Maïmouna Gueye
30 Juin 2008
Consultations Douleurs, saignements, grossesses, pertes blanches, règles abondantes...
Dans la plupart des cas, c'est seulement quand elles souffrent que les Sénégalaises sollicitent un gynécologue. Et le plus souvent, le mal est déjà fait, car il fallait venir plus tôt. Hélas ! Ainsi, la spécialité médicale qu'est la gynécologie n'est pas encore entrée dans les moeurs au Sénégal.
Grossesse, douleurs, désir d'enfants, saignements. Généralement, c'est quand les femmes sénégalaises sont dans ces situations d'angoisse, qu'elles éprouvent la nécessité de consulter un gynécologue. Sinon constate amer le médecin-colonel Gorgui Diaw, gynécologue : « Nous avons malheureusement une société où les femmes, avant le mariage, ne vont jamais voir un gynécologue. Et après le mariage, sauf grossesse, elles ne viennent pas non plus. Ce n'est que quand elles ont des problèmes qu'elles viennent nous voir ». Il évoque ainsi des raisons culturelles et éducationnelles pour expliquer le fait que les Sénégalaises n'ont pas l'habitude de consulter un gynécologue. Des propos confirmés par des femmes interrogées qui avancent, comme raison, pour justifier leur non-fréquentation des cabinets ou services gynécologiques des hôpitaux, qu'elles ne veulent pas se déshabiller devant un homme.
Pour le Dr Gorgui Diaw, cela peut évidemment créer une gêne. C'est ainsi que pour mettre en confiance ses patients, il ne les déshabille jamais. Et pour cause : « La pudeur est importante dans notre société. Il faut respecter cela. Je crois qu'on peut consulter sans mettre à nu les femmes, sans les fragiliser. Les thérapeutes doivent le comprendre », explique-t-il. Donc, par respect à la culture, à la tradition, à l'éducation, il faut faire en sorte de ne pas heurter, suggère le gynécologue.
« Je ne déshabille jamais une femme. Cela n'a pas de sens. Chez nous, c'est délicat parce que cela bloque. Les femmes ne se déshabillent même pas devant leurs maris. Il faut respecter cela et avoir l'intelligence de contourner cette situation et petit à petit la confiance va s'installer », analyse le gynécologue qui soutient, par ailleurs, qu'après accouchement ou quand elles ne veulent plus avoir d'enfants, les femmes ne sentent plus la nécessité de consulter un gynécologue. Alors « qu'après 40 ans, elles peuvent rencontrer de sérieux problèmes gynécologiques », déplore Gorgui Diaw qui conseille aux femmes, au-delà de cet âge, de consulter chaque année un gynécologue, afin de préparer la pré-ménopause. Car, il est important, selon lui, que la femme soit aidée à vivre cette période. « Sinon les autres ne vont pas la comprendre. Et tout cela doit être pris en charge. Elle a des bouffées de chaleur, elle peut ne pas avoir envie de faire des rapports sexuels, parce que c'est douloureux », explique-t-il.
Pathologies graves motivant les consultations
Parmi les difficultés auxquelles les femmes sont le plus exposées et qui motivent l'essentiel des consultations dans les structures sanitaires, le gynécologue cite la douleur, les saignements, les pertes blanches, les règles abondantes, l'augmentation du volume du ventre. Et il n'hésite de parler de pathologies graves qui amènent les femmes à solliciter un gynécologue. L'exemple qu'il donne est relatif aux saignements. Selon lui, quand une femme saigne pendant une semaine, « tout le monde s'affole dans la maison ». En ce moment, c'est une raison valable pour la pousser à aller se faire consulter.
Le désir d'enfants qui n'est pas satisfait constitue aussi pour le médecin-colonel Gorgui Diaw un motif de consultations dans les services spécialisés des hôpitaux ou cliniques gynécologiques. Ainsi, après la douleur, il occupe une place de choix dans les consultations en gynécologie. Car, « au bout de deux ans de mariage, quand une femme n'a pas d'enfant, c'est la famille elle-même qui la pousse à aller s'enquérir de sa situation ».
Pour cette raison, le gynécologue affirme que la plupart des femmes qui viennent le voir veulent satisfaire un désir d'enfants, ou soigner un problème de fécondité ou de stérilité. Et, « c'est seulement en ce moment, quand on fait le diagnostic, qu'on découvre les vrais problèmes auxquels elles sont confrontées », confie-t-il.
Cependant, s'agissant de la stérilité, Gorgui Diaw indique qu'il s'agit d'une question complexe, car, selon lui, « une femme peut vivre sans avoir d'enfants, parce que Dieu l'a voulu ainsi ». Seulement, il avoue qu'il est possible de remédier à la stérilité d'une femme en recourant à des procédés simples.
Causes mécaniques, biologiques, psychologiques...Les racines du mal
Infections, dysfonctionnements ovariens, excès de prolactine, désir d'avoir un enfant à tout prix, perte de sang anormale d'origine utérine. Voici, entre autres, les sources des problèmes gynécologiques rencontrés par beaucoup de femmes.
Pour le médecin-colonel Gorgui Diaw, il existe trois grandes causes qui sont à l'origine des problèmes gynécologiques rencontrés par les femmes. Elles peuvent être mécaniques, biologiques ou psychologiques.
