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Afrique: « Les chefs d'Etat débattent sur la base des dossiers préparés »


Cameroon Tribune (Yaoundé)
 

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Cameroon Tribune (Yaoundé)

INTERVIEW
30 Juin 2008
Publié sur le web le 30 Juin 2008

Raphaël MVOGO

Joseph Vincent Ntuda Ebodé, chef du Centre de recherche d'études politiques et stratégiques de l'Université de Yaoundé II.

Zimbabwe, crise tchadienne, Somalie, crise alimentaire, etc. Forcément, le sommet de l'Union africaine qui s'ouvre ce lundi à Charm el Cheikh, en Egypte, est un sommet de crises. Quelle lecture en faites-vous ?

Evidemment, c'est un sommet de crises. D'ailleurs, la crise n'est pas seulement à percevoir d'un point de vue péjoratif. Elle est aussi la manifestation des dynamismes politiques. Je crois que la mission du politique, c'est de régler les crises. Dans une société sans crise, le politique n'a plus le droit d'être. Malheureusement, beaucoup de gens ne perçoivent pas l'affaire de cette manière.

L'on a toutefois envie de dire que le chemin de l'Union africaine reste long en matière de gestion des conflits

Effectivement, le chemin de l'Union africaine reste long. Ceci d'autant plus que beaucoup de gens méconnaissent le fait que l'Union africaine est une institution interétatique. C'est-à-dire la force de l'Union africaine réside sur les Etats. A partir du moment où on n'a pas mis à sa disposition les moyens permettant de résoudre tel ou tel problème, elle ne peut pas le faire. Je voudrais par là dire que lorsque les Etats décident d'agir de telle ou telle manière, comme cela a été le cas aux Comores, l'Union africaine devient forte. S'ils ne sont pas d'accord, elle ne peut être que le reflet des divisions politiques interétatiques.

Comment analysez-vous le silence du président de la Commission de l'Union africaine, Jean Ping ? Partagez-vous l'opinion selon laquelle il est la voix de ses maîtres et il a une marge de manoeuvre étroite, contrairement à son prédécesseur ?

Je crois que ce que je viens de dire signifie à peu près la même chose. Le président de la Commission ne peut parler que lorsque les Etats qui forment l'Union africaine ont déjà arrêté des positions. N'oubliez pas que l'Union africaine n'a ni territoire, ni population. Ce qui fait la force des Etats, c'est que chacun a un territoire et une population. N'oubliez pas que l'Union africaine n'a pas le droit de prélever les impôts, alors que les Etats ont ce droit. L'Union africaine vit donc des impôts que les Etats prélèvent sur leur propre population et lui reversent. Cela signifie donc qu'elle a une autonomie très relative par rapport aux Etats.

S'agissant particulièrement du « cas Mugabe », si l'on peut s'exprimer ainsi, quelle interprétation faites-vous du silence de l'Union africaine ?

On ne peut interpréter le silence de l'Union africaine qu'en le comparant au silence des Etats. Parce que comme je viens de le dire, l'Union africaine est une caisse de résonance qui, de manière générale, doit donner la position panafricaine. Et lorsque cette position n'a pas encore de manière officielle été donnée, l'Union africaine ne peut pas indiquer. C'est le premier point de vue. Le deuxième point de vue est que le Zimbabwe se trouve dans une sous-région, qui s'appelle la sous-région SADC de l'Afrique australe. En réalité, les Etats de cette sous-région sont les premiers concernés lorsqu'un problème se passe de ce côté-là. Et il appartient donc à la SADC de donner une position commune pour que les autres pays africains plus éloignés de cette situation voient clair. Cela signifie donc que l'Union africaine ne peut pas véritablement donner une position tant qu'elle ne connaît pas quelle est la position des Etats de la sous-région et quelle est la position de l'ensemble des Etats au niveau continental. C'est en ce temps-là qu'elle officialise la position telle que perçue par les Africains.

Sans pour autant l'absoudre, est-ce que ce qui est qualifié de dérive totalitaire de Robert Mugabe ne se justifie pas quelque part par le non-respect des accords de Lancaster par les propriétaires terriens blancs du Zimbabwe ?

Il est évident qu'une partie du problème du Zimbabwe vient du non-respect des accords qui ont été passés au moment des indépendances. Je crois que là aussi, il faut insister. Parce que beaucoup de personnes semblent l'oublier. Je crois d'ailleurs que pour comprendre la solidarité d'un certain nombre de pays africains avec le régime zimbabwéen, il faut repartir de ces origines. Il y a eu des promesses qui n'ont pas été tenues.

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C'est-à-dire que trente ans après, on n'a pas toujours financé ce qui devait être financé pour que les Noirs aient accès aux terres qui leur ont été arrachées. Et de ce point de vue, je crois que c'est un problème de fond qui se pose en Afrique, mais essentiellement en Afrique australe. C'est-à-dire que l'Union africaine va lire ce qui se passe au Zimbabwe et saura ce qui se passera dans les années à venir en Afrique du Sud.



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