C. MALINGUMU SYOSYO
1 Juillet 2008
Kinshasa — La maîtrise des technologies de l'information et de la communication, outil révolutionnaire pour la diffusion des savoirs, est un atout essentiel pour accroître de manière décisive l'efficience d'une entreprise et son action. Appliquées au secteur de production, les TIC permettent aux entreprises et aux industriels de mettre à jour et d'améliorer la qualité de leurs produits ainsi que d'assurer la visibilité et la valorisation de leur gestion et de leur travail. Actuellement, il existe une répartition inégale de l'accès aux TIC : la réduction de ce phénomène qu'on nomme fracture numérique est une priorité globale telle que l'indique le gouvernement congolais qui vise en mettre en place une politique nationale volontariste des NTIC en vue de faciliter l'accès des entreprises et tous les Congolais aux NTICs. Quels sont les avantages pour les entreprises congolaises d'une appropriation des NTIC ? Telle est la problématique à laquelle cherche à répondre cet article.
Pourquoi observe-t-on un engouement des chefs d'entreprises et des industriels pour le recours aux nouvelles technologies de l'information et de la communication ? Pourquoi les gains de productivité du travail ne sont-ils pas plus élevés alors que les entreprises investissent massivement dans les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) ? Le recours aux NTIC à travers le monde, surtout dans le secteur de production se trouvent justifier par un ensemble de facteurs.
Parmi les facteurs justifiant le recours effréné aux NTIC figure la réduction de coûts non seulement de production mais de tous les autres coûts. La réduction de coûts stimule la substitution du capital au travail et donc augmente l'intensité capitalistique, qui est source de gains de productivité horaire du travail. Toutefois, il convient de noter que ces changements ne sont pas synonymes d'une nouvelle ère, mais constituent une évolution structurelle similaire à celles auxquelles les économies développées ont été confrontées par le passé.
Un autre facteur est que les NTIC procurent une grande fluidité à la circulation de l'information tout au long de la chaîne de production, permettant une meilleure adaptation de l'offre à la demande. C'est pour préparer cette restructuration fondamentale des modes d'organisation industrielle que les entreprises investissent massivement dans les NTIC. Les réseaux de communication mis en place grâce aux NTIC, et l'Internet en particulier, rendent possible la coordination en temps réel des activités de différents pôles de décision d'une entreprise. Les canaux intermédiaires de production et de distribution sont supprimés, impliquant un développement parallèle intense des structures de logistique. Les effectifs nécessaires et les coûts inhérents à cette coordination sont donc considérablement réduits, libérant du temps et de l'argent pour des activités plus productives.
Les coûts d'achat sont réduits grâce à une meilleure gestion des fournisseurs. Les coûts de production sont abaissés grâce à la réduction des temps de cycle, à la meilleure planification de la production, à la rationalisation de la logistique et des stocks. La meilleure gestion des fournisseurs évite à l'entreprise de stocker pour se prevenir contre les retards et les erreurs. Son temps de réaction aux variations de la demande en est amélioré (ce que reflète la baisse régulière, au cours du cycle actuel, du ratio stocks/ventes).
Ses propres délais de livraison sont réduits (la remarquable stabilité de cet indicateur au cours du cycle actuel en est la preuve). Réduire le niveau des stocks permet une utilisation plus efficace des capacités de production (ce qui entraîne une productivité du capital accrue et des taux d'utilisation des capacités peu élevés malgré le dynamisme de l'activité) et donc des économies d'investissement en bâtiments et en équipements industriels.
Enfin, les coûts de marketing sont réduits car on peut atteindre des clients nouveaux et traiter les clients existants plus efficacement et à plus grande échelle.
LES NTIC : UNE CONTRIBUTION EN CONTESTATION
Bien que ces facteurs soient toujours cités pour justifier l'appropriation des NTIC par plusieurs entreprises à travers le monde, certains émettent de réserves quant à la contribution réelle des NTIC au sein des économies.
Selon le professeur Solow, dès 1987, on remarque par exemple, au sein de l'économie américaine, un paradoxe de productivité et souligne que la prolifération des ordinateurs se fait partout sauf dans les statistiques de productivité. Le découpage par cycles d'activités montre que la progression de la part des investissements en NTIC dans la Formation Brute du Capital Fixe productive s'est faite en deux sauts : le premier date des années 1980 avec l'utilisation croissante des ordinateurs personnels ; le second des années 1990 avec la diffusion de l'internet.
Les investissements en technologies de l'information représentent ainsi aujourd'hui presque 30 % de l'investissement productif et un peu plus de 3 % du PIB, contre moins de 3 % de l'investissement productif dans les années 1960 et une part négligeable dans le PIB. Pourtant, dans le secteur des entreprises non agricoles, les gains de productivité restent deux bons points en deçà des gains des années 1960. Les gains de productivité du secteur manufacturier sont, eux, supérieurs d'un point, laissant envisager un impact réel de ces investissements, mais pour le moment limité à ce secteur.
Pour d'autres chercheurs ne pas reconnaître la contribution des NTIC au sein des économies, cette méconnaissance résulterait des difficultés de mesure. Et indiquent que la différence de rythmes entre le secteur agrégé et le secteur manufacturier provient d'une piètre performance dans le secteur des activités de services. La faiblesse de la croissance de la productivité dans ce secteur tient peut être à l'inadéquation des conventions de mesures de la production de ce secteur. A l'échelle sectorielle, ce problème est d'importance dans la mesure où les plus gros utilisateurs de NTIC (comme les services financiers, le commerce de gros, l'assurance et les communications) appartiennent tous à ce secteur. A l'échelle agrégée, il perd de son importance dans la mesure où une grande partie de leur production est intermédiaire et non finale, et donc éliminée dans les statistiques agrégées de la comptabilité nationale. Malgré leurs progrès, les comptes nationaux ont du mal à traiter correctement les biens dont la qualité, la diversité et l'utilité s'améliore constamment.
