Didier Depry
4 Juillet 2008
Vous voulez connaître le vrai Didier Drogba ? Découvrir sa psychologie, son caractère, ses passions, ses forces et faiblesses, son enfance, sa vie d'adulte, sa vie de père, d'époux et de fils mais surtout celle de footballeur débutant à la star qu'il est aujourd'hui, je vous conseille, sans publicité aucune, de lire "C'est pas gagné ".
Un saisissant ouvrage autobiographique de 242 pages qu'il a écrit avec le concours bien éclairé, de Hervé Penot, journaliste sportif au quotidien français "L'équipe". La préface du livre ayant été confiée par Didier Drogba à son "mentor", José Mourinho, ex-coach emblématique de Chelsea FC (Première ligue anglaise), qui a recruté, puis encadré Drogba dans le club londonien de juillet 2004 à septembre 2007.
De José Mourinho, Didier Drogba dira ceci : "je lui ai beaucoup donné, mais il m'a beaucoup rendu" (P.157). Des propos qui, au-delà de leur simplicité, restituent tout ce que cet entraîneur d'origine portugaise représentait aux yeux du jeune ivoirien qui a grandi entre deux capitales, Abidjan et Paris.
Sur un ton fort amical teinté d'émotion, d'admiration et de sincérité, José Mourinho parle de Didier Drogba. Ce footballeur qui est "toujours dans son coeur" (intitulé de la préface).
Au point d'être passé en moins de cinq ans, de l'étape de poulain à celle d'ami, voire de frangin. "Didier restera dans ma carrière comme l'un des meilleurs joueurs qu'il m'ait été donné de diriger, mais plus encore dans ma vie comme l'un des meilleurs et des plus inoubliables amis qui soit", écrit José Mourinho (P.6) à l'endroit de l'enfant de Niaprahio (bourgade de la sous-préfecture de Guibéroua d'où est originaire le père de Drogba).
La préface de l'ex-entraîneur dédiée à Didier Drogba associe émotion et franchise. Des sentiments que l'on éprouve quand l'amitié envers une tierce personne pour qui l'on a de l'admiration et de l'affection n'est pas de façade. Mourinho en a pour Drogba. Et visiblement à profusion. Drogba, également, le lui rend bien.
A preuve, lorsqu'en septembre 2007, Mourinho vient annoncer aux joueurs son licenciement de Chelsea FC, Drogba s'effondre. "Au moment où je l'ai serré dans mes bras, je n'ai pu retenir mes larmes" (P.160).
La star et le citoyen
Posée en avant comme la cabine d'une locomotive, la préface de José Mourinho fait corps avec tout le texte que constitue l'autobiographie de Didier Drogba.
Rédigée dans un style narratif, très alerte enrobé du style journalistique, l'autobiographie "C'était pas gagné " présente l'homme Drogba, le footballeur, le jeune homme mais aussi le monsieur, le père, le fils et le citoyen du monde qui n'appartient pas seulement à la Côte d'Ivoire, son pays, ni à la France, ce pays qui lui a offert une chance (P. 207). Mais à tout le monde entier. De l'Europe à l'Afrique, sans oublier l'Amérique et l'Asie. Il est un citoyen du monde.
Tout comme il demeure une star de la planète. "Ah oui, c'est toi Drogba, le mec qui joue pour l'équipe de Côte d'Ivoire et qui marque des buts. Figure-toi que, quand je suis à la PlayStation, je te prends toujours dans mon équipe. Tu es mon gars en football". (P.217) Celui qui tient ces propos se nomme Snoop Dogg. Sur la planète rap, ce chanteur américain est un véritable dieu, une star avec mille sunligths. Sa rencontre avec Drogba s'est faite à Los Angeles (dans l'Etat de Californie, aux Etats-Unis).
