent près de la moitié de la population mauricienne établie en France. Leur répartition spatiale est principalement liée aux réseaux informels d'émigration et aux opportunités d'emploi.
La communauté mauricienne tamoule d'Alsace illustre le fonctionnement de ces chaînes migratoires : le premier immigrant mauricien, un médecin tamoul installé à Strasbourg en 1970, a fait venir ses proches qui, à leur tour, ont parrainé parents et amis. Aujourd'hui, les tamouls constituent la majorité des Mauriciens du Bas-Rhin et se retrouvent notamment à Hautepierre.
De la même façon se sont rassemblés hindous, musulmans d'origine mauricienne à Bobigny ou à Drancy, en Seine-Saint-Denis. Peu nombreux, les Indo-Mauriciens sont d'autant moins visibles qu'ils sont souvent pris pour des Sri Lankais, des Indiens ou des Pakistanais.
Si les «quartiers mauriciens» de Paris ou de Strasbourg révèlent à l'observateur attentif la présence indo-mauricienne, leur vocation reste avant tout commerçante, les lieux d'habitation et les associations étant dispersés en proche banlieue.
Insertion professionnelle
L'insertion professionnelle des Indo-Mauriciens est, dans une large mesure, facilitée par les compétences qu'ils ont acquises dans l'île (...), les Indo-mauriciens ont pu se faire embaucher dans les quartiers des gares, traditionnels bastions du commerce ethnique. A leur arrivée, ils ont obtenu un emploi dans les services, la restauration et la confection ou dans les usines de production et de transformation de métaux à Strasbourg, Lille, Le Havre et Marseille.
Ces emplois leur ont parfois servi de tremplin vers une activité commerciale indépendante, vers l'accès à des postes de responsabilité dans la fonction publique ou le secteur privé. Les femmes ont souvent débuté par une première expérience de couturière auprès d'employeurs juifs ou ont été recrutées comme aides-domestiques.
Quant aux étudiants indo-mauriciens, ils sont installés à Paris, Lyon, Strasbourg, Bordeaux ou Montpellier, où ils ont développé des associations, comme les Etudiants mauriciens de Lyon-Rhône-Alpes. Elles participent activement à la promotion de la culture mauricienne et visent à faciliter l'intégration des nouveaux venus en France. Du fait des migrations «en chaîne», du bassin d'emploi de l'Ile-de-France et de l'attractivité des universités de la capitale, la région parisienne regroupe à elle seule les deux tiers de la population mauricienne en France.
Les années qui suivent l'installation des Indo-Mauriciens en France sont marquées par une forte visibilité médiatique, du fait de leur engagement politique en faveur de la régularisation des sans-papiers. En 1973 et 1974, les premiers arrivants, en grande partie clandestins, participent à plusieurs grèves de la faim et contribuent à la fondation du Mouvement des travailleurs mauriciens ( MTM).
Leur militantisme s'inscrit dans la continuité de leur engagement à Maurice ( ) Les Mauriciens s'unissent et s'associent aux Maghrébins, Africains et Pakistanais, pour obtenir un droit de séjour. Les distinctions ethniques et religieuses si présentes à l'île Maurice, perdent leur intérêt sur le territoire français où tous les immigrés sont traités d'égale manière par les autorités. L'exil, la précarité et la situation de minorité ont fait prendre conscience aux Mauriciens de leur identité commune ( )
A partir de 1981 en France, le droit de fonder une association est étendu aux personnes issues de l'immigration. Cette mesure s'accompagne d'une multiplication du nombre d'associations indo-mauriciennes de type communaliste.
Le militantisme politique des primo-arrivants fait place à une mobilisation sur une base religieuse et communautaire et les regroupements tels que l'Association des hindous mauriciens de France, l'Association franco-hindoue mauricienne, l'Association des musulmans mauriciens de France (...) La structure des associations incite les Indo-Mauriciens à reconstituer les clivages socio-religieux en cours à Maurice : musulmans et hindous ne fréquentent plus les mêmes magasins d'alimentation ( ) les stratégies matrimoniales prennent de plus en plus en compte les affinités religieuses, les médias mauriciens s'adressent exclusivement à certaines communautés, lesquelles tournent le dos à une mauricianité commune pour s'identifier à un groupe confessionnel plus large, qu'il soit musulman, hindou, tamoul ou catholique ( )
Les soirées dansantes sont l'occasion de retrouvailles entre Mauriciens(...) le séga n'en demeure pas moins fédérateur et apprécié de tous ( )
Les Mauriciens restent attachés à la nourriture de leur pays et certains viennent de loin pour se ravitailler dans les épiceries et boutiques du 10e arrondissement parisien ou du quartier de la gare, à Strasbourg.
Des connaissances encyclopédiques. Sans doute. Un CV académique. Qui dit tout. Sauf que les interventions de Catherine Servan-Schreiber nous ont laissé sur notre faim. C'est une vérité universelle. Le public aime bien qu'on lui parle de lui-même. Aussi grande que soi sa soif de la découverte, il est en empathie avec le connu, les gens qui lui ressemblent, le monde fait à son image.
C'est d'ailleurs ce qui était initialement prévu. Plus explicitement encore, dans le cas du rendez-vous prévu mercredi au centre culturel français Charles Baudelaire : Les Indo-Mauriciens en France, une minorité comme une autre ? Sauf qu'une fois installée devant le public, la conférencière devait annoncer le changement de thème pour des raisons d'éthique académique.
C'est sans doute à son honneur, même si nous n'en goûtons pas toutes les subtilités. Et que cela a laissé l'auditoire sur sa faim. Surtout quand Catherine Servan-Schreiber choisit de parler des Indiens en France à l'époque de la Première Guerre mondiale. Sans véritablement donner de réponses quant à la situation actuelle.
Surtout quand Catherine Servan-Schreiber se permet de dire, en réponse à une question : « Il fallait venir à l'ambassade ». Alors que ce n'est pas le même public, que les invités y sont triés sur le volet. Et que cette remarque est tout bonnement déplacée. Car ceux qui étaient à la résidence de France ont remarqué qu'elle avait l'air perdue entre ses notes manuscrites et la revue «Hommes & migrations» dans laquelle elle a abondamment puisé pour son exposé.
Car ceux qui étaient à Floréal sont revenus le lendemain à Rose-Hill en se disant que cette fois elle parlerait du thème convenu. Mais il n'en fut rien.

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