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Tunisie: Journée d'étude à la Chambre des Députés sur la sécurité alimentaire
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La Presse (Tunis)
3 Juillet 2008
Publié sur le web le 3 Juillet 2008
S. Hamrouni
Des politiques à court, à moyen et à long terme pour faire face à la crise
L'augmentation des prix des produits agricoles et du pétrole menace la sécurité alimentaire de nombreux pays, notamment les pays pauvres. Aujourd'hui, plus que 850 millions de personnes souffrent de la faim.
C'est ce qu'a indiqué notamment M. Foued Mebazaâ, président de la Chambre des Députés, lors de la journée d'étude organisée hier au Palais du Bardo sur la sécurité alimentaire. «Le thème de la sécurité alimentaire tire son importance des difficultés que connaissent aujourd'hui les peuples pour garantir leur droit à l'alimentation. Le monde vit une crise alimentaire qui risque d'élargir le fossé alimentaire entre les pays pauvres et les pays développés», a encore ajouté M. Mebazaâ.
Un cri d'alarme sur la situation a été lancé lors du dernier Sommet mondial sur la sécurité alimentaire, tenu au début du mois de juin dernier.
«Ce cri est justifié par la grande augmentation des prix des aliments de base, notamment les céréales. Le développement des cultures destinées à la production du biocarburant et l'augmentation exceptionnelle des prix du pétrole ont bousculé les prix des produits agricoles. Toutefois, l'approche tunisienne de la sécurité alimentaire se base sur une réforme politique, économique et sociale qui vise la modernisation de l'agriculture», a souligné M. Mebazaâ.
Dans sa communication sur les approches modernes de la sécurité alimentaire, M. Massoud Bouthief, doyen de la faculté des Sciences économiques et de gestion de Tunis, a souligné que le Sommet mondial sur l'alimentation a permis de définir les objectifs de la sécurité alimentaire.
Il s'agit pour l'essentiel de réduire de moitié le taux de la sous-alimentation et le nombre de personnes qui souffrent de la faim.
Le conférencier a souligné qu'afin de faire face à l'actuelle donne, il y a lieu de mettre en oeuvre des mesures pratiques visant la réduction de la pauvreté, l'orientation de la compensation vers des catégories bien ciblées et l'incitation des agriculteurs à accroître leur niveau de production, le but étant de réaliser les objectifs de la sécurité alimentaire.
Par ailleurs, le concept de la sécurité alimentaire a changé. «Nous sommes passés du concept de l'autosuffisance alimentaire du pays au concept de la sécurité alimentaire qui doit prendre en considération le bouleversement que connaît le monde. La question de la sécurité alimentaire nécessite la multiplication des efforts des différents acteurs», a indiqué M. Marwen Abou Samra, expert international libanais, dans son intervention.
La sécurité alimentaire dans les pays arabes pose la question de la capacité de ces pays à résoudre le problème de l'augmentation des prix des produits alimentaires. Ainsi la majorité des pays arabes souffrent de déficits en ressources naturelles, notamment l'eau, de l'impact des changements climatiques sur la production agricole et de la dépendance en aliments vis-à-vis des pays développés.
S'intéresser
davantage aux
petits agriculteurs
«Cette crise mondiale peut augmenter le taux de pauvreté et de malnutrition, notamment dans les zones urbaines. Elle peut porter atteinte aux acquis sociaux et économiques des pays arabes et mettre en péril la cohésion sociale et nationale. Ainsi les gouvernements sont appelés à adapter des politiques pour protéger leur développement économique et social. Cette crise est une occasion pour améliorer les capacités de production en s'intéressant davantage aux petits agriculteurs et en mobilisant les potentialités existantes en vue d'améliorer la production», a ajouté M. Abou Samra.
La crise alimentaire mondiale a ses impacts sur la Tunisie. «Cette crise peut toucher l'équilibre et le rythme de développement de notre économie nationale. Ceci est dû à l'augmentation du budget de la caisse de compensation suite à la hausse des prix des produits alimentaires et du pétrole. Cette situation a ses impacts sur le budget de l'Etat et sur le développement économique. Il est donc nécessaire de revoir dans ce contexte mondial le modèle actuel de développement pour protéger les acquis réalisés», a indiqué le professeur Mohamed Moncef Ben Saïd de l'Institut national des sciences agronomiques de Tunis (Inrat).
Ainsi la sécurité alimentaire en Tunisie dépend des capacités de deux secteurs, notamment la production agricole et l'agroalimentaire, à renforcer le rythme de développement économique et à réduire le coût d'importation des aliments.
«L'investissement dans la recherche agricole et la formation des agriculteurs constituent une solution pour développer la production agricole. De même, il faut faire appel aux expériences avantageuses dans le domaine de l'agriculture», a précisé le professeur Ben Saïd.
Pour sa part, M. Boubaker Thabet, de l'Inrat, a souligné que le développement économique de la Tunisie, la réduction du taux du budget réservé aux aliments de base ainsi que la maîtrise de croissance démographique diminuent l'impact de la crise alimentaire mondiale. La situation actuelle exige l'adoption d'une politique alimentaire se basant sur la rationalisation de la consommation, surtout en ce qui concerne les aliments de base. D'autre part, le revenu du consommateur doit être amélioré pour protéger son pouvoir d'achat. De même, l'Etat doit surveiller l'approvisionnement quantitatif et qualitatif du marché.
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«La politique de sécurité alimentaire doit prendre en considération le développement de nouvelles zones de production pour améliorer le rendement du secteur agricole. De même, cette politique est appelée à protéger les citoyens à revenu modeste et à leur fournir les aides nécessaires. De même, il faut poursuivre la politique de libéralisation progressive des prix avec une ouverture sur le marché international. Cette orientation peut développer les opportunités d'exportation de produits tunisiens. D'autre part, l'Etat est appelé à améliorer les conditions de travail des organismes professionnels qui interviennent au niveau des circuits de distribution des produits agricoles», a ajouté M. Ben Saïd.
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