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Sénégal: Boul fallé, docu sur une passion sénégalaise : Lutter pour tourner


Wal Fadjri (Dakar)
 

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Wal Fadjri (Dakar)

4 Juillet 2008
Publié sur le web le 4 Juillet 2008

Charlotte Pudlowski

Samedi soir, à Pikine dans la banlieue Dakaroise, s'est achevée la première partie du tournage d'un documentaire sur la lutte. Intitulé Boul fallé, il dévoile le parcours des lutteurs, de l'entraînement au combat, et tend à faire la lumière sur ce sport, passion sénégalaise. 

Samedi soir, à Pikine, entre les lutteurs s'apprêtant à combattre devant plus d'une centaine de spectateurs rassemblés, se faufilait une caméra. C'est celle qui permettra de découvrir d'ici quelques mois le documentaire de Rama Thiaw, Boul Fallé.

'Boul Fallé' en wolof, signifie 'se foutre de tout, et tracer sa route', explique Rama Thiaw. C'est un mouvement de contestation qu'elle compare à Mai 68 en France. 'Il a révélé l'essence même de notre fierté, souligne-t-elle. Il a ouvert la voie de l'autonomie et des rêves.'

Pour cette trentenaire sénégalaise, qui a passé son enfance à Pikine, avant d'aller en France, ce mouvement est fondateur, et si son expression s'est aussi retrouvée dans la musique, c'est à travers le combat de lutte qu'elle a voulu le raconter. 'Quand on grandit à Pikine, la lutte, ça fait partie de nous. Ma grand-mère était fan de lutte ; ma mère aussi.

C'est une chose à laquelle on n'échappe pas ici'. En attestent les grappes d'enfants qui sont présents sur le terrain ocre, à agiter les bras et les jambes en tous sens, pour imiter déjà leurs aînés.

Parce que la lutte apparaît ici comme autre chose qu'un sport. 'Je veux montrer que la lutte avec frappe, c'est un phénomène urbain, comme la Capoeira au Brésil, qui véhicule ses propres valeurs, fondées sur la dignité et l'honneur', ajoute la réalisatrice.

Ce n'était pourtant pas un dessein bien ancré : il est né sur le tard. 'Rama est venue me voir à Paris, raconte Philippe Lacôte, producteur, elle avait un projet de court métrage, mais ça ne m'intéressait pas. Et puis, en bas de son Cv, j'ai vu marqué 'lutte'. Je lui ai demandé de m'en parler et on a monté ce projet.' Un projet artisanal, dont le tournage a débuté en mai 2008, à Dakar et en banlieue.

L'idée était de suivre les lutteurs, de les voir évoluer, s'entraîner, progresser. Des liens se sont tissés entre l'équipe et les combattants, malgré un tournage pas toujours évident. Amath, le régisseur, confie : 'On a tourné avec peu de moyens, on n'était pas plus de cinq.

Ça s'est bien passé dans l'ensemble, parce que l'objectif a été atteint. C'est vrai que tourner en banlieue, au niveau des décors à installer, ce n'était pas évident. Ça ne correspondait pas toujours à ce que l'on voulait. Mais dans l'ensemble, on est plutôt satisfaits.'

'Ça c'est du tournage !'

Samedi soir, c'était l'apogée de la première partie : le combat final entre les lutteurs suivis pendant ces dernières semaines. Les conditions de tournage sont en effet rudimentaires : deux projecteurs, une caméra. Le producteur joue les preneurs de son. 'Des séquences "bordelliques" j'en ai faites, mais à ce point-là ! Ça c'est du tournage', rit-il et d'ajouter : 'On n'a même pas de Coca !'.

Ils se sont installés dans l'après-midi sur le terrain de lutte, dressé au milieu d'un terrain vague de Pikine. Ils ont vérifié les lumières, fait des essais, tout mis au point tandis que les percussionnistes s'échauffaient un peu plus loin. Et puis en début de soirée, après la prière et le dîner, les lutteurs sont arrivés.

La difficulté du documentaire réside dans le fait de mêler la vérité et le naturel à un certain choix de mise en scène. Caméra au point, c'est le chef opérateur, Rodolphe, qui commence à filmer.

La réalisatrice explique aux lutteurs ce qu'elle veut, mais ils ne se tournent pas toujours vers la caméra au bon moment, n'obéissent pas instantanément aux gestes qu'elle esquisse pour leur faire signe d'avancer, de reculer. Ils sont pris entre une volonté de se montrer sous un jour favorable et la nécessité de se concentrer sur les chorégraphies à exécuter.

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Ces chorégraphies sont sans doute ce qui donne le plus de mal à l'équipe. Filmer dix hommes qui, sur un rythme endiablé et sur les conseils des marabouts, lèvent les jambes et les bras, secouent la tête, s'échauffent au son des djembés, n'est pas une sinécure. Rama prend le relais et se fraie un chemin entre les danseurs. Mais quand vient le combat lui-même, la difficulté n'est pas moindre.

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