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Cameroun: Lac de Yaoundé - qui doit faire quoi ?
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Le Quotidien Mutations (Yaoundé)
2 Juillet 2008
Publié sur le web le 2 Juillet 2008
Xavier Messè
Il est 13h 45 ce mardi 13 mai. Un soleil de plomb s'abat sur une vaste étendue d'eau au versant d'un complexe ministériel.
On croit regarder une verdure inexploitée. Mais cette étendue d'eau envahie aux 3/4 par l'algue et les nénuphars, c'est le lac municipal de Yaoundé. On y aperçoit : plastiques, résidus de poubelles, boue... L'eau est colorée de terre ; elle dégage une odeur de puanteur insupportable.
Marcel Nkoa, élève à l'Ecole nationale d'administration et de magistrature témoigne : " Tout ce que nous apercevons sur ce lac est attristant : tantôt ce sont des fÅ"tus emballés qui flottent, tantôt c'est un bébé mort qui flotte aussi, tantôt c'est le corps d'un adulte que les pompiers viennent repêcher sur ces eaux ".
Pourtant, en 2005, une lueur d'espoir avait plané sur ce lac. Des travaux de réhabilitation avaient été lancés. Ils devaient se dérouler en 3 phases. Seule la première phase avait été exécutée. Et pourquoi ? A la Communauté Urbaine de Yaoundé, le sous-directeur des Travaux urbains esquive la question : " c'est un sujet délicat que nous n'osons aborder pour l'instant... Ce qui nous intéresse, ce sont nos chantiers actuels " conclut-il. Un autre cadre de la CUY affirme : " Le lac est un dossier brûlant entre la CUY et le Ministère de la Ville. Chacun veut se l'approprier. Parce qu'il y a en amont de gros sous pour ce projet. Une bonne partie de cet argent a déjà été débloquée. Elle aurait été distraite par de hautes personnalités. Certaines sont encore en fonction, d'autres sont parties".
C'est la société Koop-Cameroun qui avait exécuté la première phase des travaux consistant à curer le lit du lac. Et depuis, plus rien. Au siège de cette société située à Olezoa, aucun responsable ne veut aborder ouvertement le dossier du lac municipal. Un conducteur des travaux, avant de s'engouffrer dans son gros engin, lance furtivement : " Si on vous donne 10frs pour exécuter un travail dont le coût réel est de 100frs, que feriez-vous ? "
Au ministère de la Ville devenu entretemps ministère du Développement urbain et de l'habitat, un responsable qui dit ne pas parler aux journalistes, lance en s'en allant: " Ce n'est plus le même Ministre qui a géré le dossier. Les données ont changé ; les choses ont changé de mains aussi. On ne sait plus rien sur cette affaire ici ". Il referme sa porte et disparaît.
Les randonnées autour de ce lac sont un lointain souvenir. En attendant, ses eaux continuent de dégager des odeurs... jusqu'aux fenêtres du Premier Ministre.
Mugabe, l'Occident et l'Afrique
Sous le manguier de l'amphi 700 de l'université de Yaoundé I, un groupe d'étudiants échange. Il parle notamment de Robert Mugabe, président du Zimbabwe. Tous fustigent " ce dictateur qui terrorise son peuple et se cramponne au pouvoir ". Un autre étudiant est resté silencieux. Il écoute ses camarades. Il semble avoir une certaine ascendance sur eux. Comme un pédagogue, il interroge : " comment expliquez-vous que depuis 1980 que Mugabe est au pouvoir, ce n'est que ces trois dernières années qu'il porte les cornes de diable sur sa tête ? Avant, le Zimbabwe dirigé par le même homme, était cité en exemple de gestion. Le pays était une des destinations touristiques les plus prisées du continent ". Du coup tout a basculé.
Ses camarades donnent l'impression de boire du petit lait. Il reprend : " En 1975, les accords signés à Lancaster House (GB) entre l'ancien premier ministre rebelle et raciste, Ian Smith et le nationaliste Mugabe pour que le pays accède à l'indépendance stipulaient que, sur une période 10ans, les 5% de la population zimbabwéenne qui est blanche, contrôlaient l'ensemble des terres cultivables ; elle devrait céder environ 50% de ces terres aux Africains. Ces dispositions n'ont jamais été appliquées. Mugabe a lancé "sa" réforme agraire. Il a fait arracher d'autorité les fermes aux Blancs pour installer les Noirs. Evidemment, rien de ces pratiques ne devrait enthousiasmer les Occidentaux. Voilà tout le gros péché de Mugabe. Le reste n'est que habillage et artifices ". Le cours est terminé. Au même instant, le groupe d'étudiant se "rallie" à Robert Mugabe.
Ce moment vécu était révélateur de la qualité d'informations que les médias occidentaux déversent sur le continent. La puissance de leur message mille fois repris est tel qu'il devienne impossible de se frayer un espace aussi réduit soit-il pour se forger une opinion différente du matraquage occidental.
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Il ne saurait être question ici de valider la brutalité ou l'entorse faite à la démocratie en ce moment au Zimbabwe. Mais il faut que les accords de Lancaster House soient appliqués. C'est pour les Zimbabwéens qu'ils avaient été signés, et non pour faire plaisir à la Grande Bretagne, à la France ou aux Etats-Unis. Le soutien des chefs d'Etat africains à Mugabe est un acte hautement courageux et salutaire. Autant l'Occident ne servirait pas Bush sur un plateau, autant l'Afrique ne devrait pas jeter Mugabe sur un bûcher pour plaire à l'Occident.
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