Pour d'autres chercheurs, bien que les NTIC aient un apport certains au sein des économies leurs productivités se révèlent faibles. Pour donner toute son efficacité, l'introduction des NTIC nécessite un bouleversement complet des processus de production et d'importants investissements complémentaires en termes de formation. Plus l'organisation est intégrée, plus les problèmes de maintenance et de gestion des pannes deviennent une activité importante. Du fait de la nature même des investissements, leur rentabilité devient difficile à évaluer. Les entreprises peuvent sous-estimer ces coûts et procéder à une mauvaise allocation de leurs ressources en investissant trop pour un rendement insuffisant, ne stimulant finalement aucun gain de productivité globale.
A ces difficultés s'ajoutent les délais d'apprentissage et de diffusion inhérents à l'apparition de nouvelles technologies. Celles-ci ne prennent toute leur efficacité que lorsqu'elles sont totalement répandues chez les clients et les fournisseurs. Ce qui pose des questions délicates de compatibilité, de normes, etc.
L'ordinateur et la dynamo étant tous les deux le noyau d'un réseau de transmission, David (1990), met en évidence, par une comparaison entre ces deux révolutions, que, si la diffusion large de l'électricité a pris une trentaine d'années, il en sera de même pour l'ordinateur.
Aujourd'hui, toutefois, les implications des NTIC en matière de réorganisation des modes de production semblent déjà assez bien répertoriées : selon un rapport du Département du Commerce (1998), la révolution numérique s'installe beaucoup plus rapidement que la révolution électrique, favorisée par un faible coût d'accès à la technologie et par son impact sur pratiquement toutes les activités et branches de l'industrie. Les externalités positives sont nombreuses, mais elles mettent du temps à se matérialiser, induisant un décalage entre rendement privé et rendement social.
Plusieurs études indiquent que, malgré leur forte croissance, les NTIC et plus particulièrement les ordinateurs ne représentent encore qu'un faible part du stock net de capital (moins de 2 %). Aussi, supposant que les investissements en ordinateurs ont le même rendement net que les autres catégories d'investissement, Sichel (1997) montre que la contribution de ce facteur de production à la croissance ne peut qu'être modeste. Calculée sur la base d'un taux de croissance du PIB net de l'amortissement, afin de tenir compte de l'obsolescence rapide du matériel informatique, la contribution est même réduite de moitié (0,06 point par an au lieu de 0,15 sur 1987-1993). L'actualisation des calculs sur 1996-1998 accroît significativement la contribution, mais explique toujours à peine un dixième de la croissance (0,35 point de contribution sur 4,2 % de croissance brute).
Dans l'absolu, ces chiffres sont faibles, mais relativement à la faible part des ordinateurs dans le stock total, ils ne sont pas si mauvais grâce au taux de croissance élevé du stock net d'ordinateurs.
UNE APPROCHE SECTORIELLE
Contrairement aux arguments des uns et des autres pour surestimer ou minimiser l'apport des NTIC au sein de nos économies, il nous semble pour notre part que compte tenu de la complexité des phénomènes en cours, il n'est pas étonnant que les investissements en NTIC n'aient pas encore généré des gains de productivité significativement plus élevés que les gains tendanciels.
Car, les industries directement liées aux NTIC prennent de l'importance croissante dans nos économies et parce que, pour ces industries, les premiers effets de la révolution numérique se sont déjà fait sentir dans certaines économies.
Selon Stiroh (1998), l'accélération, à partir des années 1980, de la croissance de la productivité des facteurs dans le secteur producteur d'ordinateurs résulte bien des évolutions technologiques sous-jacentes à la révolution informatique. Une telle accélération ne ressort pas pour les huit secteurs répertoriés comme de gros utilisateurs d'informatique de bureau (imprimerie et presse ; verre et matériaux de construction ; matériels mécaniques et électroniques ; matériels électriques; instruments de mesure ; commerce ; finance, assurance et ; autres services). Pour ces secteurs, la révolution informatique a stimulé une substitution du facteur de production « ordinateurs » aux autres facteurs de production, et donc une augmentation de la productivité du travail.
Pour les secteurs utilisateurs du secteur manufacturier, l'accélération des gains de productivité est importante. Pour les secteurs utilisateurs du secteur non-manufacturier (qui utilisent près de 80 % du matériel informatique en service), c'est moins frappant, mais cela tient vraisemblablement aux problèmes de mesure de la production de ces secteurs. De nombreux indices amènent donc à penser que les NTIC jouent déjà un rôle majeur dans le vécu quotidien du citoyen mondial et que la troisième révolution industrielle a commencé. Les investissements en NTIC jouent déjà un rôle important dans des secteurs, qui représentaient, en 1991, les deux tiers de la valeur ajoutée du secteur privé.
Pour le tiers restant, la troisième révolution industrielle n'est néanmoins pas totalement absente. Des applications sont partout possibles, comme dans la raffinerie, l'automobile, la pharmacie, le BTP ou le commerce de détail, et débouchent sur des gains de productivité significatifs mais très localisés. Leur contribution à la croissance réelle est encore plus élevée : sur les années récentes, elle explique en moyenne un quart de la croissance.
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