Drogba est d'ailleurs abasourdi par l'intérêt qu'il suscite outre atlantique. "Aux Etats-Unis, mon sport a un impact que je n'imaginais pas. Kevin Garnett est fou de football, il connaît tout. Nous avons sympathisé, nous nous sommes rapprochés et gardons de bons rapports", soutient-il. Avec un brin d'humilité. Même quand il parle du Cheick Mansour, cet autre admirateur, qui lui a offert gracieusement un appartement dans "un magnifique immeuble en construction à Doubaï" (P.218). "Ma popularité, en dehors de l'Afrique, m'étonne parfois.
Elle dépasse les frontières", soutient Drogba. Cette popularité, le neveu de Michel Goba (ancien international ivoirien et oncle de Didier Drogba) l'a acquise véritablement à partir de l'Olympique de Marseille (1ère division française). Une équipe avec laquelle, en une saison (2003-2004), il a vécu une expérience inédite.
Au Vélodrome (stade de Marseille), le roi, c'était Drogba. Ou si vous voulez "Drogbayoko!!", un pseudonyme aigre-doux qui s'est mué plus tard en une "Drogba dépendance" qui enfiévrait, à chaque rencontre, les milliers de supporters de l'OM. Le cordon ombilical entre Didier Drogba et les supporters de l'OM était si solide que l'attaquant a refusé "sec" de s'en aller pour Chelsea. Quitter "son public" sonnait pour lui comme une trahison. Drogba ne pensait pas argent, encore moins carrière. Il vivait la passion, le plaisir d'être aimé.
Un aspect du caractère de Didier Drogba qui traverse tout le livre. C'est un "fou" de foot. Un passionné. Mais également une personne fidèle .en amitié. Au nom de cette valeur, il rechignait à quitter l'OM. Il a fallu des hommes comme Pape Diouf, Christophe Bouchet, Dagui Bakari pour lui exprimer clairement la chance qu'il ratait en s'entêtant. "Mais t'es malade ou quoi? Tu dois y aller.
C'est une opportunité énorme qui ne se reproduira peut-être pas", lui a dit l'international ivoirien Dagui Bakari, voisin de chambre de Drogba à ses débuts en équipe nationale de Côte d'Ivoire. Convoité par la Juventus de Turin et l'AC Milan, l'attaquant, sous la houlette des dirigeants de l'OM, a cédé à l'offre de Chelsea, supérieure à celles des deux concurrents pré-cités.
Star à Marseille, puis à Chelsea, Drogba Tébily Didier l'est également en Côte d'Ivoire. Son pays d'origine pour lequel son coeur bat si fort d'un nationalisme raisonné. Qui l'a transformé en faiseur de paix et en distributeur d'espoir depuis septembre 2002, date à laquelle la Côte d'Ivoire a failli sombrer dans le chaos. "J'ai endossé un rôle d'ambassadeur de la paix, car je tenais à aider mon pays à sortir de cette ornière", avoue Drogba (P.200).
Avant de fustiger cette mésentente entre la France et la Côte d'Ivoire consécutive à la crise. "Côte d'Ivoire -France : une guerre inutile", précise le footballeur. Pour qui "les pays africains, et notamment la Côte d'Ivoire, ont une importance stratégique et économique pour la France. Je comprends donc qu'à un moment, ses dirigeants n'aient pas supporté certaines velléités d'émancipation( ).
Je condamne évidemment les violences et les débordements. Cette politique était paternaliste, néo-colonialiste vis-à-vis d'un pays indépendant depuis 1960. Il serait temps de laisser la Côte d'Ivoire grandir toute seule, décider de son avenir et du choix de ses hommes politiques. Il n'est pas normal qu'une telle vision de notre continent survive ( ). J'espère que le temps de la paix est définitivement venu. Entre Ivoiriens. Avec la France. Les deux pays ont tellement de choses à s'apporter" (P.202-203).
Le capitaine des Eléphants se lance dans une promotion intense de la destination Côte d'Ivoire en vantant la cuisine du pays, les nuits chaudes abidjanaises, le nouchi (argot ivoirien), la bonne humeur et le sens de l'hospitalité si particuliers à l'Ivoirien, les saveurs africaines, la beauté des capitales Abidjan et Yamoussoukro
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