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Sénégal: Kolda - les femmes accouchent encore à domicile ou sont évacuées par charrette ou... à vélo
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Agence de Presse Sénégalaise (Dakar)
3 Juillet 2008
Publié sur le web le 3 Juillet 2008
Mamadou Gano
Kolda
Mardi soir, centre de santé de Kolda. Une femme en couches vient d'arriver et on s'affaire autour d'elles. Premier renseignement arraché à un personnel en état d'alerte, elle a déjà donné naissance à un mort-né et s'apprête à mettre au monde un autre qui a des chances de survie.
Quoi qu'il en soit, la jeune maman a l'air de souffrir atrocement, jetant dans l'émoi l'assistance médicale qui apparemment redoute le pire pour la parturiente venue d'un village situé très loin de la capitale du Fouladou.
La jeune maman souffre certes à cause de son état, mais son martyre s'explique également par la longue distance parcourue à bord... d'une charrette voire d'un vélo ( !). Ca se passe généralement comme ça pour les villageoises de Kolda et pour tout confort elles sont couchées sur un matelas, histoire sans doute d'amortir les chocs nés des pistes défectueuses.
Au bord de l'indignation, cette matrone explique : "elles arrivent presque entre la vie et la mort dans des conditions très difficiles à bord de charrettes ou de vélos pour certaines. Et avant de les acheminer vers l'hôpital il faut des heures et cela si vous avez la chance de trouver sur place l'ambulance qui doit quitter ensuite Kolda pour venir ici". A peine a-t-elle fini sa confession qu'elle se dépêche de rejoindre sa patiente qui a parcouru des dizaines de kilomètres pour venir accoucher en ville.
Aussi poignant que soit le cas de cette femme, il est un moindre mal par rapport à celui de la plupart de ses sÅ"urs qui au lieu de se rendre au centre de santé, accouchent à domicile. Par manque de moyens, par ignorance ou inhibées par une éducation traditionnelle qui les rend réfractaires à une assistance étrangère en cas d'accouchement, elles optent pour la délivrance à domicile. Avec l'assistance d'une matrone bien connue du village.
"Les accouchements à domicile sont réels et fréquents en zone rurale où des femmes dont les villages sont distants de plus de 30 kilomètres d'un poste de santé référent rester à la maison pour les consultations comme pour l'accouchement. Certaines évoquent des problèmes liés à la pauvreté en disant souvent +nous n'avons pas d'argent+. Mais je trouve que ce sont des prétextes qui ne tiennent pas la route, car chacune d'entre elle a des besoins qui sont satisfaits d'une manière ou d'une autre. Leurs alibis me paraissent tirés par les cheveux et je pense qu'il y a un manque de volonté doublé d'une certaine ignorance", analyse un infirmier chef de poste.
Cette réalité, source de gros dangers pour l'enfant comme pour sa maman, donne des cheveux blancs au personnel médical. Lequel en dépit d'efforts louables constate que la mortalité maternelle est toujours de mise dans le Fouladou.
Présenté comme un véritable problème de santé publique, elle atteignait dans la région de Kolda (Sud), avant la coalition nationale organisée en 2001, 1.200 décès pour 100.000 naissances.
Depuis lors, les efforts consentis par les différents acteurs de la santé auraient contribué à une nette amélioration du taux de décès qui tournerait actuellement à 190 décès pour 100.000 naissances. A l'échelle nationale, on est à 401 décès pour 100.000 naissances.
Les chiffres concernant la région de Kolda sont au conditionnel du fait de la non existence de données fiables, a confié au correspondant permanent de l'APS une source médicale. Interrogés sur le pourquoi de la persistance du phénomène, plusieurs infirmiers chefs de postes de santé indexent des causes directes et indirectes dont l'anémie, les hémorragies, les infections, le paludisme, les avortements pratiqués dans de mauvaises conditions, les grossesses extra-utérines et les troubles dus à l'hypertension.
Ils citent également le manque de logistiques, le défaut de Consultations prénatales (CPN), le déficit du personnel qualifié et la faiblesse du pouvoir décisionnel de la femme.
D'autres facteurs contribuent à la mortalité maternelle au Fouladou comme l'enclavement des villages par rapport aux structures de santé, le taux de fécondité élevé (6,4 enfants par femme), l'ampleur de la pratique de l'excision pratiquée sur 94 pour cent des jeunes filles et surtout une forte proportion des accouchements non assistés par un personnel qualifié.
En réalité, la région de Kolda souffre elle-même d'un déficit criard de personnels qualifiés et plusieurs structures de santé fonctionnent avec un gynécologue, à l'image de l'hôpital régional. Dans le même temps, les infirmiers chefs de postes sont souvent obligés de se muer en assistants auprès des matrones.
Le défaut de moyens modernes d'évacuation des femmes depuis leurs villages jusqu'aux centres de santé ou au centre hospitalier régional n'est pas pour arranger les choses.
Pour faire face à la situation, les spécialistes de la santé préconisent plusieurs mesures comme la création de centres régionaux de formation en personnel médical afin de renforcer les soins obstétricaux néonataux d'urgence. Selon eux, il faut qu'on essaie par ailleurs de comprendre les raisons du refus des techniciens de servir dans les centres de santé régionaux, de même qu'il est nécessaire de mettre en place de ressources suffisantes pour la survie de la mère et de l'enfant dans les zones touchées par la mortalité maternelle et infantile.
Avec une population estimée en 2006 à 932.14 habitants, la région de Kolda (Sud) compte un centre hospitalier, quatre districts de santé (Kolda, Vélingara, Sédhiou et Goudomp) fonctionnels en attendant ceux prévus à Médina Gounasse et Samine et 76 postes de santé.
Les normes de l'Organisation mondiale pour la santé prévoient 50.000 habitants pour un centre de santé, là où à Kolda on note 322.207 habitants pour un centre de santé.
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