Notre Voie (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Littérature/Ouvrage autobiographique "C'était pas gagné " - Voici le vrai visage de Didier Drogba

Didier Depry

4 Juillet 2008


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"Venez en Côte d'Ivoire. Ce n'est pas un ordre, évidemment, mais un conseil. Vous ne serez pas déçus par l'accueil, la gentillesse des gens. Vous aimez vous évader ? Pas de problème. Vous aimez la fête ? Vous ne trouverez guère d'endroits plus appropriés que la rue Princesse, la Zone 4, les maquis, ces resto bien de chez nous", précise le citoyen Drogba en guise de réclame publicitaire à l'endroit des touristes.

L'homme Drogba

Comme toute personne, Didier Drogba possède des qualités et des défauts. Une lecture de cette autobiographie sous le prisme de la psychocritique nous permet de découvrir une personnalité au carrefour de plusieurs réalités.

Il est à la fois fidèle en amitié et profond en déception, très ambitieux, sensible et humain, humble, reconnaissant, hyper courageux, fonceur, gagneur, homme de défi, nerveux, rancunier sur les bords, véridique, mais accepte avec peine les critiques, bon vivant, très attaché à la famille Drogba est, en vérité, un grand "bébé" qui allie force et faiblesse, indépendance et nécessité d'affection, de soutien.

La solidité de ses relations avec José Mourinho réside, entre autres, en cela. L'entraîneur d'origine portugaise a vite compris que ce grand champion ivoirien est quelqu'un de spécial. Il a appréhendé la vraie nature de Drogba et lui a permis d'atteindre le sommet à Chelsea (PP.164-191).

Né le 11 mars 1978 à Port-Bouët (Abidjan), Drogba Tébily Didier est aussi le prototype du leader qui veut toujours avoir la tête haute en dépit des circonstances. "Westerloppe est l'une des personnes qui peut me dire en face ce qu'elle veut : je l'accepte. On ne doit jamais oublier les gens du début de son aventure, de son ascension", affirme-t-il à propos de son entraîneur du Mans.

Celui à qui Drogba attribue volontiers sa réussite. "Marc Westerloppe, c'est l'entraîneur qui a été à l'origine de ma réussite. Je n'ai jamais voulu le décevoir". Son sens de reconnaissance pour Michel Goba, l'oncle, et son épouse bretonne Frédérique qui ont adopté dans le "cocon familial" le petit Didier à l'âge de 9 ans en France.

Il y a eu, ensuite, Albert et Clotilde Drogba, les parents pour qui "Tito" (nom affectif de Didier) devait donner l'exemple en tant qu'aîné des enfants. "Si j'avais expliqué à mon père que je serais docteur, je commençais à regarder le ballon avec une certaine complicité" (P.23). Evidemment, le père ne voyait pas cela d'un bon oeil. Il voulait que son fils se consacre à ses études.

Le "virus" du foot ayant eu très tôt raison des souhaits paternels, Didier Drogba intègre un centre de formation et signe, le 22 juillet 1987, sa première licence de footballeur. "Mon père a heureusement accepté que je rejoue au foot. Honnêtement, je sentais l'école m'échapper. L'ancien bon élève tombait petit à petit. Mais le football allait m'aider à me relever. Je finirais par décrocher un BEP de comptabilité, bien plus tard, minimum demandé par mon père" (P.28).

De Dunkerque à Chelsea FC, que d'années écoulées. Que de moments intenses vécus. Que d'amitiés solides tissées : Kader Seydi, frère de Thierno Seydi (agent de Drogba), Momo Sylla, Dominique Gourville, Parfait Medou-Otye, Pape Diouf, Kouassi Blaise (international ivoirien), Florent Malouda (français) que Drogba appelle amicalement "Flo", José Mourinho, Pascal et Stephane qui sont chargés de remonter psychologiquement et physiquement Didier (PP.225-229)

L'amour également est apparu à Didier Drogba à travers sa rencontre avec Lalla Diakité, une franco-malienne, qui deviendra son épouse et la mère de ses deux enfants, Isaac et Iman (P.54)

Deux entraîneurs ont visiblement marqué la carrière de Drogba jusqu'à ce jour. Il les appelle d'ailleurs ses "entraîneurs fétiche". Ce sont Marc Westerloppe (Le Mans) et José Mourinho (Chelsea FC). Passionné de football, Drogba l'est également de "la bonne vie", le poker et la danse. "Avec Bonaventure Kalou, nous avions même décidé de célébrer nos buts ivoiriens à la manière du coupé-décalé, danse à la mode à Abidjan. C'était un pari.

Celui qui marquait devait exécuter les pas saccadés, la main fendant l'air. Nous nous sommes lancés dans cet exercice de style, qui est devenu par la suite une forme de coutume.Y compris à Marseille, puis à Chelsea " (P. 210).

Un coeur d'Eléphant

"Ce maillot, je l'aime, je le porte comme une deuxième peau, écusson sur le coeur, émotion pour la vie. A mes débuts, dès que je recevais le fax de la convocation (en équipe nationale), je filais acheter le billet d'avion. C'était la bouffée d'oxygène. J'ai pourtant bien failli m'arrêter : avec le recul, j'aurais vécu la frustration de ne pas être au bout.

Avec ce groupe, avec le peuple ivoirien. Il y a quelque chose à réussir en 2010, si on s'investit un projet commun. Je crois que les jeunes ont compris mon message, son sens, sa signification. Aucune équipe africaine n'a remporté la Coupe du monde dans l'histoire. Le trophée vient en visite chez nous, en Afrique du Sud, sur nos terres.

Ça vaut le coup de se battre, de taire ses ego" (PP.191-192). Cette importante déclaration de Didier Drogba porte la marque entière du capitaine des Eléphants. Elle est mobilisatrice et pleine d'espoir. Drogba dit ici en filigrane aux Ivoiriens qu'il sera de retour dès que possible. Il appelle à l'union sacrée autour de l'équipe et à l'unité au sein du groupe. Une unité qui a été mise à rude épreuve en juin 2006 lors du mondial en Allemagne, puis à la CAN au Ghana.

A cause de vilains sentiments de jalousie et de leadership (P.189). Au-delà, l'équipe nationale de Côte d'Ivoire demeure une bande joyeuse qui fait languir d'autres footballeurs tels que le français Sylvain Wiltord. "C'est cool chez vous : vous n'auriez pas une place pour moi en sélection?", a-t-il confié à Drogba (P.176). Fier de la fédération ivoirienne de football (FIF) et de son président Jacques Anouma, Didier Drogba l'est visiblement moins de "la réunionnite aiguë" (P.168).

Idem pour certains sélectionneurs qui ont pris en main les Eléphants. Il trouvait, par exemple, le style de Henri Michel "à l'ancienne, un côté détaché, une distance par rapport au travail physique et aux matches". S'agissant du nouveau coach, Vahid Halilhodzic, l'on apprend, dans le livre, que Drogba et lui se connaissent depuis plusieurs années.

L'entraîneur franco-bosniaque, alors coach du PSG (1ère division française), n'avait pas exprimé d'enthousiasme pour avoir Didier dans son équipe. Un chassé-croisé aux contours frustrants s'était même installé entre l'attaquant et l'entraîneur. (P.73). Beaucoup d'eau a entre-temps coulé sous le pont. Didier Drogba le rappelle à titre de témoignage dans son autobiographie.

Que de chemins parcourus par le petit garçon de Yopougon . Ce n'était pas gagné !

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