Selon lui, les causes mécaniques, qui sont très fréquentes, sont souvent la résultante d'une infection. Mais, elles peuvent également être dues à des synéchies (accolement des faces de l'utérus), ce qui diminue la cavité utérine et bloque la nidation. Pour le gynécologue, les synéchies sont plus difficiles à vaincre, ce qui justifie qu'elles traînent longtemps avant d'être maîtrisées.
Pour les causes biologiques, Dr Gorgui Diaw fait savoir qu'elles sont des conséquences hormonales. Selon lui, il peut y avoir des dysfonctionnements ovariens qui font que les choses sont bloquées au niveau des ovaires. Si un diagnostic précis est fait, les dysfonctionnements ovariens qui font partie des causes biologiques peuvent être facilement soignés.
Une autre cause biologique peut survenir en cas d'excès de prolactine (hormone di-ancéphalique qui commande la production de lait). Selon le spécialiste, cette hormone peut bloquer les deux autres cycles de la femme chez qui trois cycles sont superposés. Et quand il y a dysfonctionnement de l'un, il y a problème. En plus, l'excès de prolactine constitue une cause biologique de stérilité. Mais, « quand il y a disparition de cet excès, la femme peut tomber enceinte », précise-t-il.
Evoquant les causes psychologiques, le gynécologue confie : « Il y a des femmes qui, si elles sont mariées, veulent à tout prix tomber enceintes ». Mais, tempère-t-il : « Il faut que Dieu en décide ». Si le médecin-colonel Gorgui Diaw raisonne ainsi, c'est parce qu'il est convaincu que tomber enceinte, avoir un enfant est strictement du domaine divin. D'ailleurs, il n'hésite pas à avancer : « Mbirou dom, mbirou yalla la ! ». Malheureusement, certains médecins ne comprennent même pas cela. Résultat : « Souvent, malheureusement, on opère des femmes alors qu'elles n'ont rien », révèle le spécialiste.
En dehors de ces trois causes majeures qui justifient les consultations gynécologiques, il en existe d'autres qui ne sont pas moins importantes. On cite les métrorragies (perte de sang anormale d'origine utérine) qui sont souvent dues aux fibromes et au cancer de l'utérus, les grands kystes de l'ovaire. Selon le Dr Gorgui Diaw, l'ovaire a tendance à donner des cancers qui sont redoutables et difficiles à soigner.
Aujourd'hui, puisqu'on parle de plus en plus de cancer du sein, le sein constitue également un motif de consultation dans les structures de santé.
Sensibilisation pour le changement d'attitudes : La séduisante stratégie du médecin sans blouse
Pour sensibiliser les femmes à assimiler les problèmes gynécologiques aux autres maladies comme le paludisme, le mal de tête, de dents, etc., Dr Gorgui Diaw mise sur la médecine sans blouse. « C'est la politique actuelle. J'y crois profondément, parce que c'est une opération qui a un intérêt, car elle crée une relation de confiance et d'interactivité entre le médecin et les populations », clame celui qui considère le médecin sans blouse comme la solution si l'on veut résoudre certaines situations chez la femme. D'autant que, selon lui, « une femme malade affecte tout le système social ».
Pour cette raison, il place la prévention au coeur des stratégies sanitaires, si l'on est soucieux de gagner la bataille de la maladie. C'est pourquoi, estime le gynécologue, « l'attitude des thérapeutes que nous sommes devrait tourner autour de la prévention et non de la médecine curative. On n'en a pas les moyens ». Pour y arriver, cela passe par une bonne information médicale, laquelle doit être donnée de façon didactique. Car, une fois que les gens ont la bonne information, ils pourront venir tôt. « D'où l'importance de cette information médicale qu'on doit transférer aux populations », soutient avec force le médecin-colonel qui plaide pour qu'on aille trouver les gens dans leur milieu naturel, leur parler des problèmes auxquels ils sont confrontés fréquemment. « Au lieu de rester dans les bureaux, il faut aller dans les ménages. Ce qui permet à la population de mieux comprendre », insiste le gynécologue qui estime séduisante cette opération.
S'agissant de la source, Dr Gorgui Diaw affirme qu'elle doit être identifiée comme porteur crédible de messages. Ainsi, la source doit-elle être en mesure de faire comprendre aux populations l'origine d'une maladie, la finalité et d'expliquer comment l'éviter, de sorte qu'à la moindre alerte, les gens puissent aller tôt consulter le personnel médical et ne plus attendre que la douleur se manifeste pour recourir à un médecin.
« Il nous faut vraiment porter la bonne information auprès des populations pour leur permettre d'aller se soigner à temps. Et aussi bien l'Etat que les populations y gagnent », insiste le chantre de la médecine sans blouse qui avoue avoir commencé à matérialiser cette initiative cher au président Wade qui l'a conçu pour rapprocher davantage les populations des spécialistes de la santé ou des relais qu'ils auront bien choisi dans leurs communautés respectives et formés pour jouer le rôle qui est le leur dans cette stratégie. D'ailleurs, « le mois passé (ndlr : mars 2008), j'étais à Richard-Toll dans ce cadre. J'y ai fait 7 jours », confie-t-il. Comme pour dire que le concept de médecin sans blouse est une réalité.
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