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Sénégal: Des acceptions de la musique
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Le Soleil (Dakar)
BILLET
30 Juin 2008
Publié sur le web le 30 Juin 2008
Bernard Bangoura
L'adoption de la date du 21 juin, dédiée spécialement à la musique, représente un légitime aboutissement d'une reconnaissance institutionnelle des valeurs intrinsèques à cet art qui englobe un sens plus large que la simple dimension de divertissement à laquelle la conception populaire reste le plus souvent attachée.
Le culturel et le patrimonial
L'on ne saurait, en partant de références historiques exactes, affirmer avec précision les origines de la pratique de la musique ; cependant on associe sa genèse et les balbutiements de sa formulation primaire à l'apparition des éléments - constituantes sonores de la nature et aux activités et événements sociaux qui rythmaient la vie des premiers peuples de traditions musicales.
Par le fait qu'elles regroupent une pluralité ethnique dans un espace commun, et par l'adoption d'actes individuels et collectifs (nation) pour s'y reconnaître, les traditions musicales comportent naturellement une dimension patrimoniale construite, entre autres bases, sur le concept de l'authenticité culturelle.
Les sciences furent à l'origine de l'établissement (reconnaissance) de cette authenticité culturelle contenue dans les diverses expressions populaires, pour lesquelles la conception classique accordait simplement un contenu artistique. Sur le champ social, en l'absence de l'anthropologie, de l'ethnologie et plus récemment encore de la sociologie, la musique, malgré son encrage à la société, bénéficiait surtout d'une définition la classant aux confins d'activités de loisirs.
Au Sénégal et d'une manière générale en Afrique, même si la production musicale pouvait être liée à une chaîne d'activités englobant des situations autres que divertissantes à l'exemple de chants funèbres ou sacrés, on accordait une part importante à la musique festive. Le nombre considérable de percussions, instruments essentiellement rythmique, atteste ce fait. L'idée sous - jacente de glisser en donnant à ces productions sonores une importance culturelle moindre, voire de ne pas leur accorder de manière formelle un rapport avec la culture, est restée vive pendant longtemps du fait même de l'absence d'une explication scientifique.
Des ethnologues africanistes furent les premiers scientifiques à porter un intérêt sur la musique du continent, après avoir hautement considéré son poids culturel dans la vie des sociétés faisant l'objet de leurs études1.
Cependant, comme c'était le cas en Europe au début du XIXe siècle, avec la musicologie qui a permis la redécouverte de nombreux chefs d'oeuvres anciens injustement oubliés2, et l'établissement de patrimoines musicaux considérables, les anthropologues africanistes ont mesuré l'essence orale des sociétés, faisant l'objet de leurs études et la place que ces dernières accordaient à la musique comme fait culturel.
C'est dans une situation d'ignorance intellectuelle du phénomène sonore, que l'anthropologie et l'ethnologie ont construit une science, en l'occurrence l'ethnomusicologie, dont le préfixe comme le note John Blacking « est toutefois utile en ce qu'il sert à rappeler que toute musique est une musique ethnique, puisqu'elle est un fait social dont les formes et les exécutions font partie des traditions culturelles d'une vie sociale3 ».
L'ethnomusicologie s'attachera donc à étudier la musique des divers groupes ethniques et communautés culturelles du monde entier, et comme le précise J. Nattiez, « elle est non seulement une branche de la musicologie, mais aussi de l'anthropologie ou de l'ethnologie4 ».
Les travaux d'ethnomusicologues, d'abord établis en situation de collecte sur le terrain avant leurs analyses et exploitations en laboratoire, exigent une démarche rigoureuse. L'objectif est de mesurer avec justesse le poids de la musique dans la vie culturelle de la société étudiée et implicitement la reconnaissance de l'acception culturelle de l'objet musical.
Il s'agit, pour l'ethnomusicologue, de mesurer selon le milieu (règles sociales), la situation ou le moment (d'autres critères pourraient s'ajouter), la méthode à adopter et son degré d'implication et de non implication. L'étude faite par D. Sapir5 sur la musique sacrée des diolas fogny du sud du Sénégal, montre ce referant culturel accordé par l'ethnie à ses chants funèbres et la fonctionnalité même de la musique et des instruments dans ce contexte de production sonore traditionnel.
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L'oeuvre pionnière des ethnomusicologues a contribué à une prise en compte de plus en plus grande par les institutions, de la dimension patrimoniale de la musique.
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