Léopold Chendjou
1 Juillet 2008
Fiscalité inadaptée, non contrôle de la réglementation, insécurité, sont quelques signes du désintéressement des pouvoirs publics pour ce secteur.
« Il faut passer de la parole aux actes maintenant. A voir le rythme avec lequel les établissements de micro finance ouvrent les portes dans les villes camerounaises, on peut conclure que ce secteur se porte bien. Erreur, c'est une véritable jungle, et les pouvoirs publics ne font pas grand chose pour nous aider » Constat d'un cadre de Gecefic, un établissement de micro finance installé à Douala, au lendemain du conseil de cabinet du jeudi 26 juin 2008, dont l'un des points inscrits à l'ordre du jour concernait le secteur de la micro finance.
Avec ses plus de 620 000 clients pour des dépôts atteignant la somme de 95 milliards de Fcfa et 61 milliards de crédits octroyés, les professionnels du secteur de la micro finance pensent qu'ils méritent une plus grande attention de la part des pouvoirs publics. Même si le ministre des Finances relève que la micro finance "est un instrument adapté à notre environnement socio culturel ", en ce sens qu'il favorise " l'intégration dans le secteur financier formel des populations marginalisées " par les autres établissements du système financier, les responsables des établissements de micro finance doutent de la réelle volonté de l'Etat à accompagner ce secteur dans son développement. « Vous ne pouvez pas reconnaître que nous sommes un partenaire indéniable pour la lutte contre le sous développement et en même temps nous appliquer une fiscalité à la limite asphyxiante. Ce n'est pas aujourd'hui que nous réclamons une fiscalité spécifique à notre activité », martèle un cadre de Cofinest, un établissement d'épargne et de crédit.
Abandon du secteur Léopold
Joseph Mbouombouo Ndam, expert en microfinance, montre un autre signe de l'abandon du secteur par l'Etat. « Il y a une acceptation de plus en plus forte de la microfinance grâce à la réglementation mise en place par les pouvoirs publics et à la promotion que le secteur fait de lui-même. Mais, de temps en temps, on observe malheureusement quelques défaillances qui font un peu peur. Ces manquements sont pour une grande part la responsabilité des pouvoirs publics. L'Etat a mis en place une certaine réglementation, des gardes fous alors que le contrôle n'est pas assez effectif. Et avant le contrôle, la diffusion de ces gardes fous n'a pas été vraiment assurée». Conséquence, des établissements de micro crédits qui disparaissent du jour au lendemain avec l'argent des épargnants.
C'est ainsi que les épargnants de certains Emf à l'instar de Cofinest et First Trust ont eu quelques frayeurs lorsque la Cobac a nommé des administrateurs provisoires à la tête de ces institutions. « L'Etat devrait améliorer l'environnement juridique et fiscal, mettre en place des programmes efficaces de renforcement des capacités afin d'améliorer le professionnalisme de ces institutions », préconise le Dr Justin Bomda, économiste et expert financier.
Sur le plan sécuritaire, les institutions de micro finance implorent aussi l'aide des pouvoirs publics. « Pour nous prémunir contre les braquages, nous sommes obligés de faire appel aux forces de l'ordre. Ce n'est pas un service gratuit. Nous payons pour cela. Pourtant, au regard du rôle que nous jouons dans la société, l'Etat devait mettre à notre disposition des gendarmes et autres policiers », explique un cadre de Cec.
Pour suivre la politique nationale de microfinance et proposer des ajustements éventuels, l'Etat a créé le Comité national de microfinance (Cnmf), qui est un organe tripartite regroupant l'Etat, la profession et les bailleurs de fonds. Dans la même perspective, il a exécuté le Projet d'appui au Programme national de MicroFinance (Ppmf), qui a pris fin en décembre 2007 sans avoir encore atteint tous les objectifs escomptés.
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